‹ Les empereurs romains (volume 2)Chapitre 120 sur 122 · Cod. Théod., vin, 8; ix, 38; xii, 1, 75; xvi · texte numérisé non relu

Cod. Théod., vin, 8; ix, 38; xii, 1, 75; xvi

viQces. S'ils firent de mauvais choix, c'était, Valentinien, par trop de confiance en lui-môme, et Valens, par excès de faiblesse, plutôt que par désir de mal faire. Tous deux, ils prirent même à tâche, Valentinien surtout, de perfectionner, autant qu'il était en eux^ le régime administratif de l'Empire. Ils achèvent de constituer les curies ou municipalités des principales villes de l'Empire, en abolissant un certain nombre d'exemptions des charges publiques, accordées d'abord aux nobles et aux clercs. Ils instituent, pour la protection du petit peuple des cités, un magistrat populaire ou défenseur chargé des intérêts des humbles. D'autres lois descendent dans de plus petits détails. D'excellentes réformes sont introduites dans la procédure ; les licences et la cupidité du barreau sont réprimées ; des avocats d'office sont institués pour les procès civils; tout avocat qui refusera de plaider une cause, sur la délégation du juge, sera noté d'infamie. A cêté des avocats des pauvres, une loi institue dans les quatorze quartiers de Rome quatorze médecins avec traitement et privilèges pour soigner les indigents. L'abandon des enfants nouveau-nés est puni. Enfin, l'administration académique des deux principales villes de l'Empire est régularisée. Les professeurs sont classés, leur tâche fixée, leur position assurée ; et la jeunesse studieuse des deux capitales mise, en cas de tumulte ou de négligence, délits quelquefois en usage au iv* siècle, sous la surveillance immédiate des préfets de ces deux villes *. Chose extraordinaire! à ce perfectionnement de l'administration correspondent les plus criants abus de la part des administrateurs et les plus profondes misères chez les administrés. La plus grande faute ne vient ni de Valens, ni de Valentinien. Ils recueillent les résultats de toute la tradi-

1. Cod. Théod., i, 11; xiii, 3, 6; xiy, 9. — Cod. JusU, i, 55.

lion impériale, qui éclatent alors comme pour annoncer la dissolution, la fin môme de ce régime qui avait si longtemps duré, et môme avec quelque prestige.

Valentinien savait à quelle société il avait affaire. D'un naturel d'ailleurs emporté et violent, il crut pouvoir tout sauver par Texcès de la cruauté dans la répression. A l'exception de Tarmée, sur les vices mômes de laquelle, au dire d'Ammien Marcellin, il fermait les yeux, il fit peser une sorte de terreur sur tout l'Empire. Son préfet, Florentins, fut seul assez influent d'abord pour le tempérer; encore n'y parvint-il pas toujours. Son chambellan, l'eunuque Rhodanius, condamné à restituer à une veuve les biens qu'il avait usurpés, s'y refusait; il le fit prendre sur les bancs du cirque et brûler au milieu de l'arène. Le trésorier des largesses, en Illyrie, subit le môme supplice, pour une faute môme plus légère. Un accusé récusait-il un juge, Valentinien l'envoyait justement devant lui pour être plus sûr d'une condamnation. Sévère surtout pour les décurions des villes impériales, responsables de l'impôt, cet empereur aurait dépeuplé les corps municipaux que ses lois essayaient de conserver, si Florentins ne l'en avait empoché. Un jour, il avait lancé un arrêt de mort contre trois des décurions d'un certain nombre de villes : « Et si quelqu'une de ces villes, dit Florentins, ne compte pas trois magistrats, faudra-t-il ajourner l'exécution jusqu'à ce qu'elle ait complété ce nombre? »

La cruauté draconienne de Valentinien parvint-elle à remédier au mal? Pour en juger, il suffit d'ouvrir Ammien Marcellin*.

