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PERSÉCUTION EN ITALIE

Martyre de Sébastien

L'Italie compta aussi de nombreux martyrs sous le gouvernement de Maximien.

Il y avait alors à Rome un capitaine des gardes Prétoriennes, qui se nommait Sébastien: il était originaire de Narbonne dans les Gaules. Ce généreux confesseur de la foi visitait les Chrétiens emprisonnés, les servait de son crédit et de l'influence que lui donnaitson grade, encourageait les faibles, et convertis-

252 LES EMPEHEUKS ROMAINS

sait un grand nombre de païens à la religion de Jésus-Christ. Le préfet môme de Rome, nommé Chromace, toute sa famille, ses clients et ses esclaves avaient reçu le baptême par ses soins. L'évéque de Rome Caïus célébrait les mystères dans la maison de Chromace comme dans un temple. Ces progrès du Christianisme portaient ombrage à Maximien qui se faisait surnommer Hercule. Pour éviter une persécution imminente, Chromace, que sa qualité de Sénateur retenait à Ronie, sollicita et obtint de l'Empereur, sous prétexte de rétablir sa santé chancelante, do se retirer dans ses terres de Campanie. L'un de ses fils, Tiburcc préféra rester à Rome auprès de Sébastien et de Caïus. Cependant la persécution commençait déjà.

Zoé, pieuse dame qui allait prier au tombeau de Saint-Pierre et de Saint-Paul, le jour de leur fête, fut traînée devant le magi?-

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trat qui, n'ayant pu la contraindre à sacrifier aux dieux, la fit pendre à un arbre par les cheyeux, et ordonna d'allumer à ses pieds un feu de fumier qui Tétouffa, On lui suspendit au cou une pierre énorme, et on la jeta dans le Tibre, de peur, disaient les païens, que les Chrétiens n'en fissent une Déesse.

Son mari Nicostrate, premier secrétaire de la préfecture de Rome, et plusieurs autres Chrétiens furent également arrêtés et jetés tous à l'eau. Le fils du Sénateur Chromace fut pris à son tour, et eutla tète tranchée. Un autre officier de l'Empereur, Castulus, intendant des bains, subit la question, et fut jeté tout vivant dans une fosse qu'on remplit de sable.

Sébastien, sous son habit de capitaine des gardes Prétoriennes, n'avait pas cessé de visiter les martyrs, de les encourager dans leurs

tourments, et de recueillir leurs restes après

leur mort. Il ne tarda pas à être dénoncé à l'empereur comme fauteur des impiétés chrétiennes. L'empereur irrité le condamna à mourir sous les coups d'une compagnie d'archers de Mauritanie qui servaient parmi ses gardes. Sébastien fut donc dépouillé de ses vêtements, et les archers le percèrent de flèches de tous côtés. On le laissa pour moi-t sur la place. Irène, veuve de Castulus, vint la nuit enlever le corps du martyr. Comme il vivait encore, elle le tît transporter chez elle au palais même de l'empereur . Quelques jours après, celui-ci fut tout étonné de trouver au milieu des courtisans rangés sur son passage, dans l'e calier d'honneur, Sébastien son capitaine des gardes. Furieux , l'empereur le fit conduire aussitôt dans l'hippodrome du palais où le martyr futassomméàcoups de bâton : son corps fut jeté dans un égoût

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d'où les Chrétiens le tirent retirer Y«'i 288 après J.-C.)

Un greffier du tribunal proconsulaire à Arles du nom de Genès, doit être aussi mentionné au nombre des victimes de cette persécution locale: ayant osé publiquement se déclarer Chrétien, il paya de sa tête cet acte d? courageuse franchise. Ainsi toutes les conditions étaient appelées à donner le témoignage du sang à la vérité évangélique.

LA TÉTRARCHIE.

Cependant les désordres de l'Empire, et los incursions des Barbares qui se renouvelaient sans cesse suggérèrent à Dioclétien et à Maximien la pensée de s'adjoindre encore

deux collègues, afin de rendre la surveillance des provinces et la garde des frontières plûs efficace.

En conséquence lel^^Mars 292, Dioclétien proclama à Nicomédie deux Césars, tous deux Illyriens : Galère, homme grossier, mais plein de courage ; et Constance Chlore, d'un caractère plus doux et d'un esprit moins inculte.

