Àmm. Marc.^ ixy, 4. — Julien, Dern» lettres à Libanius
dit Silène; il serait capable de s^en emparer. » Yiennént après lui Auguste le Caméléon ; Tibère, beau, sévère par devant, la lèpre sur le dos; Caligula le maniaque; Claude aux abois, sansPallas; Néron^le singe d'Apollon. Trajan, trop ami du faleme; Antonin, trop ami de Vénus, et M arc- Aurèle , trop facile époux, ne sont pas épargnés. Silène laisse à la porte Constantin comme un impie, un ennemi des dieux, qui a cru faire disparaître avec quelques ablutions les crimes de sa vie et les taches de son corps. Enfin, pour prononcer en connaissance de cause, Jupiter demande aux trois plus redoutables con* currents, César, Alexandre, Marc-Aurèle, le but qu'ils se sont proposé pendant leur vie. « Vaincre tout le monde, répond Alexandre. — Être le premier, repart César. — Imitef les dieux, dit Marc-Aurèle. — Et qu'est-ce qu'imiter les dieux? demande Silène. — S'abstenir soi-même, travailler pour les autres, avoir le moins de besoins pour soi, faire le plus grand bien possible aux hommes. » La pàlme lui est accordée, jugement digne des dieux comme de rélève de l'empereur philosophe. S'il était permis d'ajouter quelques lignes à la satire des Césars^ en introduisant Julien à son tour* dans l'Olympe, que trouverait peut-être Silène à lui dire ? € Julien, réparateur maladroit de roiympe, césar fanatique du passé, tu as voulu rebâtir le vieil édifice divin, il a craqué; tu as prétendu convertir les dieux i ils ont fui , s'en sont allés. Marc-Aurèle ne te remerôie point d'avoir voulu l'introduire dans cette compagnie; tu t'es cru son élève, à tort; de ton temps, il eût été chrétien meilleur que Constantin ; de son temps, tu aurais été persécuteur pire que Galérius. Constantin te sait gré de l'avoir laissé à cette porte ; tu l'as blâmé; il avait l'esprit moins élevé, l'âme moins douce que toi ; il a mieux jugé, mieux vu. Passable philosophe et lu fi*eûs été stipefrsftilicrux» excellent empereur
si tu n'eus été sectaire, intrépide guerrier, citoyen recommandable, spirituel écrivain, mais qui ne sut jamais retenir sa langue, viens donc, puisque tu Tas voulu, dernier venu de Tapothéose, viens, dans cet Olympe désert, partager avec moi les reliefs de Tencens qui monte et de Tambroisie qui reste. Je t'en préviens, plus maigre tous les jours est la pitance. Que si tu te prends à regretter, par delà ce visible soleil que tu as adoré, cet invisible Dieu que tu as pressenti, hé bleni essaye de quelqu'une de ces incantations qu^e t'a apprises Maxime, ton maître; et si, par hasard, tu arrives à la porte de cet Olympe nouveau où règne le Galiléen miséricordieux que tu as bafoué, frappe, tente l'aventure. Je ne te réponds poiBt cependant que Constantin, pour te faire franebir ie seuil, avec le sourire du pardon, t'attire par ta barbe; ni que le grand Marc-Âurèle, ton matire, te dérobe et te couvre sous $oj^ manteau. »
VALENTINIIEN ET VALENS
Administration, administrateurs, administrés.
A la mort de Julien, la cour, l'armée, l'Empire étaient effrayés de la possibilité d'une lutte prochaine, suprême, entre le christianisme et le paganisme. Au delà de TEuphrate, les chefs chrétiens Arinthée et Victor, et les païens Nevita et Dagolaïf étaient près peut-être à se disputer l'Empire, après le refus du préfet d'Orient, Salluste, quand l'armée, plus sage cette fois, acclama le primicier des gardes, Jovien, fils du comte Varronien.
Jovien n'eut que le temps de faire un acte honteux et un acte sage. Pressé de s'assurer de l'Empire, il acheta la paix aux Perses par la cession des cinq provinces Iranstigritanes et de la malheureuse Nisibe. Plus heureux, en voulant donner la paix morale à l'empire, il rendit un édit qui assurait la liberté, l'égalité aux deux cultes rivaux. Le célèbre Thémistius, orateur païen et préfet de Constantinople, le remercia d'avoir donné ainsi à chacun la faculté d'adorer Dieu selon son cœur, c à l'imitation de la divinité qui, ayant mis le sentiment religieux dans le cœur de tous les hommes, leur laisse le droit de lemani-
YALENTINIEN ET YALENS. 505
fester à leur manière. » Arrivé dans la petite ville de Dadastane, aux confins de la Galatie et de la Bithynie, sur le chemin de Constantinople, Jovien mourut subitement la nuit, sans qu'on ait jamais bien su la cause de cette fin brusque et prématurée *.
