LES MARTYRS D'ALEXANDRIE
Commencements d'Origène
La persécution s'exerça d'abord dans la ville d'Alexandrie où Septime Sévère s'était rendu après avoir vaincu les Parthes et les Juifs.
Les premières victimes désignéesàlacolére Impériale devaient être les hommes les plus connus et les plus estimés, ceux dont la conversion au Christianisme avait irrité leurs concitoyens.
Léonide, l'un des habitants les plus notables de la ville, fut emprisonné. Son fils Origène était alors âgé de 17 ans ; son âme ardente et généreuse et son génie sublime se révélaient déjà; il ambitionna la gloire de partager la captivité et les souffrances de son père, Retenu par les ingénieux artifices de la tendresse maternelle^ il écrivit à Léonide pour l'encourager à la mort, et dissiper les alarmes cruelles qui devaient agiter Tâme d'un père à la pensée qu'il laisserait après lui sept enfants dans une extrême pauvreté. N'ayez aucun souci de nous, disait-il; le Seigneur sera notre héritage: nous sommes trop heureux d'avoir un père martyr.
Léonide eut la tète tranchée: ses biens furent confisqués, sa veuve et ses enfants se virent réduits à la dernière indigence. Mais Dieu vint en aide à cette malheureuse famille ;
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une dame très-riche d'Alexandrie la recueillit dans sa maison, et la sauva du besoin.
Après avoir profité pendantquelquessemaines de l'hospitalité qui lui avait été offerte à la mort de son père, Origéne résolut de se suffire à lui-même.
Il se mit à professer la grammaire ; ce qui lui fournit des ressources suffisantes pour sa subsistance.
Bientôt après la chaire de l'Ecole des Catéchumènes d'Alexandrie étant devenue vacante par suite du départ de son chef Clément qui, désigné à la fureur des païens par la célébrité de son nom, avait été obligé de fuir, Démétrius, évêque d'Alexandrie, n'hésita pas à confier cette chaire à Origéne, âgé seulement de 18 ans. C'est de là que datent avec sa vie publique ses premiers pas dans l'éloquence sacrée.
De nombreux disciples accoururent autour
de lui ; plusieurs de ceux qui fréquentèrent son école, Plutarque, Sérénus, Héraclide, Héron, Héroïde confessèrent la foi devant les tribunaux, et périrent les uns par le glaive, les autres par les bûchers. Origène soutint, dans leurs dernières souffrances l'ardeur et la patience de leurs âmes.
MARTYRE DE POTAMIENNE
Le sacrifice de Léonide et des jeunes disciples d'Origène était le tribut que la noblesse et la science venaient de payer au Christianisme; il était réservé à une autre victime, prise en dehors des classes nobles et éclairées,
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d'acquérir par sa mort une plus grande célébrité, et d'émouvoir profondément les cœurs de ses ennemis. C'était une esclave d'une grande beauté qui préféra les supplices les plus cruels à la perte de sa chasteté. Potamienne était son nom.
Dénoncée par son maître parce qu'elle refusait de condescendre à sa passion, elle fut trainée devant le préfet de la ville, et comme malgré les instances ignominieuses de ce magistrat, elle persistait dans ses nobles refus, elle fut condamnée à être dépouillée, et jetée dans une chaudière de poix ardente. Moins effrayée du supplice qu'alarmée pour sa pudeur. «
Qu'on me descende, cria-t-elle, avec mes vêtements dans cette chaudière bouillante, et l'on verra si le Dieu que j'adore ne me fera pas triompher des inventions de votre cruauté.
Le juge irrité rendit un arrêt qui devait accroître ses douleurs. On l'enfonça si lentement que son supplice dura trois heures. Sa mère Marcelle fut enveloppée dans la même condamnation, et périt sur le bûcher.
La mort de cette jeune esclave excita dans les cœurs des émotions plus vives que le martyre des plus nobles victimes. Un des gardes, qui l'avaient conduite au supplice, et qui avait été touché de sa pureté et ses douleurs, avoua à ses compagnons qu'une vision Céleste lui avait fait apparaître cette vierge, et qu'à sa prière il était devenu Chrétien; il se laissa trancher la tête plutôt que de renier sa foi naissante.
D'autres parlèrent d'apparitions semblables, et subirent le même sort,
Lœtus était alors gouverneur de l'Egypte: non content de sévir contre les fidèles d'Alexandrie, il envoyait des émissaires sur divers
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points de l'Egypte et de la Thébaïde, avec ordre d'arrêter les principaux d'entre les Chrétiens, et de les conduire dans la capitale où l'on n'épargnait aucune torture à ces généreux confesseurs de la Foi.
En Judée et en Syrie, les Chrétiens partagèrent aussi tous les maux que le vainqueur faisait peser sur les Juifs et les Samaritains en punition de leur révolte.