‹ Les Empereurs romainsChapitre 23 sur 54 · LES MARTYRS DE L'AFRIQUE · texte numérisé non relu

LES MARTYRS DE L'AFRIQUE

Perpétue et Félicité

En Afrique la persécution fit aussi de nombreuses victimes ;parmi elles figuraientquatre jeunes catéchumènes, Révocat et Félicité,

esclaves du même maître, Saturnin etSecundus, etavec eux Vivia Perpétua, femme d'une haute noblesse, qui tous furent arrêtés et conduits devant le même tribunal.

Perpétua, âgée de 22 ans,avait un fils qu'elle nourrissait de son lait; la jeune esclave Félicité était enceinte. On leur adjoignit encore Satur, qui se livra volontairement aux gardes, pour ne pas être séparé de ses frères.

Les actes de leursmartyres,les plus anciens et les plus touchants qu'on rencontre dans la primitive Eglise, consistent en trois récits, dont l'un est écrit de la main de Perpétua elle-même; l'autre a été composé par Satur; le troisième a pour auteur un témoin de leurs dernières souftrances et de leurs derniers combats.

Secundus mourut dans la prison : Félicité y succomba 'dans le 8° mois de sa grossesse; elle mit au monde une fille qu'une femme

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Chrétienne éleva comme son enfant. Ils fureut tous condamnés à être exposés aux bêtes dans l'amphithéâtre pour le jour de laféte du César Géta, l'un des fils de Septime Sévère.

La veille du combat on leur donna, suivant la coutume, le dernier repas, qu'on appelait le souper libre, et qui se faisait en public : mais les martyres le convertirenten une agape modeste, du moins autant qu'il dépendait d'eux.

Le jour du supplice, ils quittèrent la prison, etallèrentàTamphithéâtre comme s'ils allaient au ciel: leurs visages respiraient plutôt la joie que la crainte.

Lorsqu'ils furent arrivés à la porte, on voulutlesobliger,suivantlacoutume,àprendreles habits dont on ornait ceux qui paraissaient dans ce spectacle: c'était, pour les hommes, un manteau rouge, qui était l'habit des prêtres de Saturne; pour les femmes, une ban-

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delette de tête, qui était le signe disti actif des prêtresses de Cérès. Les martyrs ayant repoussé ces livrées de l'idolâtrie, on leur permit d'entrer sans ces ornements.

Arrivés en face du proconsul Hilarien, Révocat, Saturnin, et Satur lui dirent: Tu nous juges, et Dieu te jugera. Le peuple en fut irrité, et demanda qu'ils fussent fouettés, selon la coutume, en passant devant les veneurs: ainsi nommait-on ceux qui étaient armés pour combattre les bêtes.

Ils se mettaient en ligne avec des fouets à la main, et donnaient chacun leur coup aux bestiaires, ou condamnés que l'on faisait passer devant eux.

Les martyrs se réjouirent de participer à la passion du Sauveur. Dieu leur accorda la moi't qu • chacun d'eux avait soah litôc. Saturnin et Révocat, après avoir été attaqués parun léopard, furent livrés à un ours. Satur-

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périt le premier: il fut exposé à un léopard qui, d'un seul coup de dent, le couvrit de sang : il tomba mort au lieu où Ton avait coutume d'égorger ceux que les bêtes n'avaient pas achevés. On nommait ce lieu Spoliarium.

Perpétue et Félicité furent dépouillées de leurs vêtements^ et mises dans des filets pour être présentées à une vache furieuse. Le peuple en eut horreur, voyant l'une si délicate,et l'autre qui venait d'accoucher; on les couvrit d'habits flottants. Perpétue fut lancée la première, et tomba sur le dos ; elle se mit sur son séant, et voyant son vêtement déchiré sur le côté, elle le retira pour se couvrir la cuisse, plus attentive à la pudeur qu'à la souffrance. On la reprit, et elle renoua ses cheveux épars pour écarter tout signe de tristesse. Elle se leva ensuite, et voyant Félicité toute froissée, elle lui donna la main pour l'aider à se relever

aussi. Le peuple demanda qu'elles fussen

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ramenées avec les autres martyrs au milieu de l'amphithéâtre pour avoir le plaisir de leur voir donner le coup de la mort.

Les martyrs y allèrent d'eux-mêmes, après s'être donné le baiser de paix.

Félicité fut livrée à un gladiateur maladroit, qui la piqua entre les os, et la fit crier; car ces exécutions de bestiaires demi-morts servaient d'apprentissage aux nouveaux gladiateurs; on les accoutumait sans péril au sang, et on les nommait confecteurs.

Perpétue conduisit elle-même à sa gorge la main tremblante de son bourreau et finit ainsi son martyre.

Le nom de cette femme courageuse, ainsi que celui de Félicité ont obtenu le glorieux privilège d'être mentionnés dans le Canon de la Messe ; c'est un souvenir perpétuel qui leur a été ainsi donné, et dont elles étaient assurément bien dignes l'une et l'autre.

ET l'Église CHRÉTiENiSE

LES MARTYRS DE LA GAULE Irénée évêque de Lyon

La Gaule eut aussi alors de nombreux martyrs.

Seplime-Sévère, apprenant que le nombre des fidèles s'était multiplié à Lyon grâce à l'influence de Tévêque Irénée, avait pris une résolution digne de sa cruauté. Il donna Tordre à ses soldats d'entourer la ville, et de faire mainbasse sur tous ceux qui se déclareraient Chrétiens. Le massacre fut presque général, et le sang des martyrs coulait par ruisseaux dans les places publiques. Le saint pontife

fut, dit-on, amené devant TErapereui' luimême, qui le fit mettre à mort, s'applaudissant d'avoir égorgé le pasteur et le troupeau. Une ancienne inscription qu'on voit à Lyon à l'entrc'e de son église principale porte le nom bre des victimes de la foi à dix-neuf mille hommes sans compter les femmes et les enfants.

Irénée avait composé un traité contre les hérésies qui est parvenu jusqu'à nous. Cet antique monument d'érudition figure parmi les meilleures productions de l'éloquence sacrée.

Vers le même temps, le sous-diacre Andéol subit le dernier supplice à Viviers.

EF l'Église chrétie.v.ve

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