Julien, Ed. Spanheim. — Orat, ly, f
lien alla trouver ces maîtres habiles. Ils le soumirent à une longue préparation, a un noviciat accompagné de jeûnes, d'abstinences, d'ablutions, de fumigations propres à énerver l'âme et à exalter l'imagination. Ils l'entraînèrent enenfin, près d'Éphèse, la nuit, dans la crypte du temple ruiné de Diane. Là, au milieu d'une musique enivrante de cymbales, et à la lueur de pâles flambeaux, éperdu, il vit, aux paroles magiques de Maxime, se refléter comme au fond d'une lave brûlante qui bouillonnait dans un bassin de pierre rouge, le beau temple d'Éphèse qui avait été détruit Lui-même, ceint du diadème des augustes et dans le costume des souverains pontifes, sacrifiait à la déesse. Il avait commis un de ces actes défendus depuis Constantin par la loi, et puni de mort par Constance ^ En entrevoyant la couronne impériale dans des mystères païens, il avait presque conspiré.
L'empereur Constance eut vent des écarts de Julien; il le renvoya sévèrement à ses fonctions de lecteur des saintes Écritures, et, après la mort de Gallus, l'appela môme à Milan, pour le surveiller et le contenir de plus près. Le jeune théosophe fut sauvé peut-être de la mort par l'impératrice Eusébie, qui le fît passer pour un amateur enthousiaste des vieilles rêveries de la Grèce, et obtint qu'on l'envoyât à Athènes. Cette ville ne conservait plus de son ancien caractère qu'une démocratie turbulente d'école, où la jeunesse faisait passer la royauté ou la tyrannie littéraire, selon ses caprices, du rhéteur de Cappadoce, Julien, à Diophante l'Arabe, ou de celui-ci à l'illustre et longtemps applaudi Proheresius. Au milieu des sectes philosophiques qui se disputaient encore le pavé à Athènes, Julien parut adopter celle des stoïques.
1. Liban., /. c, p. S76. — Eunap., Vie de Max,, éd. Boissonade, t. I, p. 49 sqq.
Il prit le manteau, porta la barbe longue et pointue. On le vit cependant passer à travers presque toutes les écoles et disserter à TAcadéraie, au Portique, au Lycée, sans oublier de suivre comme myste, grâce à la connaissance qu'il fit du grand prêtre d'Eleusis, les mystères de Gères, de sa fille Cora et de Bacchus, les plus anciens alors et les plus redoutables de Thellènisme. A Athènes, il se lia d'amitié avec saint Basile, fut plus froid pour saint Grégoire de Nazianze, discuta avec eux sur le Verbe, entonna les louanges du dieu-soleil ou de la déessemère, fraya avec tous, discuta sur tout, charma ou éblouit presque tout le monde. Ce fut au milieu de ces occupations que, sur les conseils d*Eusébie, les eunuques de Constance vinrent lui apporter les insignes de l'Empire, avec la nouvelle qu'on l'avait créé césar*. Constance envoyait Julien en Gaule comme son frère Gallus, en composant le personnel de son administration et surtout de ses surveillants, en lui donnant même sa sœur Hélène pour femme, afin d'être bien sûr de lui. Eusébie seul l'encouragea véritablement, en lui faisant cadeau d'une bibliothèque de livres de philosophie et de livres militaires et en lui donnant quelques bons et sincères conseils.
Quel était ce jeune césar, gauche encore sous les habils impériaux qui venaient de remplacer ceux du philosophe? Il présentait bien des qualités et des défauts contraires. Petit et trapu, avec une physionomie intelligenle et originale plutôt que belle sous ses longs cheveux lisses, un regard mobile et jetant parfois des éclairs, un nez long, droit, provoquant, de fortes lèvres ironiques, une barbe inculte et une marche saccadée, Julien joignait une âme élevée et saine à des passions singuliè-
1. Jul., Or, 5, 7, et fragm. — Lib., Or. 10, 12. — Greg. Naz., Or. 3, 5.— Basil.,^/?., 207, 208.
rement maladroites, quelques idées belles et justes à des imaginations folles et à de longs raisonnements faux, un caractère noble et généreux à de grands travers d'esprit. Entêté et opiniâtre, dans des idées qui lui étaient chères, i] avait appris des malheurs de sa jeunesse même à les cacher; il avait cependant plus de prudence que de dissimulation. Simple dans ses mœurs, pur dans sa conduite, sans grands besoins pour lui-même; bien disposé pour les autres, il n'avait que des passions d'esprit et ne nourrissait d'ambition que pour ses idées*. Julien donna la meilleure preuve de son génie en sachant se tirer avec honneur de la position difficile où Gallus avait laissé son honneur et sa vie.
