Tacite, De oratoribus
avoir admis un pantomime aux cérémonies domestiques qu il célébrait en l'honneur d'Auguste ; un Rubrius, pour avoir, avec son jardin, vendu la statue du fondateur de Tempire. Tibère, avec quelque ironie, veut qu'on laisse aux dieux le soin de venger leurs propres injures. On sait quelle était à Rome la licence des écrits et des paroles, des invectives et des épigrammes, particulièrement contre les hauts personnages. Les libelles infamants, les propos injurieux, se multipliaient naturellement, sous un régime de compression, comme une vengeance de la liberté perdue. Pouvaient-ils se concilier avec le respect que suppose la durée du pouvoir d'un seul? Auguste avait porté contre les libelles une première loi amenée par la licence de Thistorien Cassius Severus. Les délateurs, augmentant le champ de leur activité, étendirent bientôt aux paroles l'esprit de la loi des libelles. Tibère résista d'abord, et assez longtemps, à cet entraînement : c Si nous nous occupons de ces vétilles, dit-il en plein sénat, sous prétexte de défendre la dignité de l'État, cbacun de nous ne sera bientôt plus occupé qu'à venger ses propres injures*. » Heureux Tibère! s'il avait toujours pfrsislé dans la même pensée. Tacite et Suétone n'eussent peut-être pas été chercher dans ces libelles les imputations odieuses ou les traits sanglants de satire auxquels des poursuites judiciaires et des condamnations donnèrent une notoriété et une créance dont ils eussent sans cela été dépourvus.
Tibère ne laissa généralemenl d'abord aboutir une accusation de lèse-majeslé que lorsqu'il y eul crime d'État. Silanus, proconsul d'Asie, n'était pas seulement accusé d'avoir profané la divinité d'Auguste, mais aussi d'avoir commis des exactions graves dans sa province. Granius