‹ Les empereurs romains (volume 2)Chapitre 118 sur 122 · Àmm. Marc, xxii, 11. — Sczom., y · texte numérisé non relu

Àmm. Marc, xxii, 11. — Sczom., y

core illustrer son courage. Mais la guerre de Perse avait de bien autres attraits et promettait de plus belles récompenses. C'était de TOrient que les dieux étaient venus à la Grèce, Là s'étaient formés tous les mythes. C'était en Orient que Bacchus, Hercule, et peut-être Alexandre, étaient devenus des dieux. Julien rêva à son tour une grande guerre, comme une guerre sainte en Orient. Il fit des préparatifs considérables et y consacra les résultats de ses épargnes. Il ordonna de nombreux et immenses sacrifices, pour se rendre les divinités propices, et multiplia les cérémonies augurâtes pour forcer en quelque sorte l'assentiment divin. En vue de cette sainte guerre, il employa tous les moyens possibles pour obtenir de ses soldais la participation aux sacrifices païens. Les présents, l'or, leur étaient offerts pour quelques grains d'encens.

Dans le dernier voyage qu'il fit à travers l'Empire, en achevant ses préparatifs pour se mettre à la tête des légions, Julien put être témoin de la fermentation produite par sa malencontreuse entreprise. En voyant Maris, l'évéque aveugle de Ghalcédoine : « Vieillard, lui dit-il, le Galiléen ne le rendra pas la vue. — Je le remercie, répondit révoque, de m'épargner la douleur de voir un apostat. » A Gésarée, le temple de la Fortune, le seul encore debout, fut renversé presque sous ses yeux. Julien fut obligé de sévir. Dans la molle et turbulente ville d'Antioche surtout, éclata l'incompatibilité du souverain et de son temps. Julien se promettait un bonheur particulier de son séjour dans cette ville; il allait y voir, y entendre le roi des écoles, Libanius, qui avait refusé de venir à Constantinople. Il allait rouvrir la fontaine de Castalie, relever dans le bois sacré de Daphné le dieu Adonis, au service duquel il avait une mythique explication destinée à moraliser môme ce culte tout voué à la passion. Libanius se fit prier pour parler devant cet élève,

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qui avait bravé toutes les dc^fenses, dans sa jeunesse, pour se procurer ses leçons. Gomme beaucoup d'autres beaux esprits païens, dédaigneux des intérêts de la conscience du vulgaire, Libanius se contentait d'une sorte de religion littéraire, philosophique, et trouvait Julien beaucoup trop superstitieux : « Cultus nutninum superstitiosus. i La première fois que l'empereur entra dans un temple, les habitants s'y précipitèrent, mais pour le voir, pour être vus; et ils l'acclamèrent comme dans un théâtre. Julien fut obligé de rappeler en personne ses sujets au respect du saint lieu. Les habitants le trouvèrent bien atlstère; d'ailleurs, la simplicité de son train d'empereur les choqua. Lorsque, l'imagination pleine de victimes, de parfums et de beaux enfants à l'âme pure comme leur robe blanche, le pontife entra dans Daphné, il trouva le temple en ruities, le bois désert; un prêtre délaissé se présenta avec une oie étique pour toute offrande. En chemin, il heurta contre le tombeau de saint Babylas, enterré là par les chrétiens, comme pour purifier ce bois païen. Mécontent, Julien ordonna aux chrétiens de transporter ailleurs les reliques de leur martyr. Toute la communauté chrétienne, en longue procession, opéra le transfèrement, en chantant, comme pour braver Julien, le cantique contre les adorateurs des idoles. Une disette causée sur le marché par quelques accapareurs, propagea le mécontentement dans toute la population. Julien crut la faire cesser par l'établissement d'un minimum; il l'augmenta. Les bons mots, les chansons, les satires contre Thomme à la longue barbe, contre le cynique, contre le hiérophante, retentirent de tous côtés. L'empereur fit acheter du blé à tout prix pour ramener l'abondance; l'écrivain rendit aux Antiochiens satire pour satire dans le Uisopogon^ où il opposa son extérieur négligé, ses mœurs sévères, au luxe, à l'incontinence de ses détracteurs. Il mit les rieurs de

son côté* Mais le fea éclata dans le temple d'Adonis, à peine réparé. On ferma une église, on arrêta un certain nombre de chrétiens; l'un d'eux fut mis à la torture. Julien enfin partit, en menaçant Antioche de faire passer tous ses privilèges à Tarse ; et il lui laissa pour adieu un mauvais gouverneur *.

