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II PERSÉCUTION

Sous le régne de Domitien

Lin fut remplacé sur le siège épiscopal do Rome par Clet, ou Anaclet, qui, selon la tradition, aurait souffert le martyre en Tan 91 de J.-C. (2^ année du règne de Domitien)

Il avait établi vingt-cinq prêtres pour remplir le ministère pastoral dans les différents quartiers de Rome : ce qui indique que lo nombre des fidèles s'était accru dans de notables proportions.

Ce fut, dit-on, en l'an 95 que la seconde persécution contre les Chrétiens éclata, Clément I étant évêque de Rome.

Voici C9 que l'historien Grec Dion Cassius

rapporte à ce sujet ;

« Domitien, dit-il^ fit mettre à mort plu- « sieurs personnes, parmi lesquelles le « Consul Flavius Clémens, quoiqu'il fût son « neveu et qu'il eût épousé Flavia Domitilla, « parente de l'Empereur.

« Les deux époux furent accusés d'athéis- « me. Ce même crime avait fait condamner « beaucoup d'autres personnes qui avaient « embrassé les coutumes et le genre de vie « des Juifs. Plusieurs avaient eu leurs biens « confisqués. Flavia Domitilla ne fut pas « condamnée à mort, mais reléguée à Pan- « dataria, île située en face du golfe de Gaë- « te, à moitié route entre Ponza et Ischia,

et connue maintenant sous le nom de San- « ta Maria. »

Dion ne prononce pas dans le passage que nous venons de citer le mot de Christianisme ;

ET l'Église chrétienne §1

mais tout le monde sait que l'athéisme et l'adoption des coutumes Juives en étaient synonimes aux yeux peu exercés d'un grand nombre de contemporains.

Une autre Flavia Domitilla, nièce du Consul Flavius ClémenS; lut aussi comdamnée au bannissement en l'an 97 pour avoir fait profession de la foi Chrétienne, et reléguée dans l'île de Ponza.

Deux des serviteurs de cette noble dame, Néréé et Achillée, auraient été mis à mort pour le même motif.

C'est elle qui a donné son nom au cimetière de Sainte-Domitille, qui existe encore à Rome sur la voie Ardéatine, et qui appartient ainsi à l'âge primitif du Christianisme.

Il est donc certain qu'à la fin de son règne Domitien persécuta cruellement l'Eglise, et qu'une branche de la famille Impériale était déjà Chrétienne à cette époque.

nie PERSÉCUTION SOUS TRAJAN.

Lettre de Pline le jeune

Le second siècle de l'Eglise s'ouvre par la 3ii"B persécution générale sous le règne de Trajan.

La lutte de cet Empereur contre le Christianisme présente quelques caractères particuliers, qui la distinguent des cruautés de Néron ou de Domitien.

La rapide propagation de l'Evangile avait fait de l'Eglise une société puissante par le nombre, le dévouement et l'union de ses

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membres. La politique Romaine commençait à s'alarmer des progrés d'une religion qui diminuait chaque jour le nombre des acheteurs pour les victimes, et des adorateurs pour les faux dieux. Les Césars croyaient, en soutenantle polythéisme, étayer leur autorité, affermir leur domination, sauver l'empire. Les lois ne manquaient pas pour la répression d'une religion nouvelle qu'on regardait comme séditieuse. Il suffisait que cette religion fût récente, qu'elle contredît les cultes officiels, que le sénat ne l'eût point approuvée pour qu'on se fit un devoir de mettre à mort ses disciples.

La position faite aux Chrétiens dans l'Empire au commencement de ce siècle est nettement définie par une lettre authentique, écrite à l'Empereur Trajan par l'ami de l'historien Tacite, Pline dit le Jeune, gouverneur de la Bithynie.

— Cette lettre est ainsi conçue :

Lettre de Pline le Jeune à Trajan:

« Je me fais une religion, Seigneur, de « vous exposer tous mes scrupules ; car qui «peut mieux, ou me déterminer ou m'ins- « truire? Je n'ai jamais assisté à l'instruction « et au jugement du procès d'aucun Chré- « tien. Ainsi jo ne sais sur quoi tombe l'in- « formation que; l'on fait contre eux, ni jus- « qu'où l'on doit porter leur punition. Doit- « on pardonner à celui qui se rcpent?

c(' Est-ce le nom seul qùe l'on poursuit en « eux, ou sont-ce les crimes attachés à ce « nom ?

« Cependant voici la règle que j'ai suivie « dans les accusations intentées devant moi « contre les Chrétiens. Je les ai interrogés « s'ils étaient Chrétiens. Ceux qui l'ont avoué, «je les ai interrogés une seconde et une troi- « sième fois, et les ai menacés du supplice.