Le nouveau césar, parmi les familiers dont on l'avait entouré, sut s'attacher le stoïcien Salluste, qui devint pour lui comme un second père, et le platonicien Oribase, son tendre médecin. Il avait pour se faire des amis un art qui venait du cœur. A force de prudence et de sagesse, il échappa à la gênante tutelle de ceux qu'on avait mis autour de lui pour l'empêcher de marcher et de grandir ; il éloigna ou annihila, en les prenant dans leurs propres pièges, Florentins, le préfet du prétoire, Ursicinus, le maître de la cavalerie, Barbation, le maître de l'infanterie, et se saisit vigoureusement du pouvoir, au lieu de rester seulement entre leurs mains un mannequin inutile. Appliqué au gouvernement, il arrêta les exactions de Florentins et diminua les taxes de la Gaule. La frontière élait envahie par les Alamans et les Francs; il s'improvisa guerrier et capitaine, mal à l'aise d*abord,en apprenant les exercices militaires, m lis déjà tout en possession de lui-même sur le champ de bataille. 11 résista avec opiniâtreté, dans Aulun
1. Amm. Marc. xxv. — Lib., 22. — Jul., Misop., p. 388. — Greg. Naz., Or. 5, 23.
assiégé par les Barbares, et tint tète même a ses soldats mal payés. Il battit enQn cinq rois et cinq nations barbares à la grande bataille de Strasbourg, et poursuivit les Alamands jusque dans la forêt Marcienne (forêt Noire), et les Francs jusque dans les marais de la Toxandrie (Hollande). Il conquit en quelques années rattachement de la Gaule et le dévouement des soldats. « Marche, heureux césar, » crièrent les soldats dans les plaines de TIll, « nous te suivrons où te mène ta fortune. »
Tout en déployant, surtout au dehors, les qualités d'un élève du Portique et celles d'un Romain des anciens jours, Julien avait une conduite inattaquable. Vivant simplement, couchant sur la dure, chaste dans un mariage qu'il avait fait avec quelque répugnance, se soumettant à des jeûnes, à des abstinences recommandées par ses dévotions particulières, il assistait aux cérémonies du culte chrétien, qiji était alors la religion officielle. Il réservait seulement pour le soir le commerce chéri qu'il entretenait, dans de solitaires incantations^ avec Mithra et Isis, ses dieux favoris. Deux fois il écrivit le panégyrique de Constance, son souverain, et d'Eusébie, sa protectrice, gardant aussi pour le secret de ses pensées ou pour ses songes l'avenir et l'espérance, t Le lion, dit Libanius, se cachait sous la peau de l'âne. » Peut-être n'eût-il jamais réagi aussi vivement contre le christianisme, et ne se fût-il point révolté contre son oncle Constance, si la mort de celui-ci l'avait amené naturellement au trône où sa naissance et son titre de césar rappelaient. Les principes de l'école stoïcienne l'éloignaient de l'ingratitude et de la révolte en politique, comme de la violence en religion. La jalouse maladresse de Constance dégagea brusquement le sectaire du philosophe, et l'auguste du césar ^
1. Amm.M.jXvijXvu. — Lib., Or. 3, 10, 12. Socr. 3. — Jul., ad Athen,
JULIEN. m
Julien était assez philosophe pour souffrir que son oncle s'attribuât foutes ses victoires, dans des bulletins où il ne nommait pas même le césar qui les remportait en personne à la tète de ses légions ; il savait que de vils et bas courtisans lui appliquaient lo sobriquet de Victorinus; mais le stoïcisme lui avait appris le mépris de la gloire et des injures. Il ne fut pas assez chrétien pour faire le sacrifice de son ambition et de sa vie^ lorsque Constance lui demanda, comme autrefois à Gallus, ses meilleurs et ses plus dévoués soldats. Ces soldats étaient fort mécontents; ils avaient mis pour condition à leurs services qu'ils ne quitteraient point la Gaule. Julien, en leur donnant Tordre du départ, recommanda au préfet Florentins de ne point les faire passer par Lutèce, où il était, à son palais des Thermes. Malgré lui, ils vinrent lui faire leurs adieux ; il les exhorta à Tobéissance. Mais pendant la nuit, les soldats, tout à leurs regrets, se mutinèrent; ils se portèrent aux Thermes avec les cris furieux de : « Julien auguste ! » Le césar errait sur les bords de la Seine, en proie à une fiévreuse agitation : t Je me suis déjà présenté deux fois, » lui disait le génie de TEmpire, « sur le seuil de ta demeure, et deux fois tu m'as repoussé : c'est la dernière fois que tu m'entends. » Julien revint vers les soldats mutinés, qui faisaient déjà voler ses portes en éclat. 