Dioclétien les força de se séparer de leurs femmes pour épouser les filles des Empereurs, afin d'affermir par les liens du sang l'union politique des quatre princes.

C'est par suite de ce pacte que Constance Chlore répudia sa première femme Hélène, Bithynienne d'origine, mère de celui qui fut plus tard connu sous le nom de Constantinle-Grand, pour épouser Théodora, fille de la femme de Maximien. Quant à Galère, il dut épouser Valérie, fille de Dioclétien.

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Voici comment ils se partagèrentrEmpire : Dioclétien garda pour lui TOrient.

Galérius eut la Thrace, et les provinces du Danube.

Maximin prit l'Italie, l'Afrique et les îles. Constance Chlore la Gaule, l'Espagne et la Bretagne.

L'unité de l'Empire ne fut pas d'abord détruite par ce partage, Dioclétien demeurant le chef suprême et Tàme du gouvernement.

Dès ce moment, Dioclétien voulut entourer la Majesté Impériale de toute la pompe des cours Asiatiques.

Le premier des Empereurs Romains, il ceignit le diadème, s'habilla de soie et d'or, et tous ceux qui obtenaient la permission de l'approcher durent, suivant le cérémonial de l'Asie, adorer à genoux sa Divinité. Il se donna le surnom de Jupiter ; il se fit appeler « Votre Éternité » titre que ses successeurs,

qui passaient comme des ombres, eurent grand soin de conserver.

En même temps la création de nouveaux corps pour la garde personnelle des princes, les Herculiens et les Joviens, affaiblit la puissance des prétoriens de Rome.

Chacun des quatre princes avait sa capitale et sa cour, Rome et le Sénat étaient délaissés, et comme déjà répudiés par les maîtres du monde.

Cependant les mesures énergiques prises par Dioclétien, et la vigoureuse impulsion de son gouvernement parurent d'abord arrêter pendant quelque temps la décadence de l'Empire.

Aucun compétiteur ne put réussir.

L'Egyptien Achillée, qui s'était proclamé Auguste, fut pendant huit mois assiégé par Dioclétien lui-même dans Alexandrie, pris et mis à mort.

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Galcrius alla combattre contre les Perses, et en 297 le Roi des Perses fut contraint de céder à l'Empire cinq provinces du côté de l'Arménie : la ISIésopotamie redevint province Romaine ; l'Ibérie voisine du Caucase reçut un Roi de la main des empereurs ; glorieux traité de paix qui put subsister pendant quarante ans.

A l'autre extrémité du monde romain, Constance-Chlore, après avoir chassé les Francs de la Gaule et de la Batavie, avait porté ses armes victorieuses jusque dans la Grande-Bretagne, que Carausius avait soustraite à la domination romaine, et y avait rétabli l'autorité de Rome.

On aurait pu croire que les beaux jours de l'Empire allaient renaître, et qu'il était appelé à triompher de tous ses ennemis.

ÉTAT DE LA RELIGION CHRÉTIENNE A LA FIN DU Ille SIÈCLE.

Que devenait de son côté l'Église Chrétienne ? Malgré la miraculeuse expansion de sa foi dans presque toutes les parties de l'Empire, malgré ses accroissements progressifs qui frappaient tous les yeux, les fidèles continuaient à être dans des perplexités indéfinissables. A la suitâ de plusieurs régnes de tolérance, ils avaient bien obtenu le droit de célébrer leurs mystères au grand jour. Des églises avaient été bâties ; leurs édifices religieux s'étaient multipliés, et quelques-uns

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pouvaient rivaliser de maj esté avec les tem pies païens. A Nicomédie même, en face du Palais Impérial, s'élevait sur une colline une basilique chrétienne, monument éclatant des progrès de la religion nouvelle. Mais des haines sourdes fermentaient contre eux : la persécution avait déjà commencé à sévir en Gaule et même en Italie. L'un des nouveaux Césars, Galérius, fortement attaché à l'idolâtrie, était l'espoir du parti païen. Il cherchait par tous les moyens possibles à peser sur Dioclétien pour l'amener à se départir de sa pohtique modérée à l'égard des Chrétiens.