ET l'Église chkktiennf. 25 « Quand ils ont persisté, je les y ai envoyés. « Car de quelque nature que fût ce qu'ils con- « fessaient, j'ai cru que l'on ne pouvait man- « quer à punir en eux leur désobéissance et « leur invincible opiniâtreté. 11 y en aquej'ai « réservés pour envoyer à Rome, parce qu'ils « sont citoyens Romains.

« Ce crime venant à se répandre, on m'a « remis entre les mains "un mémoire" sans « nom d'auteur, où l'on accuse d'être Chré- « tiens différentes personnes qui nient de « l'être et de l'avoir jamais été. Elles ont/en « ma présence, et dans les termes que je leur « prescrivais, invoqué les dieux, et offert de « l'encens et du vin à votre Image,que j'avais « fait apporter exprés avec les statues de nos « Divinités ; elles se sont même emportées en « imprécations contre le Christ.

« C'est à quoi, dit-on, l'on ne peut jamais

« forcer ceux qui sont véritablement Chré-

« tiens. J'ai donc cru qu'illes fallait absou- 0 dre.

« D'autres, déférés par un dénonciateur, « ont d'abord reconnu qu'ils étaient Chré- « tiens, et aussitôt après ils l'ont nié, déclac< rant que véritablement ils l'avaient été ; « mais qu'ils ont cessé de l'être, les uns, il y « avait plus de troisans, les autres depuis un « plus grand nombre d'années; quelques-uns « depuis plus de 20 ans. Tous ces gens-là ont « adoré votre Image'et les statues des dieux; « tous ont chargé le Christ de malédictions.

«Ils assuraient que toute leur erreur ou c( leur faute avait été renfermée dans ces « points:

« Qu'à un jour marqué ils s'assembhiient c( avant le lever du soleil, et ciiantaient tour-à- « tour des vers à la louange du Christ comme « s'il eût été Dieu; qu'ils s'engageaient par « serment non à quelque crime, mais à ne

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« point commettre de vol ni^d'adultcre, à ne « point manquer à leurs promesses; à ne « point nierun dépôt; qu'après cela ils avaient « coutume de se séparer, et ensuite de se « rassembler pour manger des mets inno- « cents'; qu'ils avaient cessé de le faire depuis « mon édit, par lequel, selon vos ordres, « j'avais défendu toutes sortes d'assemblées.

« Cela m'a fait juger d'autant plus néces- 0 saire d'arracher la vérité^par la force des « tourments à deux jeunes filles esclaves « qu'ils disaient être dans le ministère de leur « culte; mais je n'y ai découvert qu'une mau- « vaise superstition poussée à l'excès; et pour « cette raisonj'ai tout suspendu pour deman- « der vos ordres. L'affaire m'a parudigne de « vos réflexions par la multitude de ceux « qui sont enveloppés dans ce péril : car un c< très-grand nombre de personnes de tout

« âge, de tout ordre, de tout sexe, sont et se- « ront tous les jours impliquées dans cette « accusation.

« Ce mal contagieux n'a pas seulement in- « fecté les villes, il a gagné les villages et les « campagnes. Je crois pourtant qu'il peut « être arrêté si l'on fait grâce au repentir. »

CONSIDÉRATIONS SUR LA LETTRE DE PLINE LE JEUNE Réponse de Trajan

Comme on le voit par cette lettre, la question était dès lors très-nettement posée :

11 fallait, sous peine de mort, offrir l'encens et le vin à l'Image de l'Empereur, et charger le Christ de malédictions?

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Et pourquoi cette injonction de malédictions ?

Parceque le Christ était le principe d'une puissance morale qui ne se courbait pas devant la souveraineté de la puissance temporelle, qui dérivait d'une source inconnue et mystérieuse^ qui se manifestait par des effets étranges et surnaturels, et bravait les divinités de l'Empire.

Cette puissance inexplicable et insaisissable, on voulait à tout prix l'abattre et la flétrir; et les lumières des beaux esprits de l'époque, qui ne la comprenaient pas, s'accordaient ici avec la raison d'Etat pour la condamner et pour arrêter l'expansion dont on remarquait avec un certain effroi les proportions effrayantes à la multitude de ceux qui désertaient déjà les temples des idoles.

Aussi la persécution dirigée contre l'Eglise sous le règne de Trajan se distingue-t-elle

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essentiellement des deux persécutions antérieures, en ce S3ns que c'est une persécution organisée systématiquement, et sous l'influence d'une politique habile et jalouse, mais égalament implacable sous l'apparence extérieure d'une modération méticuleuse.

C'est ce qu'indique parfaitement la réponse adressée à cette occasion par l'Empereur àson cher Pline : Cette réponse est conçue en ces termes:

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