Le comte militaire d'Afrique, Romanus, était accusé devant Valentinien, par deux députés de la ville de Lep-

1. Il me suffira de citer, pour la fin du chapitre, Amra.Marc, livres 27, 28, 29, 30.

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tis, Flaviea et Sévère, pour avoir refusé de la protéger contre les incursions d'une peuplade de l'Atlas, si elle ne lui payait pas un tribut. Il fut défendu longtemps auprès de lui par le maître des offices, Remigius, peut-être son complice. Enfin, l'empereur envoya un certain Palladius, officier du palais, sur les lieux pour juger l'affaire et en même temps pour distribuer Targent des gratifications aux soldats d'Afrique. Romanus, effrayé, persuada à ses officiers et soldats de laisser entre les mains de Palladius une partie de la gratification, pour se faire bien venir de lui. Palladius informa, avec deux magistrats municipaux de Leptis, et voulut parler haut; mais le comte militaire le menaça de l'accuser de concussion, pour avoir gardé la moitié de la gratification des soldats. Solidaires désormais, le comte militaire et l'officier du palais s'entendirent pour tout dissimuler, tout cacher. Les deux magistrats de la ville de Leptis eurent la langue coupée pour faux rapports. Des deux députés envoyés à Valentinien, l'un se sauva avec peine en avouant qu'il avait menti à l'empereur ; Tautre eut la tête tranchée comme un imposteur obstiné. La ville de Leptis prit le parti de se résigner et de se taire.

Valentinien changea fréquemment ses administrateurs et gouverneurs. A Mamertin, préfet d'Italie, accusé de concussion, on voit succéder Vulcace Rufin, caractère, dit Ammien Marcellin^ à citer, comme parfait de tous points, à cela près qu'il ne laissait échapper aucune chance de gain, quand il pouvait en profiter sans scandale. Après Rufin vient Probus, recomraandable par une naissance illustre et d'immenses richesses, bien ou mal acquises; ami généreux et dévoué, ennemi dangereux et vindicatif, arrogant avec les humbles, plat en face de ceux qui lui parlaient haut, roi de théâtre quand il était sûr de lui, Dave quand il avait peur, souvent malmené par Valentinien, qui n'appréciait en lui que la fertilité des inventions fis-

cales avec lesquelles il atteignait, au profit du trésor impérial, les fortunes grandes et petites. Maximin, le dernier des préfet^ du prétoire de Yalentinien, fut vraiment rhomme selon son cœur, et Tadministrateur modèle.

Quand il n'était encore que vice-préfet en Italie, ce Maximin avait remarqué que la sévérité était le meilleur moyen d'arriver dans Tadministration et de mériter la faveur* du maître. L'objet principal de la surveillance et des poursuites des magistrats était alors la magie et la sorcellerie, vice commun à ces temps de despotisme et d'avilissement, et où les empereurs chrétiens particulièrement soupçonnaient toujours quelque tentative de révolte ou d'usurpation. Fils lui-môme d'un homme très-versé dans l'art des aruspices et des augures, désireux de profiter des bénéfices de la science de son père et de conjurer ses menaces, il procéda sur une grande échelle contre . la magie et avec une ardeur toute particulière. Le premier procès de ce genre qui lui tomba sous la main fut . pour lui l'occasion d'adresser à l'empereur un formidable rapport sur l'extension que prenaient c^es sortes de crimes et sur la nécessité d'une répression prompte et efiicace. Yalentinien le pourvut d'une commission particulière avec pleins pouvoirs même d'appliquer à la torture des sénateurs, comme dans les accusations de lèse-majesté. On vit alors ce que Maximin savait faire. A une fenêtre écartée de son prétoire, un panier suspendu à une corde recevait des dénonciations de toutes mains. Un jour il imagina de chasser, au su et au vu de tout le monde, deux de ses appariteurs, Mucien et Barbarus, fourbes consommés, qui répandirent le bruit, en se plaignant, que les accusés ne se pouvaient sauver qu'en dénonçant les grands. La ruse, la torture, la terreur aidant, les victimes se multiplièrent. Un avocat. Marin, périt pour s'être procuré, par maléfice, la main d'une riche héritière, Hispanilla; un

6fl VALENTINIEN ET VALENS.

Gëthëgus, pônr s'être fait aimer au moyen d'an philtre Un Hymetius, ancien proconsul d'Afrique, perdit la vie, comme coupable d'avoir voulu abuser des secrets de la science occulte pour jouer à la hausse et à la baisse sur les blés. Un enfant fut poursuivi pour avoir copié, sans savoir ce qu'il faisait, un recueil de formules magiques. Une véritable terreur pesait sur toute Tltalie. Le sénat de Rome, effrayé» députa auprès de Yalentinien trois de ses membres, pour réclamer une plus juste proportion entre les délits et les peines, et faire révoquer la faculté de mettre les sénateurs à la torture. Yalentinien nia d'abord avec colère qu'il eût jamais autorisé de pareilles violences et distingua, dans un décret, les auspices publics des pratiques privées de la magie; mais, à quelque temps de là, il appela Maximin prés de lui à la préfecture même des Gaules.