A Rome, le pontife Caïus était mort en 296; on ne sait pas précisément s'il subit le martyre. Il eut pour successeur sur le siège épiscopal de Saint-Pierre le prêtre Marcellin, qui avait été élu, comme de coutume, par le clergé et par le peuple; il n'y avait pas alors

un autre genre d'élection. Le pontificat Ro-

main n'était pas encore constitué dans cette plénitude d'autorité spirituelle qui a caractérisé plus tard la Papauté du moyen âge.

L'évêque de Rome, en sa qualité d'héritier de Saint-Pierre était sans doute considéré comme le premier des évêques : mais cette primauté toute d'honneur et de déférence ne lui donnait aucune juridiction spéciale sur les autres évêques de la chrétienté. Toutefois son Église passait pour être la meilleure gardienne des traditions apostoliques : dans toutes les questions de dogme et de discipline, les fidèles tenaientessentiellementàresteren communion avec elle : on recourait aussi à son arbitrage dans les contestations qui s'élevaient quelquefois relativement aux sièges épiscopaux.

ET l'Église chrétienne

X«. PERSÉUTION GÉNÉRALE.

Édii de Dioelétien.

Tel était l'état des choses, lorsqu'au commencement du IV« siècle ( en l'année 303 ) la haine toujours croissante de Galérius contre les Chrétiens prépara la plus sanglante épreuve qui eût peut-être jamais affligé l'Eglise.

L'époque du renouvellement des persécutions fut fixée à la fête des Terminales (^23 février 303), qui devait aussi, dans la pensée des persécuteurs, mettre un terme à la religion chrétienne.

264 LES EMPEREURS ROMALNS

L'édit de Di(3clétien portait en substance ces ordres : « Les églises chrétiennes seront » renversées, et leurs livres saints brûlés. » Les chrétiens seront privés de tous hon- » neurs, de toutes dignités, et condamnés au » supplice sans distinction d'ordre ni de rang ; » ils pourront être poursuivis devant les tri- » bunaux, et ne seront admis eux-mêmes à » y poursuivre personne, pas même en ré- » clamatioii de vol;, réparation d'injures ou » d'adultères. Les affranchis chrétiens rede- » viendront esclaves. Les évêques seront mis » aux fers, et contraints d'abjurer.

L'attaque commença par l'église de Nicomédie, ville où se trouvaient les deux Empereurs Dioclétien et Galérius. Au point du jour, le Préfet de la ville, suivi de généraux, d'officiers et d'une escouade de soldats, se rend à la basilique , les portes sont enfoncées ; on cherche quelque figure du Dieu que les chré-

tiens adoraient. Les écritures que Ton trouve sont livrées aux flammes; tout est au pillage.

Dioclétien et Galérius se tenaient à une fenêtre du palais, présidant à cette première exécution, etencourageantleurs émissairesdu geste et de la voix. Galérius voulait qu'on mît le feu à l'église ; mais Dioclétien craignant que l'incendie ne se communiquât au reste de la ville, envoya des prétoriens avec des haches et des marteaux, et en peu d'heures, ils eurent rasé tout l'édifice.

Cependant on avait dépêché des courriers à l'Empereur Maximien-Hercule et à Constance-Chlore pour leur porter les nouveaux édits, et l'ordre de les faire exécuter.

Le vieux Maximien les accueillit avec joie; ils étaient depuis longtemps l'objet de ses désirs.

Constance-Chlore, après en avoir pris connaissance, fit appeler tous les officiers Chré-

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tiens de son palais, et leur proposa le choix, ou de demeurer dans leurs charges, s'ils sacrifiaient aux idoles, ou s'ils le refusaient, d'être bannis de sa présence, et de perdre ses bonnes grâces.

Quelques uns préférant les intérêts de ce monde à leur religion, déclarèrent qu'ils étaient prêts à sacrifier.

Les autres demeurèrent inébranlables dans leur foi.

Mais quelle ne fut pas leur surprise à tous, quand ils entendirent Constance leur déclarer qu'il tenait les apostats pour des lâches, et que n'espérant pas les trouver plus fidèles à leur prince qu'à leur Dieu, il les éloignait pour jamais de son service. Il retint au contraire les autres près de sa personne, leur confia sa garde particulière, et les regarda comme les plus dévoués de ses serviteurs. Les Gaules, qui relevaient de sa juridiction,

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échappèrent, par sa protection bienveillante, à la persécution générale. Cependant, pour ne pas irriter ses collègues, en se jouant trop ouvertement de leurs décrets, il laissa seulement abattre les églises matérielles, considérant, dit Lactance, qu'après la tempête elles pourraient être rebâties.

