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L'ÉVÈQUE D'ANTIOCHE IGNACE

Les actes de son martyre

Le premier martyr du règne de Trajan avait été le saint évêque de Jérusalem, Siméon, cousin germain de N.-S., qui, ti l'âge de 120 ans, après avoir été appliqué à la torture pendant plusieurs jours, fut mis en

croix par l'ordre du proconsulaire Atticus gouverneur de Syrie.

Mais le martyre qui eut le plus de retentissement à cette époque fut celui d'Ignace évêque d'Antioche, métropole de la Syrie et de tout l'Orient.

. L'année dans laquelle Trajan prononça contre lui la sentence de mort n'est pas déterminée avec une entière certitude.

D'après les Actes de son martyre, ce serait dans la neuvième année du règne de Trajan, vers l'an 107 ou 108, que ce prince, vainqueur des Scythes et des Daces, aurait séjourné à Antioche avant d'entreprendre son expédition contre les Arméniens et les Parthes.

L'évêque de cette ville fut amené devant lui comme provoquant à la désobéissance aux lois de l'Empire.

Il soutint fièrement l'interrogatoire de

ET l'Église chrétienne i j

l'Empereur, et osa proclamer hautement en sa présence l'unité de Dieu et la divinité do Jésus-Christ en flétrissant l'idolâtrie qu'il appelait le culte des démons.

Trajan, irrité d'une telle liberté de langage, termina la séance d'une façon Impériale en prononçant contre révêque cette sentence de mort:

« Nous ordonnons qu'Ignace, qui se glo- « rifie de porter en lui le Crucifié (on l'appe- « lait Théophore) soit mis aux fers, et con- « duit sous bonne et sûre garde à la grande « Rome pour y être exposé aux bêtes, etser- « vir de spectacle au peuple. »

L'évêque reçut o,vec joie cette sentence qui lui assurait la couronne du martyre, et après avoir prié avec larmes pour son Eglise, il se livra aux soldats qui le menèrent d'Antioche à Séleucie,et de là par une longue et périlleuse navigation sur la mer à Smyrne, où

il put se mettre en rapport avec Polycarpe évêque de celte ville, et comme lui disciple de saint Jean.

Son séjoui' dans cette cité fat assez long, et permit aux Eglises voisines d'y envoyer des députations pour saluer l'auguste prisonnier et se recommander à ses prières. Ces fidèles venus de loin obtenaient à prix d'argent de la cohorte Romaine la faculté de converser avec l'évèque captif; et ce trafic convenait trop à la rapacité des soldats pour qu'ils ne songeassent point à en profiter,

Ignace profita de ce répit pour écrire de Smyrne plusieurs lettres dont nous citerons ici la plus célèbre, son Epître aux Romains, qui a été conservée comme l'un des plus beaux monuments de foi, de constance et d'amour de Dieu.

ET l'Église chrétienne

EPITRE D'IGNACE AUXROIVIAINS

Ignace débute par un magnifique éloge de l'Église de Rome, de cette Église élevée comme sur un siège d'honneur, digne du nom de Sainte et de bien-heureuse par ses vertus, ses mérites, sa pureté éclatante et son ardente charité. Il se félicite d'avoir obtenu de Dieu par ses prières la faveur qu'il implorait avec tant d'ardeur et depuis si longtemps:

« Je vous verrai, leur dit-il, je verrai ces « visages vénérables marqués du sceau de la « Grâce Divine. Chargé de chaînes pour « Jésus-Christ, j'espère vous embrasser, si

« sa volonté sainte méjuge digne d'arriver au « terme de ma course. »

Il les conjure de bannir de leur cœur toute affection purement humaine, et de ne point solliciter sa délivrance, mais de prier plutôt pour qu'il soit immolé à Dieu, maintenant que l'autel est paré pour le sacrifice^ et de demander seulement pour lui la force de corps et d'âme dont il a besoin pour que ses actions ne démentent point son langage, et qu'il se montre Chrétien non pas seulement de nom, mais par ses œuvres.

Il les informe qu'il écrit aux Eglises pour leur apprendre qu'il meurt avec joie pour son Dieu. Il s'estime heureux d'être le froment de Dieu, qui doit être broyé par la dent des bêtes féroces, pour être, comme un pain purifié, offert à Jésus-Christ et devenir par ce moyen une hostie digne de lui.

11 déclare qu'il n'avait plus faim d'une nour-

ET l'Église chrétienne 43 riture corruptible, ni soif des plaisirs de ce monde, et qu'il ne veut d'autre aliment que le pain de Dieu, la chair de Jésus-Christ, d'autre breuvage que son sang qui est Timmortel amour.

Il termine cette belle Epître par ces paroles: « Souvenez-vous dans vos prières del'Egiise « de Smyrne; je la confie à votre providence « et à votre charité. Je vous écris cette lettre « de Smyrne; elle vous sera remise par des « Ephésiens dignes de toutes les bénédic- « tions du Ciel. Je suis ici avec un grand « nombre de fidèles et Crocus que j'aime « tendrement. Quant à ceux qui m'ont pré- « cédé à Rome pour glorifier Dieu, je pense « que vous les connaissez: faites leur donc « savoir ma prochaine arrivée, et prodiguez- « leur tous vos soins.

« Dieu vous garde sains de corps et d'esprit « dans l'attente de N.-S. Jésus-Christ.

LES EMPERBCHS ROMAINS

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