Ce gouvernement fonctionna alors avec ensemble. De la Gaule, Maximin tout-puissant et en possession de la faveur du maître, tua, dit Âmmien Marcellin, à distance. Il fit destituer Ursicin, qui lui avait d'aboî*d été donné pour successeur, comme manquant d'énergie, et envoya à sa place un autre lui-même, Simplicius, qui trouva encore amplement à glaner après lui. Le système de la sévérité à outrance l'emporta alors dans les conseils de Yalentinien. Le maître et le ministre ne faisaient plus qu'un. Le nouveau préfet du prétoire, tombant cette fois justement, fit rechercher le maître des offices Remigius, alors en retraite, et compromis dans l'affaire du comte d'Afrique, Romanus. Remigius, effrayé, se pendit. L'empereur ne se contraignait plus maintenant. Un piqueur en chasse lâcha trop tôt un chien devant lui sur le gibier ; un armurier lui apporta une cuirasse qui n'avait pas le poids l un officier aux remontes changea quelques chevaux : tous trois payent ces délits de la vie. Les débiteurs insol-

vâbles de TEtat étaient condamnés avec la vieille sévérité romaine. Un fonctionnaire, un jour, appuyé par ses chefs, demandait un avancement: t Envoyez-le, dit l'empereur, dans Tautre monde. »Valentinien ne cachait môme plus la férocité de son caractère. Il aimait à assister aux supplices, présidait souvent lui-môme aux tortures judiciaires. Il tenait, nous assure Marcellin, historien contemporain, deux ourses près de sa chambre à coucher : Dorée^ ainsi nommée à cause de sa fourrure, et Innocente, pour sa douceur. Il les nourrissait de chair humaine. Après de longs services, plus humain pour ces animaux que pour ses fonctionnaires, il accorda à Innocente la retraite qu'elle désirait sans doute le plus, en la rendant à ses forêts.

L'excès de la sévérité n'était point le défaut de Valens, empereur d'Orient. Sa pusillanimité, sa faiblesse de caractère eurent les mômes résultats. Une fois, ses propres soldats lui avaient mis le fer sur la gorge. Un autre jour, un scutaire chercha à le tuer, entre Séleucieet Anlioche, pendant qu'il faisait sa méridienne. Modestus, préfet du prétoire, fut le Maximin de Valens, mais un Maximin oriental. Il n'eut pas de peine à persuadera son pusillanime maître de ne plus prodiguer sa personne en public, et surtout de n'intervenir plus dans la justice. Valens saisit ce prétexte de mettre sa peur et sa responsabilité à couvert. Modestus, désormais sans surveillance, poursuivit, avec sa séquelle d'avocats, l'œuvre criminelle de sa fortune particulière, aux dépens de tout l'Empire. La magie fut encore l'instrument du règne. Un seul procès en fournira la preuve.

Deux chevaliers d'industrie en fait d'œuvres ténébreuses et de criminelles pratiques, un Pallade, fabricant de drogues empoisonnées, un Héliodore, tireur d'horoscope, étaient impliqués dans une accusation de péculat. t On nous tourmente, dit Pallade au milieu de la torture, pour

