DÉFAITE ET MORT DE MAXENCE
Triomphe de Constantin à Rome.
Sur ces entrefaites, le tyran Maxence avait déclaré la guerre à Constantin, pour venger, disait-il, la mort de son père Maximien- Hercule, mais dans la réalité pour accomplir le dessein projeté depuis longtemps de s'em-
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parer de la Gaule. Constantin se décida à prévenir son ennemi. Maxence avait rétabli les Prétoriens ; son armée se composait de 170,000 fantassinsetde 18^000 cavaliers. Constantin ne craignit pas d'attaquer Maxence et des forces si redoutables avec 40,000 vieux soldats. Il passa les Alpes Cottiennes sur l'une de ces voies indestructibles créées par les Romains, emporta Suse d'assaut, défit un corps de cavalerie pesante aux environs de Turin, un autre à Brescia, força la ville de Vérone à capituler, et par cette marche triomphale, arriva jusqu'aux portes de Rome.
Maxence s'y tenait renfermé, parce qu'un oracle le menaçait de mort, s'il venait à en sortir. Mais ses capitaines, la plupart expérimentés, tenaient pour lui la campagne.
Constantin était campé vis-à-vis du pont Milvius, appelé aujourd'hui Ponte-Molle. Un jour, nous dit Eusébe, qu'il s'avançait avec
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un corps de troupes, vei-s l'heure de midi, une croix éclatante de lumière se dessina, au milieu du ciel, dans la direction du soleil. Sur cette croix miraculeuse, on lisait en lettres de feu ces mots Latins: In hoc signo vinces. L'apparition de ce prodige, dont toute l'armée fut téii^oin, ébranla profondément Constantin qui, plusieurs années après, le racontait lui-même à Eusèbe, évèque de Césarée. Tout le reste du jour, il songea à cette vision merveilleuse. La nuit suivante, la même croix lui apparaissait de nouveau, et Jésus-Christ, se révélant à lui, lui donnait l'ordre de placer cette image sur ses étendards.
Le lendemain, à côté des aigles Romaines, on remarquait une bannière d'une forme jusque là inconnue. C'était une longue pique de bois doré, ayant en haut une travei'^e en forme de croix, au bas de laquelle
flottait un drapeau tissu d or et de pierreries. Au dessus brillait une couronne d'or et de pierres précieuses, au milieu de laquelle était le monogramme du Christ, formé des doux initiales Grecques de ce nom. Ce monogramme et l'image de la croix furent aussi placés sur le casque des soldats.
Ainsi cette croix, réservée jusqu'alors comme un gibet d'infamie aux plus vils criminels, après trois siècles d'outrages, d'incrédulité et de persécutions, triomphait du monde, prenait sa place parmi les choses les plus révérées, et devenait l'étendard des légions Romaines que le monde vaincu ne regardait qu'avec respect et admiration.
« La bataille qui allait se livrer entre « Maxence et Constantin, dit M. de Chateau- « briand, est du petit nombre de celles qui, « expression matérielle de la lutte des opi- (' nions, deviennent, non un simple fait de
« guerre, mais une véritable révolution. Deux « cultes et deux mondes se rencontrèrent au « pont Milvius; deux religions se trouvèrent « en présence, les armes à la main, au bord « du Tibre, à la vue du Capitole...
Ce fut le 28 octobre 312 que se donna (iette bataille d'Actium du Christianisme.
Maxence infidèle cette fois au vœu qu'il avait fait de ne pas combattre hors de Rome, franchit le Tibre, jetant derrière lui un pont de bois coupé en deux parties mobiles. Son plan était d'attirer Constantin sur le pont, d'en séparer alors les deux côtés, et de noyer ainsi son ennemi dans le fleuve. Mais les choses tournèrent tout autrement. Car ses troupes ayant été rompues au premier choc, les fuyards éperdus se jetèrent dans le Tibre, et y furent la plupart engloutis.
Maxence lui-même revint à la hâte vers le pont qu'il avait fait construire. La multitude
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qui s'y pressait en même temps que lui fit écrouler ce pont élevé dans un autre espoir. Maxence tombé dans le fleuve s'y noya, et périt ainsi de la mort qu'il avait préparée à son rival. Le Dieu des Chrétiens l'emportait; le Labarum était victorieux.
La nouvelle de ce grand événement se répandit sur le champ dans Rome; maison n'y ajouta tout-à-fait foi que le lendemain, lorsque le corps de Maxence eut été retrouve dans la vase, et que sa tête fut apportée dans la ville au bout d'une pique,
Constantin suivit de prés le sinistre emblème de sa victoire. Il entra en triomphe dans Rome le 29 octobre 312, accompagné du sénat qui était venu à sa rencontre, et faisant défiler ses troupes par le Champ de Mars devant le Panthéon d'Agrippa, il traversa les flots d'une foule immense qui encombrait les fenêtreset jusqu'aux toits, et ébranlait Tair parses
acclamations. Quant aux Chrétiens, ils se livraient entièrement à la joie de la délivrance.