‹ Les empereurs romains (volume 2)Chapitre 2 sur 122 · II AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

II AVANT-PROPOS

orientale de Constantin, ni la vertu du stoïcien Marc- Aurèle à celle du chrétien Théodose. Il n'y a pas seulement enlre les vertus ou les vices des empereurs romains des différences de degré ou des nuances, il y a des différences essentielles de nature et d'espèce : c'est ce que j'ai essayé de montrer dans ces Caractères et portraits que je présente au public.

On a tenté tout récemment de faire servir à la connaissance morale de ces souverains l'étude de leurs bustes, de leurs statoes et de leurs monnaies ; et de nombreuses recherches épigraphiques ont encore pour objet de compléter l'histoire de leur gouvernement. Sans négliger ces secours essentiels, je me suis inspiré surtout de la lecture des auteurs, qui allait bien plus directement à mon but. Quelque parti que la vivacité de rimaginatioR ou la si^acité de k science puisse tirer du marbre on de la pierre , ce sont encore les monuments écrits qui permettent de pénétrer plus avant dagis les personnages que l'on veut dépeindre ; et, bien que les écrivains ne soient pas non plus toujours des interprètes fidèles et impartiaux, on ne peut s'empêcher de reconnaître que, même chez les plus secs, il y a toujours dans leurs témoignages un accent qui permet de découvrir mieux la vérité. Pour y arriver plus sûrement, je me suis fait un devoir de recourir^ dans l'étude de chaque empereur, comme on le verra dans mes notes, aux plus récents travaux de la science française et étrangère.

On ne conclura pas, je pense, du titre de Caractères et portraits donné à cette étude suivie des empereurs romainSy que le livre ne traite qi*e des personnes et point

AVANT-PROPOS. tu

des choses. Comme tes empereurs romains ont été, du premier jusqu'au dernier, les représentants les plus dire<^ts do la choie publique^ il en résulte que la suite de leurs portraits constitue une étude complète du gouvernement connu sous le nom d'Empire romain. Bien plus, Ja plupart des empereurs étant sortis d'élections, subreptiees ou violentes, faites d'en haut ou d'en bas, il s'ensuit qu'il y a peu d'histoires , dans les fastes humains, où les souverains reproduisent plus fidèlement la société dans laquelle ils vivent. L'épicurisme r^ne avec les premiers césars républicains ; le stoïcisme commandé au gouvernement libéral des Antonins. Le despotisme militaire des Sévères arrive avec le scepticisme le plus absolu ; la doctrine néo-platonicienne et le christianisme se disputent les derniers empereurs, qui croient n'être que de savants administrateurs. Le pouvoir a suivi, sans s'en douter, toutes les vicissitudes de la philosophie ; il est l'image changeante de la société romaine même ; voilà pourquoi il est possible de surprendre dans les souverains de Rome tous les degrés qui séparent le vice de la vertu, « depuis la perfection la plus sublime jusqu'à la plus basse abjection. »

On verra par là, sans que j'aie besoin de le dire, cpie 'Empire romain n'est identique à aucun des gouvernements de même nature, qui l'ont précédé dans l'antiquité, ou qui ont pu le suivre dans les temps mo-r dernes. Les analogies sont trompeuses ; et rien n'est plus sujet à mécomptes que les ressemblances apparentes. Aussi, me suis-je gardé de définir ce régime qui se transforme presque avec chaque souverain. H pe s'est lui-même jamais précisément ni défini, ni fixé,

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