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des vétilles, tandis que nous avons des secrets d'État bien plus importants. » Aussitôt on met nos deux hommes de côté, on les choie; ils parlent. Pallade raconta que, dans une réunion de personnes initiées aux secrets mystères, on était parvenu à découvrir le nom du futur empereur, du successeur de Valons; il nomma Fidustus, ex-président de province, tombé en disgrâce, et quelques autres encore. Le préfet du prétoire, Modestus, les fit appréhender au corps, torturer; ils parlèrent aussi. Réunis dans une maison purifiée par les parfums d'Arabie, ils avaient placé un plateau rond en métal, au bord duquel étaient gravées les vingt -quatre lettres de Talphabet, sur un trépied semblable à celui de Delphes. L'un d'eux, vêtu et chaussé de lin, le front ceint d'une bandelette , tenant un rameau de verveine d'une main, et de l'autre un anneau suspendu à un long cordon^ avait, avec les formules consacrées, dirigé sans faire un mouvement, par la seule force du désir divinatoire, le fatal anneau sur les lettres suivantes : 6 e o ^. Aussitôt Tun des assistants avait crié : c Théodore. » Un descendant d'une illustre famille gauloise, homme d'une éducation libérale, d'un doux caractère, et qui avait fait un assez beau chemin dans les emplois , portait ce nom. Le malheureux était ambitieux. Il avait consulté un maître de la science, Maxime, le précepteur de Julien, qui répondit que tous ceux qui avaient interrogé le sort périraient du dernier supplice. Théodore fut arrêté h son tour, mis à la torture. Il avoua qu'il avait eu connaissance des fails et qu'il avait voulu en avertir l'empereur; il fut démenti par d'autres délations. Bref, on rechercha tous ceux qui s'occupaient de science occulte ou qui tenaient de près ou de loin aux accusés* On crut être sur la piste d'une vaste conspiration de toutes les puissances païennes. On fit venir des extrémités de l'Empire les

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philosophes, les rhéteurs, les mathémaliciens, les païens ; un procès monstrueux commença et fit un nombre considérable de victimes. Maxime, le premier, délesté de là Gour, périt; un Pasiphile, vrai stoïcien, refusa d'ouvrir la bouche dans les souffrances de la torlure ; un Simo* nide, tout jeune, dit qu'il savait tout, mais qu'il tairait tout. Théodore le Gaulois ne fut pas seul décapité; beaucoup de ceux qui s'appelaient comme lui, ou dont les noms commençaient par les fatales lettres, comme Théodose, Théodote ou Tiiéodule eurent le même sort. Cette furieuse manie de procès se propagea enfin de la capitale dans les provinces.

Un certain Festus, proconsul d'Asie, honnête homme jusque-là, crut devoir chercher son avancement par la même voie. Il se mit à son tour à rechercher les philosophes et les magiciens. Tout TOrient en fut troublé. « Partout, dit Zosime, les prisons se remplirent de personnes que leur mérite ne put sauver de la captivité; on y traîna plus de prisonniers qu'il ne restait d'habitants dans les villes. Les soldats eux-mêmes disaient qu'ils n'étaient point assez nombreux pour surveiller les prisonniers. » Un livre suspect, dit Ammien Marcellin, une amulette, un philtre, suffirent comme pièce de conviction, pour conduire à la mort. Un père consulta l'horoscope pour savoir le sexe de son futur enfant; ses biens furent confisqués. Une vieille prétendait avoir le secret de charmer par des chants la fièvre intermittente; un pauvre jeune poitrinaire avait, au bain, porté alternativement chaque doigt de ses deux mains, de la clepsydre, qui marquait les degrés de chaleur, à la poitrine et de la poitrine à la clepsydre, en prononçant les sept voyelles de l'alphabet; ils périrent de la main du bourreau. Les philosophes quittèrent leur manteau, coupèrent leur longue barbe; tous ceux qui possédaient

quelque livre suspect de magie les brûlèrent. Libanius, le célèbre rhéteur, faillit périr. Jean Chrysostome crut être en grand danger pour avoir ramassé un livre de magie. Pour les deux instigateurs de ces horribles pro*cédures, Pallade le droguiste, et Héliodore le mathématicien, ils vécurent et moururent riches et honorés. A la mort d'Héliodore, Valons exigea qu'on accompagnât cet utile serviteur de TÉtat à sa dernière demeure, nu-tête, pieds nus et les mains jointes; et il regretta que sa dignité lui interdtt d'en faire autant <.

Il n'eût' manqué à cette tyrannie, pour devenir aussi célèbre que celle des Tibère et des Domitien, que le pinceau d'un Tacite^ si ce qu'elle avait de bas et de mesquin n'eût rebuté le grand peintre. Ammien Harcellin, rhonnète soldat qui nous a transmis une partie de ces détails, laisse échapper cependant, après les avoir racottés, quelques accents généreux d'indignation et de douleur. « Nous marchions, dit-il, comme à tâtons, au milieu des ténèbres cimmériennes, ne sachant où était l'innocence ou le crime, semblables au convive de Denys qui voit toujours le glaive suspendu sur sa tête. 0 sublimes lumières de la philosophie, don céleste départi seulement à quelques âmes privilégiées , et qui peut transformer les plus ingrates natures ! Que de maux épargnés à cette époque de ténèbres, si nos empereurs eussent appris de toi que posséder le pouvoir, suivant la définition du sage, c'est avoir à charge le bonheur de tous, et que bien gouverner c*est limiter son autorité, comprimer ses désirs, dompter ses colères et avoir toujours à l'esprit ce mot du clément César : c Souvenir de c sang est mauvais compagnon de vieillesse, i