11 chercha encore à les apaiser. Peine inutile ! on Tèleva sur un bouclier. On chercha un diadème. Un soldat détacha son collier de porte-dragon et le lui posa hardiment sur la tête. C'en était fait. De retour au fond de son palais, dans son observatoire, fenêtres ouvertes, jusqu'au matin, Julien interrogea, dans les formes consacrées par la magie, ces astres qui lui avaient souri dès l'enfance, et invoqua les dieux protecteurs et garants de sa fortune. Jeune, captif, il avait rêvé dans le paganisme la hberlé; homme fait maintenant, menacé dans sa vie, il voyait pour lui
TEmpire dans le paganisme, etdans le paganisme TEmpire, dans l'un et dans l'autre son salut. Il raconta plus tard à un de ses conOdents que l'astre de Jupiter et le soleilroi, au milieu de cette nuit troublée par ses propres passions et par les cris tumultueux des soldats qui occupaient les portes, lui avalent ordonné de saisir l'Empire pour relever leurs autels*.
Le paganisme se jeta dans les bras de Julien avec plus d'empressement que Julien ne l'embrassa lui-même. Dès qu'il avait mis, comme césar, le pied en Gaule, une vieille femme avait dit, en le voyant passer : t Voici celui qui relèvera les temples. » Depuis longtemps, tous les païens sincères, tous ceux même qu'indisposait le gouvernement tracassier de Constance, ou qui voyaient dans le vieux culte national la condition du salut de l'Empire, espéraient en lui. Dès qu'ils le virent lever l'étendard contre Constance, tous se déclarèrent en sa faveur. Julien, plus hésitant, offrit d'abord de traiter avec son oncle et de partager l'Empire avec lui; puis, il lui écrivit une lettre railleuse, et adressa au sénat des invectives contre celui qui était l'auteur de sa fortune et qu'il avait loué autrefois. Enfin, on le vil, à peu de temps de distance, assister le jour de rÉpiphanie h la messe des chrétiens et sacrifier à Bellone. Il fit cependant avec vigueur ses préparatifs de guerre, et partit lui-même avec rapidité, à la tête de cinq mille hommes, pour descendre le Danube, consultant les augures païens avec une ardeur plus fiévreuse à mesure qu'il approchait (Je son adversaire. La mort de Constance épargna à l'Empire une guerre civile. Malgré cette facile victoire, quand la population de Constantinople se précipita de plusieurs milles au-devant du nouvel auguste, ayant
1. Amm. M., xix, xx. — Jul., Or, 8, ep. ad Ath., ep. ad Lib., Or., 10, 12, — Eunap., v.
Her.-^
en tète son préfet, le célèbre sophiste Tbèinistms, tous ceux qui raçclamërent avaient le pressentiment qu'ils allaient assister au retour^ à la tentative de rétablissement d'un ordre de choses qu'on avait cru terminé.
Julien, seul maître de l'Empire, apportait au pouvoir, en politique et en religion, des idées bien différentes : les unes claires, sages, vraies pour son temps, les autres obscures, imprudentes, fausses. Il avait à leur service une science vaste mais un peu pédante, un caractère enthousiaste et une volonté opiniâtre, mais susceptibles de céder à de fortes préventions ou à d'entraînantes passions. Pour bien juger son court règne, qui ne dura que deux ans et demi, et qui ne tint ni tout ce qu'il pouvait faire espérer, ni tout ce qu'il pouvait faire craindre, il faut faire deux parts de son gouvernement: l'une politique, et presque toujours raisonnable et sage; l'autre religieuse, qui fut maladroite, insensée, trop souvent condamnable.