La persécution s'étendit en un moment des bords du Tibre aux extrémités de l'Empire, les Gaules exceptées. De toutes parts les églises s'écroulaient sous les mains des soldats; les magistrats établissaient leur tribunal dans les temples, ou près des statues des faux dieux, et forçaient la multitude à sacrifier ; quiconque refusait d'adorer les dieux était condamné et livré au bourreau ; les prisons regorgeaient de victimes ; les chemins étaient couverts do troupeaux d'hommes mutilésqu'on envoyait mourir au fond des mines, ou dans les chantiers publics. Les fouets, les

chevalets, les ongles de fer, la croix, les bêtes féroces, déchiraient les tendres enfants avec leurs mères ; ici l'on suspendait par les pieds des femmes nues à des poteaux, et on les laissait expirer dans ce supplice honteux et cruel ; là on attachait les membres des martyrs à deux arbres rapprochés de force ; les arbres en se redressant emportaient les lambeaux de la victime. Les fidèles étaient précipités en foulé dans les bûchers, et leurs ossements réduits en cendres étaient jetés au vent.

La maison de l'Empereur Dioclétien ne fut pas à l'abri delà persécution. Sa femme et sa fille, dont le Christianisme était jusque-là toléré, furent sommées d'apostasier, et cédèrent à la menace des tourments. Un grand nombre des officiers du palais souffrirent la mort pour la foi. L'un deux nommé Pierre fut étendu sur un gril où ses chairs furent

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rôties. L'évêque de Nicomédie, Anthime, tous les pi'oLres de son église, ainsi que ses acolytes, furent conduits au supplice.

DÉTAILS SUR LA PERSÉCUTION Martyre de Saint-Vincent

La cité d'Antioche eut une légion de confesseurs, parmi lesquels on remarqua Romain, qui périt étranglé par la main du bourreau, après que Dioclétien lui eût fait couper la langue, et subir le supplice des entraves serrées jusqu'au cinquième trou.

A Tyr, les bourreaux, après avoir épuisé sur les Chrétiens tous les genres de supplices connus, laissèrent aux bêtes de Tamphithé-

âtre le soin d'achever leur ouvrage. On lâcha contre eux des lions, des léopards, des ours et des sangliers. Tous les évèques de la Palestine furent amenés à Césarée pour y être soumis aux plus affreuses tortures.

L'Egypte vit des scènes de cruauté épouvantables. Dans la Thébaïde, on attachait les martyrs à un poteau, aux ardeurs d'un soleil dévorant, et on les laissait mourir de faim.

Carthage et la Numidie furent également le théâtre de scènes sanglantes.

L'Espagne compta aussi des martyrs par milliers. A Sarragosse, le jeune diacre Vincent, plein de zèle et d'érudition, fut arrêté avec Valère, son évêque, que le proconsul Dacien, à cause de son âge avancé, se contenta d'envoyer en exil.

Quant à Vincent, il fut mis à la question. A chaque torture, pendant que le chevalet disloquait ses os, ou que les ongles de fer

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déchiraient ses membres, le martyr reprochait à ses bourreaux, couverts de sueur, de manquer de force et de courage.

Deux fois ces ministres d'une cruauté surhumaine interrompirent les tortures pour laisser refroidir les plaies du martyr, afin de redoubler la souffrance en les ravivant.

Le proconsul écumait de rage. Il fit retirer du chevalet ce corps dont on voyait à nu les entrailles, et le fit exposer, sur un lit de fer, à un brasier ardent. Les parties du corps, qui n'étaient pas tournées au feu, étaient brûlées avec des lames de fer rougies. On jetait sur les plaies saignantes du sel, dont le mordant, aidé par Tactivité du feu, pénétrait profondément les chairs. Cette douleur, dont l'atrocité révolte l'imagination, ne changea rien à la constance du martyr, qui expira enfin à la suite de ces abominables tourments.

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