On ne s'étonnera point que, sous une pareille adminis-

1. Amm. Marc, XXXI, 15. — Zos., iv. — Socr.,H. E., vi,15.— Clirys., Homil» 38.

tration, la dépopulation, la misère, les désordres des provinces aient augmenté dans une effrayante proportion. Les preuves de cette progression surabondent encore dans Ammien Marcellin. Il fallut toute la vigueur et toute rhonnôteté de Théodose, le père, pour ramener, en Bretagne et en Afrique, l'ordre troublé plus encore par les mauvais gouverneurs que par les incursions des Barbares; et le seul homme honnête de ce temps, n'échappa point cependant au bourreau. En Gaule commence une nouvelle Bagaudie; dans une révolte, des paysans poussent l'audace jusqu'à enlever, sur la grande route, un des fonctionnaires de la cour, parent de l'empereur Valentinien, le grand écuyer Conslancius. Le préfet Symmaque, à Rome, se plaint, dans une lettre, que les environs de Rome sont si infestés de voleurs qu'il ne peut aller à sa maison de campagne sans être accompagné. Dans mainte province de l'Empire, les soldats s'entendent avec les bourgs qui les logent, pour les protéger contre les collecteurs d'impôts; ou ilspillent de compagnie avec les colons. Valens et après lui Théodose sont obligés de faire des lois contre cette connivence funeste au gouvernement et à tous. En Syrie, les habitants d'un bourg tout entier, près d'Apamée, se constituent en troupe de brigands et désolent pendant longtemps toute la contrée. Un jour, une troupe de ces scélérats, déguisés en officiers du fisc, se font annoncer par le crieur public dans une riche villa, gardée par de nombreux serviteurs, entrent, font main-basse sur les maîtres, les gens et les meubles, et tuent ou prennent tout. Faiblesse, sévérité impériale, avaient même résultat. La voix publique flétrit vainement une administration si impitoyable et si impuissante. Valentinien lui-même ne vit ou n'entendit rien. Il y avait une province qu'il aimait particulièrement, la Pannonie, où il était né.

OÙ il avait de nombreux amis ; pour elle, il eût fait volontiers quelque chose. A la fin de son règne, un député pannonien, le philosophe Iphiclès, vint le remercier du bonheur de la province. « Est-ce du fond du coeur, demanda Yalentinien , que mes compatriotes me complimentent? > Le philosophe hésita, puis : c C'est en gémissant, répondit-il enfin, et comme contraints et forcés. • L'empereur demanda alors des nouvelles des gens notables qu'il avait connus : l'un s'était pendu, l'autre était en exil, un troisième ruiné, etc., presque tous victimes de la tyrannie administrative. Yalentinien se retourna vers ses grands officiers, en les apostrophant dans une vio^ lente colère; mais, Torage passé, le système ne changea pas.

Les nombreuses lois des derniers empereurs, destinées à sauver cette effroyable machine administrative qui se démonte ou se brise d'elle-même, et à retenir la société qui lui échappe par toutes les issues, sont une condamnation plus accablante encore de ce déplorable temps.

Dioclétien et Constantin avaient essayé de donner un appui à l'Empire, en créant l'aristocratie nouvelle des illustrissimes , perfectissimes , nobilissimes , qui remplissaient les sénats de Rome ou de Constantinople et les hautes charges des provinces. Cette noblesse jouissait de privilèges précieux ; elle était exemptée des charges onéreuses ou des peines avilissantes. Le seul impôt qui pesait sur elle était le Follis senatoriiis. Cet impôt leur devient insupportable. Les dignitésdeconsuls,de préteurs qu'ils revêtent, ont si peu de puissance réelle, et les obligent à donner des jeux, à faire des distributions si coûteuses, qu'ils quident les cités et se dérobent aux honneurs au fond des provinces. Mais la loi vient bientôt les y chercher*. Noblesse oblige; et il leur est bientôt défendu

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