‹ Les empereurs romains (volume 2)Chapitre 20 sur 122 · IbiJ,, Ann., i, 40. — Suet., Tib., 25. — Dion, lvii · texte numérisé non relu

IbiJ,, Ann., i, 40. — Suet., Tib., 25. — Dion, lvii

rigide surveillant, s'asseoir souvent à côté ou aux pieds des juges, non pour rendre, mais pour contrôler la juslice; il se levait, de l'aveu de Tacite même, tantôt pour rappeler le tribunal à une juste sévérité, tantôt pour sauver l'innocent*. Peu importe : t La liberté, dit Thistorien, y perdait ce que gagnait la justice. > Mais la liberté a-t-elle beaucoup d'intérêt à la violation de l'équité?

L'héritage du second des Césars fut aussi la fatale épreuve de ce règne. L'histoire y prit encore le caractère d'un drame de famille, mais plus sombre que sous Auguste. C'était la condition du régime inauguré par le fondateur de l'empire. Bien que Tibère eût de Vipsanie un fils du nom de Drusus, Auguste lui avait fait, comme on sait, adopter son neveu Germanicus, fils de Drusus et d'Antonia, jeune homme déjà glorieux.. 11 avait déposé ainsi un germe funeste de rivalité au sein môme de la famille impériale. Germanicus et Drusus n'avaient pas encore, à ce qu'il semble, conscience de cette situation; mais elle pesait su); tous. A la tête de la faction de Drusus se trouvait la vieille Livie, faite déjà, sous Auguste, à ces sortes de- luttes, et accoutumée, on le croyait au moins, à y triompher parle crime. L'autre faction opposait à cette femme vieillie dans les intrigues la jeune, hardie et fiére Agrippine, femme de Germanicus. Pour le peuple romain, il avait fait son choix. En retrouvant dans le jeune Drusus l'extérieur déplaisant et les précoces débordements de son père, en remarquant la siérilité de sa femme Livilla, il s'était tourné avec passion du côté du jeune Germanicus, à cause de ses talents et de ses vertus, et de sa belle et sévère femme, admirée plus qu'imitée des Romains de ce temps pour sa fécondité. Il espérait, on ne sait pourquoi, de Germanicus le rétablissement de la

i. Tac., Ann., i, 75. — Suet., Tib,, 33.

liberté; il craignait surtout pour lui, ayant le sentiment de la brièveté et du péril de ses amours *.

On reproche à Tibère d'avoir enlevé ce brillant général à la grande armée de Germanie, où il avait déji vengé la défaite de Varus, pour l'employer en Asie, et d'avoir envoyé à sa place son fils Drusus. Mais Germanicus, au dire des meilleurs historiens, remportait au delà du Rhin des succès avantageux pour sa gloire mais moins utiles à Tempire. Associé au consulat et investi, dans ce grand gouvernement d'Orient, des pouvoirs d'Agrippa sous Auguste, il avait tous les honneurs d'une mission qui consistait à rétablir la paix troublée entre des rois, des peuples alliés de Rome, et pour laquelle son amabilité, sa bienveillance et le caractère dont il était revêtu, devaient lui rendre tout facile. C'était prudence que d'enlever Germanicus à ces légions du Rhin qui avaient déjà voulu une fois imposer violemment l'empire à ce jeune homme, et qui lui étaient encore fortement attachées, Tibère enfin n'élait-il pas bien fondé à vouloir, en envoyant son propre fils sur ce terrain difficile et dangereux, l'arracher à l'oisiveté énervante de la capitale et lui donner des occasions de mériter l'estime de l'année et l'attachement du peuple? S'il devait laisser l'empire à Germanicus, ne pouvait-il pas songer à lui préparer dans son fils aussi un héritier, ua fils adoptif digne de lui?

Mais Tibère adjoignit Cn. Caipurnius Pison, un patricien altier, arrogant, servitçur zélé et ambitieux peutêtre, comme aide {adjutor) à Germanicus, ainsi qu'Auguste avait mis aux côtés de son petit-fils Caïus, beaucoup plus jeune 2, un directeur (rector). Pison avait pour femme l'altière Plancine, rivale naturelle de la Rère

i. Tac, Ann,, ii, 41.

. Tac, Ann*, ii, 1-4, 43. m, 12.

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Âgrippine. Les factions de la cour, factions de femmes, étaient transportées en Asie avec Germanicus. Aussitôt Cn. Pison commence à contrecarrer Germanicus; il clierche à débaucher ses soldats par des largesses. Faisant brèche à la discipline, chose que ne pouvait approuver Tibère, il refuse d'obéir à son chef, il blâme ou détruit tout ce que fait son supérieur. Germanicus souffre tout d'abord; il s'éloigne, voyage en Egypte, où il consulte les oracles avec l'imprudence de la jeunesse; puis il revient, sévit quand la désobéissance est au comble, et destitue le lieutenant infidèle. Pison se prépare à partir en menaçant. Sur ces entrefaites, le neveu de Tibère, dégoûté de sa mission, fatigué de ces luttes, tombe malade. Pison diffère son départ, observe, attend. Le favori des Romains languit quelque temps et meurt enfin, jeune, plein d'avenir, à trente-trois ans, à l'âge du grand Alexandre, ainsi qu'aimaient à le faire remarquer ses affectueux admirateurs*.

Rarement, môme sous la république, les passions se donnèrent si libre carrière. Précédée par d'ardents partisans dont la passion faisait de fougueux accusateurs, Agrippine traversait les mers, l'Italie, avec les cendres chéries de son époux, pour aller demander vengeance. Pisou, resté sur ie champ de bataille, tandis que des amis s'employaient à Rome pour lui, lentait de reprendre insolemment, à main armée, malgré la résistance du lieutenant nommé par Germanicus, la province dont il avait été dépouillé. A Rome, on décrétait pour l'infortuné les honneurs funèbres usités déjà pour les Césars. On élevait des arcs de triomphe « au héros mort pour la république. » Unpetit-fils naissait à Tibère; — et le peuple ne se laissait point détourner de ses regrets et de ses larmes pour té-

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