‹ Les Empereurs du 14e siècleChapitre 85 sur 91 · PERTES EXTÉRIEURES ET DISSOLUTION DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

PERTES EXTÉRIEURES ET DISSOLUTION DE L'EMPIRE

facile et plus médiocre, la discipline se relâchait; l'enthousiasme religieux des premiers temps avait été remplacé par la soif du butin qui favorise les trahisons et énerve les courages. Il devait ses derniers succès à la division et à la faiblesse de ses adversaires. La situation, déjà grave depuis que, sous Casimir le Grand et ses successeurs, le royaume de Pologne s'était reconstitué, devint absolument dangereuse pour les Teutoniques depuis que le mariage d'Hedwige et de Jagellon réunit sous une même autorité les Polonais et les Lithuaniens (1386).

La conversion même des Lithuaniens au christianisme enlevait à l'Ordre jusqu'à sa raison d'être. Dans la lutte dès lors inévitable qui éclata quelques années plus tard entre les chevaliers et la Pologne, l'Ordre est abandonné à la fois par le pape et par l'Empereur. Sigismond promet des secours, mais ils arrivent trop tard. Lorsque Jagellon envahit le territoire de l'Ordre avec une armée considérable de Polonais, de Lithuaniens, de Russes et même de Tartares, les chevaliers supportent seuls le choc de l'Orient coalisé. Le grand maître a l'imprudence d'accepter le combat avant d'avoir rallié les Hongrois. A la bataille de Tannenberg ou de Griinwald, comme la nommèrent les Polonais, à quelque distance de Gilgenbourg, les chevaliers subissent une défaite désastreuse (lojuillet 1410). Les récits que nous possédons de la bataille sont en partie légendaires, et il est, difficile de croire que les vaincus aient perdu, comme on le prétend, quarante mille morts et quinze cents prisonniers. Le nouveau grand maître, Henri de Plauen, réussit à sauver Marienbourg ; et la paix de ïhorn (iill) n'enleva à l'Ordre que la Samogitie. L'Ordre ne se releva cependant pas du coup. Comme les Suisses à Sempach, les Polonais, après la bataille, avaient fléchi le genou pour

m i/i:Mri:nErR venceslas ;1378 liUi)

l'cniercier Dieu, el entonné riivmne triomphal : Christ est ressusscité. La Pologne avait conquis sa place en Europe ; la domination politique passait dans ces conlrées orientales, des Germains aux Slaves.

A l'ouest, les pertes de l'Allemagne étaient moins étendues, et devaient être moins durables surtout; mais la situation était inquiétante. Le Brabant, le Limbourg et le Luxembourg passaient à la maison de Bourgogne. L'électeur de Mayence, si sévère jadis pour la politique étrangère de Venceslas, sollicitait dans Tempire Fintcrvention de la France; et Charles VI donnait des ordres à Francfort qui les recevait sans colère. Il faut voir dans notre Froissai'd et dans la chronique de Saint-Denis, le mépris dans lequel tombe l'empire. « Le moment est proche, dit-il, oîi la nation allemande devait s'appeler elle-même « pieuse, patiente et humble » '. Tels étaient les résultats de rabaissement de l'Empire.

11 ne faut pas se le dissimuler cependant, l'anarchie intérieure, la faiblesse extérieure de l'empire, n'empêchaient pas au fond, en Allemagne, une certaine prospérité. La politique était mauvaise; néanmoins la société allemande se développait, malgré l'incurie de ses chefs. La désorganisation politique enlevait au dehors toute intluence à l'Allemagne et ébranlait ses sentiments de patriotisme et d'unité nationale ; mais elle n'avait pas sérieusement atteint les qualités vigoureuses et les instincts permanents de la race, qui persistaient dans la vie populaire, indépendamment rie la politique, au sein des villes surtout. L'empire avait toujours visé trop haut et trop loin pour être utile à l'Allemagne. C'était une ambitieuse superfétation. Son

< V. Froissanl, XVI, 85, cl la Chroit. fie SuiiU-Denis, I, 526 ; H, ■41s.

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