LXJÇXVI MORT DE MAXIMIN DAÏA
Constantin avait d'abord resserré ses liens avec Licinius, l'un de ses collègues à l'Empire en lui donnant, comme nous l'avons dit, sa propre sœur en mariage. Mais son autre collègue, Maximin Daïa, ancien ami de Galérius, entra bientôt en hostilité contre eux. Un premier engagement eut lieu entre Maximin et Licinius sous les murs d'Andrinople.
Maximin y eut le dessous, et fut obligé de
reculer jusqu'à Tarse, poursuivi l'épée dans les reins par Licinius. Le désespoir, la rage et la terreur ravageaient son âme. Il voulut essayer de mettre fin à ses jours par une mort volontaire; mais avant cru devoir d'abord se livrer avec excès aux délices d'un dernier festin, il n'avala le poison qu'après son souper. L'estomac chargé rejeta une partie du venin, et amortit l'effet du reste. Il n'en résulta qu'un état de langueur et de souffrance générale, qui trouvant une constitution ruinée par la débauche, dégénéra bientôt en une affreuse maladie. Un feu intérieur le dévorait, et lui causait d'indicibles souffrances. Dans les convulsions de la douleur, il frappait sa tête contre les parois de sa chambre, et broyait des mottes de terre entre ses dents; les yeux lui sortaient de la tète, sa chair tombait en putréfaction, et répandait une affreuse odeur. On l'entendait gémir
ET l'Église chrétienne 3()1
comme un homme à la torture. Enfin bourrelé de remords et dans le trouble de la démence, il rendit Tàme au milieu d'atroces douleurs.
Licinius entra dans Antioche sans coup férir, fit déclarer Maximin ennemi public, mettre à mort ses enfants, jeter sa femme dans les flots de l'Oronte, et livra ses principaux ministres aux supplices. A ces victimes, il en joignit d'autres encore plus illustres. La veuve et la fille de Dioclétien, Prisca et Valérie furent décapitées, et leurs corps jetés dans les flots.
Le fils de l'Empereur Galérius, Candidien, ainsi que Sévérianus, fils du César Sévère, avaient été antérieurement sacrifiés.
Ces exécutions successives répandirent un grand effroi dans toutl'Empire. C'étaient tous les auteurs de la dernière persécution qui
semblaient l'un après l'autre précipités dans le même gouffre.
Le jour d'une grande et impitoyable justice était donc arrivé. Le Dieu des Chrétiens montrait sa puissance. Il n'épargnait ni le sexe, ni le rang ni l'âge. Les Chrétiens redisaient ses jugements dans un langage sombre emprunté aux anathèmes bibliques. La mort des persécuteurs devenait le sujet quotidien de toutes les conversations.
LXXXH.