Les généraux, appelés une seconde fois, en si peu de temps, à faire usage de leur prérogative, réunirent leurs suffrages sur le fils d'un excellent militaire, bon soldat lui-même, du nom de Yalentinien, qui était alors à quelque distance du gros de l'armée, à Âncyre. Lorsque celui-ci monta, pour la première fois, la pourpre sur les épaules et la couronne en tète, sur le tertre ou tribunal dressé au milieu de l'armée, afin de la remercier, une clameur violente partit de tous les rangs. L'armée demandait tout d'une voix un second empereur, et exigeait qu'il partageât l'Empire. La demande n'était peut-être plus maintenant déraisonnable. Yalentinien apaisa du gepte ces cris : f Tout à l'heure, dilril aux soldats, vous aviez encore l'autorité; mais vous venez de vous en dépouiller pour m'en revêtir. Le partage de l'Empire veut être mûrement délibéré. Mais cette délibération n'appartient plus qu'à moi. Rentrez donc dans vos quartiers ; vous y recevrez la gratification, et j'aviserai bientôt aux besoins de l'Empire.» Arrivé à Constantinople, en effet, Yalentinien, songeant surtout à la nécessité de la concorde, prit pour collègue et couronna dans l'Hebdome son propre frère, Yalens.
Les deux fils du comte Gratien avaient tous deux des mœurs, chose si rare chez les premiers empereurs, plus fréquente chez les derniers. Pour le reste, ils se ressemblaient aussi peu au physique qu'au moral. De haute stature, blond, avec les yeux bleus, le regard dur et oblique, Yalentinien, l'aîné, général habile, convenait à TOccident
i. Amm. Marc, xxv. — Zos., m. ~ Tbem., Or.^ 5.
qu'il avait à défendre. Intrépide sur le champ de bataille, passable administrateur s'il n'avait eu un peu trop de confiance dans son coup d'œil, et s'il n'avait confondu la cruauté avec la sévérité, il était sujet à des emportements qu'il chercha d'abord à maîtriser, mais qui prirent bientôt le dessus, et qui tinrent dans une sorte de terreur tous ceux qui l'approchaient. Petit, noir, laid, avec une taie sur un œil, poltron devant Tennemi, vain sur le trône, étroit d'esprit et faible de caractère, Valens, empereur tout oriental, était destiné à devenir la proie et le jouet des officiers, eunuques, valets et intrigants, plaie ordinaire de cet Empire. Les deu» frères furent au moins animés l'un envers l'autre d'un excellent esprit. En se* réservant une certaine supériorité sur les deux empires, Valenlinien eut soin de rendre douce et peu gênante pour son frère cette prépondérance. Valens, plein de respect ou de crainte pour son aîné, sut se contenter de la légitime part de puissance et d'indépendance qui lui avait été laissée. C'était là une excellente condition de paix.
Le gouvernement des deux empereurs ne différa essentiellement que dans les affaires religieuses.
Valenlinien^ tout occupé des soins de la guerre ou du gouvernement, sut pratiquer seul avec sincérité et fermeté la nouvelle politique inaugurée, dans cette matière, par son prédécesseur Jovien : la tolérance. Après avoir renouvelé l'édil de celui-ci, comme le dit Ammien Marcellin, il demeura toujours impartial entre les religions opposées, n'inquiéta personne pour lui faire suivie tel ou tel culte, et laissa les choses dans Tétat oii il les avait trouvées. Seulement, pour mettre d'accord les deux cultes païen et chrétien, qui se disputaient maintenant les terres et les revenus affectés par les villes à l'entretien de la religion, il les réunit au domaine ou les affecta au trésor, c'est-à-dire à lui-même» Entre les chrétiens mêmes, il
eut grand soin de ne point intervenir dans les questions de dogme, disant que c/était affaire à vider entre les évoques. Il n'exerça que la police extérieure des cultes. On le vit intervenir dans la querelle où Ursin'et Damase se disputèrent, les armes à la main, le siège de Rome, et il maintint le dernier. Il interdit la magie et défendit le trop facile accès des directeurs chrétiens auprès des femmes et des filles *.
Le faible Valens, en Orient, avait été préparé par sa femme, Albia Dominica, à subir Tinfluence d'Eudoxe, évoque de Constantinople, arien décidé. Ce fut TÈve, disent les historiens ecclésiastiques, qui fit tomber le nouvel Adam dans les pièges du démon. A Tinstigation d'Eudoxe ou à celle d'Euzoïus, évêque arien d'Anlioche, nofl moins ardent, il troubla par ses tracasseries toute TEglîse d'Orient. Les ariens, maîtres avec lui, condamnèrent les semi-ariens aussi bien que les orthodoxes, et se poussèrent sur tous les sièges épiscopaux, aux dépens de leurs adversaires. Valens fut cependant bien obligé de respecter, sur son siège, le vieux champion du concile de Nicée qui, revenu pour la cinquième fois à Alexandrie, y termina tranquillement ses jours. Il ne put qu'introniser violemment son successeur. Il dut respecter également le grand saint Basile, auquel il rendit même hommage sur son siège de Césarée.
Sans être d'excellents empereurs, dans le maniement des affaires politiques, Valentinien et Valens furent des souverains d'assez bonne volonté. Simples dans leurs goûts, ils étaient assez ménagers des ressources publiques. Bien qu'ils tinssent à avoir leurs coffres et leurs trésors pleins, pour l'entretien de l'armée et de l'administration, ils eurent à cœur de ne point écraser les pro-