‹ Les Empereurs romainsChapitre 10 sur 54 · MARTYRES LOCAUX · texte numérisé non relu

MARTYRES LOCAUX

La veuve Sijmphorose et ses sept fils

Parmi les martyres locaux qui eurent lieu à cette époque, la tradition ecclésiastique signale celui du pontife Romain Alexandre l^" qui fut condamné à mort avec Évence et Thé-

odule, deux de ses prêtres. 11 eut la tête tranchée le 3 Mai de l'an 119 après J-C.

C'est à lui que l'on attribue Tordonnance concernantrusagedupain azyme pour lesaint sacrifice.

Il eut pour successeur sur le siège apostolique Sixte P'' qui fut lui-même martyrisé sous le règne d'Adrien en l'an 128 do J-C.

L'anachorète Télesphore fut élu à sa place. Les actes de sainte Symphorose et de ses sept fils méritent également d'être mentionnés

Symphorose, veuve d'un tribun militaire, habitait avec sa famille la colline de Tibur où l'empereur Adrien avait fait construire une magnifique villa qu'il voulut inaugurer par des sacrifices solennels en l'honneur des dieux de l'Empire.

Symphorose ayant refusé d'assister à ces cérémonies profanes, et d'ofïrir de l'encens

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aux idoles, l'Empereur irrité ordonna qu'elle fût conduite au temple d'Hercule, qu'on lui meurtrît le visage à coups de poing, et qu'on la suspendit par les cheveux.

Comme elle demeurait inébranlable dans sa résolution, il la fît jeter dans le Tibre avec une pierre au cou.

Ses sept fils ayant suivi l'exemple de leur mère, il fit planter autour du temple d'Hercule sept poteaux, sur lesquels on étendit les sept frères avec des poulies, et on les fît mourir par divers genres de supplices.

Crescentius l'aîné fut percé d'un coup d'épée dans la gorge; le second, nommé Julien, eut la poitrine traversée de plusieurs pointes de fer qu'on lui enfonça, Némésius reçutunroup de lance dans le cœur, Primitivus, dans l'estomac. Justin eut les reinsbrisés; on ouvritles côtes à Stractius, et Eugène, le plus jeune de tous, eut le corps fendu de haut en bas.

Au nombre des autres martyrs de ce temps la chronique Ecclésiastique d'Eusèbe cite encore Eustache, capitaine des armées Impériales, qui fut supplicié avec sa femme et ses enfants.

L'Empereur Adrien qui fît un dieu de son favori Antinous, mourut à Baïa le 12 juillet 138.

Le mausolée qui lui fut élevé existe encore ; mais il a été converti en forteresse, et il est actuellement connu à Rome sous le nom de château saint-Ange.

RÉGNE D'ANTONIN DIT LE PIEUX Première apologie de saint Justin

L'Empereur Antonin, qui fut le successeur d'Adrien par adoption, était issu d'une famille

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originaire de la ville de Nîmes dans la Gaule. Malgré le caractère de douceur et de clémence qui le distingue, la persécution contre les chrétiens fit encore quelques victimes sous son règne. Selon la tradition ecclésiastique, le pontife Romain Télespliore et plus tard son successeur Hygin auraient été du nombre de ces victimes.

Un document intéressant qui se rattache à la défense des persécutés de cette époque est parvenu jusqu'à nous: c'est lapremiére apologie des chrétiens par Justin, philosophe païen converti à la Foi.

Justin était né à Naplouse, ville de la Palestine; mais il était venu se fixer à Rome dont il faisait sa résidence habituelle.

Cette apologie commence ainsi:

« A l'Empereur Titus, Œlius, Adrianus, AntoninusPius, César Auguste; à Vérissime, « son fils, ami de la vérité, ( Marc-Auréle )

c< à Lucius, également ami de la vérité, c (Lucius-Vérus), au sénat et à tout le peuple « Romain, en faveur des hommes de toute « condition qui sont injustement haïs et per- « sécutés comme chrétiens, moi Justin Priscus, « petit fils de Bacchius, un d'entre eux, j'ai « présenté cette requête. »

Après quelques considérations préliminaires sur les régies que prescrivent la raison et la saine vérité dans la recherche des crimes, Justin témoigne son indignation de ce qu'il suffise de s'avouer Chrétien pour être conduit au supplice, pendant que ceux qui apostasient devant les tribunaux sont absous avec les honneurs dûs à l'innocence et à la vertu, comme s'il n'était pas d'une justice rigoureuse d'examiner préalablement la conduite d'un accusé pour le condamner oul'absoudre suivant ses œuvres.

Passant ensuite à l'exposition simple,

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claire et précise de la doctrine des Chrétiens il commence par les justifier du reproche d'athéisme qui leur était imputé. Les Chrétiens sont athées, il est vrai, en ce qui concerne les dieux adorés par les païens, mais non pas en ce qui concerne le Dieu de vérité, le Père de toute justice, de toute pureté, de toute vertu, l'Être de perfection infinie. C'est là le Dieu qu'ils adorent, et avec lui son Fils qu'il a envoyé, et qui les a instruits, Jésus-Christ leur maître, crucifié en Judée sous Ponce- Pilate, et enfin l'Esprit prophétique ou le Saint-Esprit.

LEi EMPEREUKS ROMAINS

PROTESTATION DE L'APOLOGISTE contre l'Exposition des nouveaux-nés chez les Païens

De la défense, Justin passe promptementà l'attaque. Après avoir constaté que le seul chef d'accusation quisoitimputable aux Chrétiens, c'est qu'ils n'adorent pas les dieux de l'Empire, qu'ils ne font aux morts ni libations ni offrandes, et ;(u'ils ne consacrent aux idoles ni couronnes, ni victimes, il signale en premier lieu comme l'un des bienfaits de leur religion laréprobation absolue dontelle poursuit une coutume odieuse usitée chez les

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païens, l'exposition des enfcints nouveaux-nés qui étaient abandonnes par leurs parents.

Il s'élève avec force contre cet infâme usage pratiqué dans toute l'antiquité, et qui avait pour effet de vouer presque toutes ces infortunées créatures, non-seule;ï!ent les jeunes filles, mais mieux les jeunes garçons à une prostitution infâme et sans nom. Il se plaint qu'au lieu de purger la terre d'un scandale pareil, les empereurs en pi-otitent pour en recueillir des tributs et des impôts, et qu'ils offrent ainsi une prime au commerce destiné à l'alimentation des plus honteuses débauches.

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