On surprend aisément, dans les derniers actes, écrits, ëdits ou lettres de Julien, la lutte qu'il soutient contre lui-même. Le dépit éclate en actions contradictoires, en traits de satire et en reproches. Après avoir rappelé les exilés orthodoxes, Julien prétend qu'il n'a pas entendu par là les rétablir sur leurs sièges. Athanase avait profité de l'édit pour reprendre la direction d'Alexandrie; il s'était permis de convertir de nobles et riches dames. Julien le renvoie comme un artisan de troubles qui croit se donner beaucoup d'importance en risquant sa tête. Les païens d'Alexandrie, dans une émeute, massacrent révoque intrus, George de Cappadoce, qui avait, il est vrai, par ses excès, accumulé sur lui bien des haines. Une lettre de l'empereur les blâme, mais ne les punit point. Les chrétiens sont éloignés de l'armée ou des tribunaux, sous prétexte que leur loi leur interdit de verser le sang. L'Église d'Edesse, persécutrice des ariens, est privée de ses biens, parce que le royaume des cieux est assuré aux pauvres. Pour démentir les prédictions du Christ, Julien veut rebâtir le temple de Jérusalem; un feu souterrain effraye les ouvriers ; l'empereur menace de venir bientôt avec Maxime, son hiérophanle, chasser les dieux inférieurs. Ses écrits contre le christianisme deviennent plus aigres; parfois, cependant, l'accent en est douloureux : « Galilèens ingrats! dit-il, n'avez-vous pas quelques grâces à me rendre, à moi qui ai brisé les fors de

1. Âmm. Marc, xxii, 10,^13; xxm, 3. ~ Jul., Misop, — Sozom., v, 20.

ceux qu'avait emprisonnés Constance ; à moi qui ai fait cesser la persécution? Sans doute, vous avez quelques sentiments de piété ; car vous adorez le Dieu tout-puissant et souverainement bon qui gouverne le monde sensible, ce Dieu suprême que les païens invoquent sous d'autres noms; mais croyez- vous donc aussi que nous adorons ces idoles de bois et de pierre, et que, sous leur enveloppe, nous ne remontions pas à la cause suprême et unique de toute création. Ah t c'est la tiédeur du sacerdoce païen qui perd tout ; pourquoi ses prêtres n'imitent-ils pas la ferveur des prêtres chrétiens, qui sont tout de feu pour leur doctrine, et qui, pour elle, n'hésitent pas à affronter la mort > ? »

Ce fut dans ces dispositions que Julien se mit à la tète de l'expédition destinée à agir contre la Perse.

Il y avait, à ce sujet, une contradiction entre l'inspiration religieuse toute grecque de Julien et la tradition romaine. Les oracles romains, les livres sibyllins, condamnaient ces expéditions au delà du Tigre, qui avaient toujours été si funestes à l'Empire et aux empereurs. Julien, au contraire, tout plein des traditions et des superstitions de rOrienl, à force de sacrifices, croyait, selon les opinions magiques du temps^ pouvoir violenter les dieux. Les païens eux-mêmes disaient que s'il revenait jamais de Perse la race bovine disparaîtrait. En partant, il chargea le sophiste Libanius d'écrire ses exploits, et il lui écrivit presque à chaque étape. Tout aux soins militaires, aux sacrifices divins et à la curiosité des lieux célèbres qu'il visitait, Julien arriva sous les murs de Ctésiphon et se dirigea sur Suze. L'ennemi fuyait. A la suite d'une marche pénible, les vivres commençant à manquer, il crut voir le génie de l'Empire s'échapper, la figure et la corne

1. Socr.^ Hiit. eccLy iii, 18-15. — Julien^ Misop, — Âm. Marc* xxiii^ 1.

d'abondance voilées, hors de sa tente. Le lendemain, les Perses parurent. Sans se donner le temps de s'armer, rempereur se précipite en avant ; il donne l'exemple ; les Perses s'enfuient; mais un javelot lancé par un cavalier l'atteint en plein dans le flanc. On le ramène dans sa tente. Là, il s'entretinl longtemps avec Maxime et Priscus des idées qui lui étaient chères, sur la transmigration des ânies et le retour de l'individu dans l'éternel Tout. Quand il s'affaiblit : « La nature, dit-il, demande son tribut; solvable débiteur, je l'acquitte avec joie. Les philosophes m'ont appris combien l'âme est d'une substance supérieure à celle du corps. Je sais que les immortels rappellent souvent de bonne heure auprès d'eux ceux pour qui ils ont une particulière tendresse. J'espère avoir conservé sans tache la puissance que j'ai reçue du ciel et qui en émane. Je remercie l'éternel Dieu de m'envoyer la mort, non par la main d'un traître, d'un bourreau ou d'une maladie, mais sous la forme d'un glorieux congé, après une carrière courte mais bien remplie. C'est être lâche que d'aller au-devant de la mort avant le temps, ou de la redouter quand l'heure est venue. » Sur les lieux mômes où Trajan était mort, c'était finir du moins avec des paroles dignes de Marc-Aurèle *.

Dans la charmante satire où il apprécie les Césars avec finesse, mais non sans malice, Julien nous a donné la mesure de la justice et de la sévérité qu'il faut lui appliquer. Les dieux sont constitués en tribunal, dans cet écrit, pour accorder la palme divine au plus digne des souverains. Mercure introduit les prétendants; et Silène, bouffon accusateur de la céleste compagnie, les repousse l'un après l'autre avec ses railleries. Le grand César parait le premier. « Prends garde à ta couronne, Jupiter,

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