En morale et en politique, Julien était l'élève du stoïcisme et de la vieille discipline romaine que» dans l'éloignement des temps, on confondait alors volontiers. Il proclamait lui-môme qu'il avait pris pour modèle Marc- Aurèle, l'empereur philosophe, pour la vertu, et Caton pour la sévérité des mœurs. On trouve dans son épître à Thémislius, et dans quelques passages de ses discours et panégyriques *, l'idée qu'il se faisait de la souveraine puissance. Avec Platon et Aristole, il pensait que , c de même que les dieux ont donné les troupeaux d'animaux à conduire à des êtres d'une nature supérieure aux hommes, ainsi, pour gouverner les hommes, il faudrait au-dessus d'eux des êtres surhumains, des dieux. » Puisque cette mission n'appartenait point aux dieux, il répétait que Thomme devait, en prenant le gouvernement de
i. Jul, Orat, % p. 86 sqq.— Ad Them., p. 200, 258.
ses semblables, c étouffer, selon l'énergique expression d'Aristole, la bête féroce qui monte sur le trône avec un despote ; » il condamnait donc Tautocratie, Tomnipotence souveraine (i5 itot^^aàcia)^ il voulait que le souverain ne régnât pas lui-même, mais qu'il assurât seulement le règne de la loi, cet esprit que ne trouble pas la tempête des passions. Incapable de s'élever à la conception d'une constitution politique, il exigeait du souverain qu'il fît le plus de bien possible aux hommes. Le salut de l'Empire était pour lui dans la discipline morale de l'empereur, qui devait rester maître de lui, pour imiter les dieux. € Les hommes devinent, disait-il, et les dieux savent. »
Je suis maître de moi, comme de l'univers,
tel était son idéal, si souvent démenti par l'expérience. Après avoir posé quelques excellentes règles pour le souverain, applicables à tous les temps et à tous les princes, il formule celle-ci, particulièrement applicable à l'Empire romain : c 11 faut qu'un prince, aimant également et les citoyens et les soldats, soigne les premiers avec la tendre sollicitude d'un berger qui conduit ses troupeaux dans de gras pâturages, où ils paissent à l'abri de tout danger ; et qu'il inspecte fréquemment les seconds, pour les habituer ^ la force, au courage et à la douceur envers les citoyens, qualités qui leur sont aussi nécessaires qu'à ces animaux fidèles et de bonne race auxquels on confie la garde des brebis. » Cette formule était encore celle du peuple-roi, celle d'un gouvernement militaire, produit de la conquête. Elle pouvait être bonne, relativement à ces temps si durs; combien elle est encore humiliante pour l'espèce humaine t
Julien fut bien encore, en effet, un empereur romain, quoique des meilleurs temps. Il ramena l'Empire à une
simplicité, à une modestie toutes citoyennes. Il rejeta le nom de Dominus ou de maître, et toutes les formes de Tadoration orientale, a J'ai demandé un barbier et non un intendant de finances, » dit-il au premier valet de Constance qu'il manda auprès de lui; et ce mot devint le signal de la réforme de la cour. Il renonça à l'étiquette orientale, au risque de faire dire qu'il exposait le pouvoir au mépris ; la nuée d'eunuques, d'officiers de corps et de bouche, de serviteurs inutiles et avides, qui n'avaient point augmenté, comme on l'espérait, le respect de la monarchie, fut dispersée. Comme lorsqu'il était césar, Julien continua à dormir sur une peau d'ours, à faire des repas si légers, qu'il avait toujours le corps et l'esprit libres. Le palais devint accessible à tout le monde, particulièrement aux philosophes, ou rhéteurs, anciens amis que Julien appela à venir partager sa fortune et à l'aider de leurs conseils. < Il n'espérait pas faire beaucoup, dit-il; mais ils ne devaient pas lui envier leur concours ; c'est à leur tête qu'il voulait combattre contre la corruption et la décadence des temps. » Son ancien conseiller et ami Salluste, païen, mais le plus honorable caractère de ce temps, devint préfet du prétoire, à défaut de Chrysanthe, qui ne voulut accepter qu'un gouvernement de province. Julien quitta le sénat de Conslantinople pour recevoir Maxime, son premier initiateur aux secrets mystères, et lui confia une des premières charges de l'État, dont le philosophe thaumaturge, il est vrai, abusa pour s'enrichir. Pour lui, tout à ses devoirs, il y consacra môme une partie de la nuit, dont il eût voulu cependant donner au moins aux lettres tout ce qu'il dérobait au sommeil *. Après un commencement de guerre civile, le nouveau
