JuL, Ep. 49, p. 431, 63, p. 452. Fragm,^ p
4M JUI^IËN.
Il est donc juste d'honorer les ioworteU et de distinguef les personnes et les villes qui tiBs Uonoreot^ >
£n vertu de ce principe, Julien ordonna la re^tîtutioii, au culte païen et à ses pontifes, de^ domaines «ejl d^s rer venus qui leur avaient été enlevés, et exjgea quje ceux qoi s'étaient signalés dans la destruction de^ temples contri* huassent à leur reconstruction. Il retira nstême à l'Église ^chrétienne, conune aulaqt de moyens d'influence, les fonctions Judiciaires que Constance lui ^vai,t reconnues:, et la faculté de recevoir des legs ^u liit des mourants. < Il fallait hien que les toniibeiaijLx, » ^inM qu'H s'expriniait en parlant des églises, c cédassent la place aux temples.»
Sans se faire scrupnl^ d'user conlrie les cbrëUeas de ces moyens extérieurs, Julien affectait de ne vouloir esor ployer dans cette lutte que la force de Jla discussion. Gom^ bien cependant des paroles, tomhées de la bouche de l'empereur, pouvaient avoir de puissance, dans un temps et sur des sujets accoutumés à la servilité I Julien était bien redoutable lorsque, ne pouvant s'élever jusqu'au Dieu qui embrasse l'humanité tout entière dans son amour, il demandait au christianisme ses origines nationales, et dési* rait savoir des Alexandrins quelle protection, quel bienfait ils avaient reçu de Jésus. L'ironie qui était dans ses habitudes, et qu'il employait contre ses adversaires, rendait d'ailleurs la lutte bien inégale. On le voyait rappeler les évéques orthodoxes qui avaient été exilés sous le gouvernement arien de Constance, et donner toute facilité aux prélats de se réunir en synode; mais c'était pour mettre en présence les ariens et les trinitaires. Il présidait à leurs discussions; mais c'était pour prendre acte de
1. Lib., Epit^U 1, p. 564. — Jul.^ Epit*, 49, p. 431. — Sozom., Hist, eccl.y V, 3, 4.
lenrs contradictions et pour les railler : « Écoutez-moi, » leur disait-il quelquefois, en les interrompant, « les Francs et les Alamans m'ont bien écouté. » Ce qu'il ne pouvait souffrir surtout, c'était que Jésus, un Juif, comme il disait, infidèle à la loi de son pays, prétendît bannir de l'Olympe tous les dieux. Il avait moins d'aigreur contre les Juifs qui avaient, du moins à ses yeux, le mérite d'avoir un dieu national susceptible d'entrer avec les autres dans le Panthéon. Encore se lassait-il parfois de leur entêtement : « J'ai trouvé, disait-il, en eux des hommes plus brutes que les Qiiades et lesSarmates*. »
Le poiïtife sectaire acheva enfin de rendre la lutte inégale entre les deux religions, en signant, de la même main qui écrivait ses ironiques invectives contre les chrétiens et les Juifs, la défense aux chrétiens d'expliquer et de commenter publiquement les chefs-d'œuvre de la poésie et de la prose profanes : « Accordez vos pensées avec vos paroles, leur dit-il, dans son édit déclamatoire ; ou, pensez comme les païens que vous admirez; ou, retournez, si vous les croyez dans l'erreur, à Luc et à Mathieu. » Un païen sincère et honnête, Ammien Marcellin, voudrait ensevelir cette action dans un éternel oubli. Elle fut bien sensible aux chrétiens : c Nous vous avions laissé, s'écria Grégoire de Nazianze en s'adressant aux païens, les richesses, la naissance, la gloire, l'autorité, tous les biens d'ici-bas, dont le charme s'évanouit comme un songe, et vous voulez nous ravir encore l'éloquence; c'est pour la conquérir que nous avions traversé les monts et les mers. » L'empereur, honteux, voulut faire une exception en faveur du grand Proheresius, qui avait été son maître. Celui-ci refusa le privilège, et, en descendant noblement
1. Lib., Epit.^ t. I, p. 562. — Sozom., Hist, ecc/., v, 10. — Cyr., ch. /u/., vil. — Jul., Epity tiy ÎS«.
de sa chaire, donna cette dernière leçon à son disciple couronné*.
Il était difficile, à l'époque où vivait Julien, d'allier l'impartialité avec la tolérance, en matière religieuse. L'empereur avait commis une grande imprudence politique en ordonnant au clergé chrétien la restitution des domaines et des revenus enlevés autrefois au sacerdoce païen . N'était-ce point là fournir un prétexte au zèle des gouverneurs, toujours prêts à dépasser les intentions du maître, et provoquer les résistances des chrétiens ? Le retour de la faveur impériale aux païens, après deux règnes chré tiens, et la réouverture de temples abandonnés n'étaient-ils pas déjà de nature à ranimer toute l'ardeur des passions religieuses? Les païens, qui avaient connu aussi la persécution, étaient prêts à abuser de leur victoire et à essayer à leur tour de la tyrannie. Les chrétiens ne pouvaient contribuer de sang-froid à relever les autels qu'ils avaient cru renversés pour toujours, et voir encenser ces dieux qui leur rappelaient les temps de la persécution. La situation était grosse de troubles. Un gouverneur appliqua à la torture Marc d'Aréthuse, en Syrie, qui se refusa à restituer des domaines déjà aliénés, et ne voulait point payer de dédommagements. Dans une ville de Phrygie, les chrétiens se glissèrent dans le temple nouvellement rouvert, et renversèrent les statues des dieux *.
Julien, déjà effrayé, ne crut pouvoir réussir qu'en obtenant des dieux protecteurs de l'Empire romain, des conquêtes, une gloire qui établissent leur toute-puissance et convainquissent d'imposture tous les autres dieux. La défense des frontières du Rhin ou du Danube pouvait en-
1. Jul., Epit., 42, p. 422. — Socr., Hist, eccl., m, 12, 16. — Sozom., Hist. eccL, v, 18. — Amm. Marc, xxii, 10, 7; xxvi, 4, 21. — Grég. Naz., Or., 4, 5.