‹ Les Empereurs du 14e siècleChapitre 86 sur 91 · PROSPÉRITÉ INTÉRIEURE DES VILLES · texte numérisé non relu

PROSPÉRITÉ INTÉRIEURE DES VILLES

affaiblissement nn lui était guère sensible à l'intérieur. Là, en effet, derrière les murailles des villes où peinent et travaillent les ouvriers, les négociants, les artistes, partout éclate une activité féconde ; au milieu du chaos se prépai-e l'avenir. Les villes ont abdiqué leurs ambitions d'un moment, mais elles continuent à gi'andir. Les armées impériales sont malheureuses et méprisées, mais l'on respecte et l'on admire les travailleurs allemands. Cette période de décadence et de tristesse est précisément celle où la bourgeoisie arrive à l'apogée de sa richesse et de sa prospérité.

Au nord, à Lùbeck, à Dantzig et dans les villes de la Hanse, — à Cologne, Strasbourg et dans les cités du Rhin, — à Augsbourg, lilm, Nuremberg et dans les villes de Souabe, en Silésie comme dans le bassin du Mein, le commerce est actif et l'industrie florissante. Des villes, qui ne sont plus aujourd'hui que de modestes et calmes bourgades, Ravensbourg, Gorlitz, etc., entretiennent des relations suivies avec les pays les plus éloignés et les plus divers. Les négociants allemands dominent le marché italien, parcourent la France, l'Espagne, la Hongrie, la Pologne, l'Orient, défient tous les périls, visitent tous les peuples. Les bourgeois de Nuremberg bravent la jalousie des Vénitiens et s'en vont chercher directement en Egypte les produits de l'Inde. En échange des matières premières qu'elle demande h échanger, l'Allemagne lui offre ses tissus de fil et de laine, des armes et de la poudre, des cuirs, des meubles.

La population augmente, les villes étendent leurs enceintes et se couvrent de magnifiques monuments ; les magistrats d'Ulm continuent l'édification de la cathédrale, à laquelle sans interruption on travaille cent trente ans; de 1385 à 1396, on construit à Nuremberg la belle fontaine. Rrême élève sa maison commune (1405-1409) et Cologne la nouvelle lourde

Ali L'EMPEREUR VENCESLAS (1378-1419)

son hôtel de ville (U07-141i). Les maisons en pierres deviennent plus nombreuses; on fonde des hôpitaux et des orphelinats ; beaucoup de rues sont pavées. Les villes perdent peu à peu le caractère de villages qu'elles avaient si longtemps conservé ; des règlements municipaux interdisent de laisser errer dans les rues les porcs et les bestiaux; des prescriptions hygiéniques rendent les épidémies moins fréquentes et moins meurtrières. Les grandes fortunes bourgeoises se fondent, le luxe des vêtements témoigne des progrès de l'aisance publique ; les écoles se multiplient ; l'architecture, la sculpture et la peinture produisent des maîtres éminents. L'école de peinture de Constance est célèbre; on trouve mention; dès le commencement du siècle, dans les registres d'Ulra, de la famille Schœn, d'où sortira un des plus illustres représentants de la renaissance allemande, et .Eneas Sylvius Piccolomini constate que l'Allemagne fournit à l'Italie des savants, des ingénieurs, des sculpteurs et des peintres. La richesse, l'habitude des grandes entreprises, la conscience de leur valeur intellectuelle et morale, inspirent aux bourgeois le respect d'eux-mêmes et la confiance dans leurs forces : rien ne ressemble moins à la bourgeoisie timide, inquiète, servile du XVII* et du xvni* siècle. Rien ne prouve mieux alors pour l'Allemagne l'inutilité de l'empire et les dangers de ses ambitions ruineuses. Un gouvernement central manque à ce pays d'autonomies paiticulières et de puissance provinciale et locales. C'est une sorte d'anarchie gouvernementale qui profite à son développement social bien entendu. La domination extérieure n'est pas nécessaire à la prospérité intérieure.

La bourgeoisie allemande duxv siècle laisse donc passer au-dessus d'elle, comme des orages qui ne l'inquiètent

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