1. Liban., Epitaph. JuL i, p. 565. — Âmm. Marc. 22, 4. — Eus., Hist. eccLy 3, 1. *
règne ne fut point inauguré, comme tant d'autres, par une Tiolente réaction contre les créatures du régime précèdent. Une commission constituée à Chalcédoine rechercha les hommes qui avaient abusé, pour s'enrichir ou pour tyranniser, de leur puissance auprès de Constance. L'État seul parut au moins dans cette justice et non le souverain. Les empereurs ordinairement n'y mettaient pas tant de façons et prononçaient en personne. Si la commission^ un peu tropz^ée, enveloppa dans la perte de Paulus la Chaine^ et d'Âpodème, Tinnocent Ursule, trésorier de l'Empire, Julien, pour sa part, se montra toujours clément et sut relever souvent cette vertu de mots ou d'actes heureux. Un Théodote avait demandé sa tête à Constance ; il vint se jeter aux pieds du nouvel empereur. Julien le releva : t J'ai à cœur, dit-il, d'augmenter le nombre de mes amis et de diminuer le nombre de mes ennemis. » Un citoyen lui fut dénoncé comme faisant préparer en secret une chlamyde de pourpre : l'empereur chargea le dénonciateur de porter à l'ambitieux conspirateur un brodequin de pourpre, pour qu'il ne manquât rien au vêtement impérial. Après les valets de cour, l'armée des espions ou curietix de l'Empire fut dissoute*.
Les derniers empereurs avaient cru au-dessous de leur majesté d'intervenir personnellement dans la justice, assiduement exercée par les premiers empereurs. Julien reprit cette vieille coutume, qui avait ses inconvénients, cependant, c L'été en campagne, Thiver au tribunal, > dit-on de lui. Il allait souvent s'asseoir auprès du préfet du prétoire et au milieu des assesseurs ; il prenait part au drame judiciaire, mais avec une certaine indiscrétion.
1. Lib.^ Pan, in Jul, Cons.y p. 876. — Efrit,, p. 546> 586. — Jul., Misop., p. 839.
interpellant quelquefois les avocats lorsqu'ils cherchaient à embrouiller Taffaire, reprenant le juge ou Taccasé, parfois rëformanLla loi avec plus ou moins de bonheur par des décisions nouyelles. H ne savait point contenir sa langue, et quelquefois sa colère. Comme il se connaissait, cependant, il avait autorisé ses préfets du prétoire à le reprendre, à Tarrèter; et, quand ils le faisaient, il se soumettait toujours. Son intempérance ne nuisit quelquefois qu'à sa dignité, peu à la justice. Il se garda d'ailleurs par principe d'assister aux causes où il s'agissait de la vie de l'accusé. Dans un des panégyriques de Constance, il avait exprimé l'intention d'adoucir la sévérité ou la cruauté des peines portées contre certains délits : « Quant au prince en personne, dit-if, il ne prononcera aucune sentence de mort, il ne frappera de son glaive de justice aucun citoyen, quelque énorme que soit son crime ; son âme ne doit être armée d'aucun aiguillon; il doit ressembler au roi des abeilles, à qui la nature semble l'avoir refusé. » Du droit de vie et de mort trop souvent exercé par ses prédécesseurs, il ne voulut conserver que celui de faire grâce *. Il crut pouvoir dire que, sous son règne, la justice exilée était redescendue sur terre.
Empereur des anciens jours, Julien (fut-il toujours de bonne foi?) crut pouvoir faire revivre même les vieilles institutions. On le vit marcher à pied entre les litières des deux consuls, pour leur faire honneur aux grandes occasions; il se condamna à l'amende pour avoir, contre le droit, affranchi un esclave en leur présence. Le nombre des sénateurs de Constantinople fut augmenté; ils furent revêtus des mêmes privilèges que ceux de Rome, ce qui n'était maintenant pas beaucoup accorder ; et l'empereur