uet., Calig,, 50. — Sénèque, De const, sap
ralion son oraison funèbre; il promit d*étre le père de Tiberius Gemellus. Les sénateurs furent heureux de l'entendre se déclarer leur pupille, et s'engager à confoimer ses actions à leurs sages conseils. Ses largesses au peuple, aux soldats furent considérables; mais il n'accepta qu'avec modération les honneurs qu'on lui offrit et fit pieusement revenir à Rome les cendres de sa mère et de ses frères * .
Les commencements du règne de Calus répondirent à ces heureuses promesses. Les priions furent vidées, les exilés rappelés. Caligula brûla, il le dit au moins, les registres de suspects tenus par Livie et par Tibère. Les histoires de Labienus, de Cremutius Cordus et de Cassius Severus, qui avaient été proscrites, eurent licence de clr- CQler^ Caligula déclara qu'il était de l'intérêt de tout bon prince que l'histoire fût écrite et lue. Il publia les comptes de l'État, habitude perdue après Auguste. De riches provinciaux augmentèrent le nombre des chevaliers, et plusieurs villes reçurent le droit de cité romaine. Le nouvel empereur aurait cherché à rendre aux comices les élections aux magistratures, si Ton avait pu encore prendre les candidatures au sérieux. On remarqua seulement que Caïus se livrait avec excès tantôt à Texpédition des affaires, tantôt à la fougue des plaisirs; el le peuple lui sut plus de gré des jeux qu'il lui donna que des soins qu'il prit pour lui. Les fêtes célébrées particulièrement pour la consécration d'un temple en l'honneur du divin fondateur de l'empire surpassèrent tout ce qu'on avail vu depuis longtemps. Quatre cents ours, autant de lions et de léopards figurèrent dans l'amphithéâtre; de l'argent, des viandes furent distribués au peuple. Le reste des épar-
i. Suet. Caltg,^ 13*
î. Suet. Calig.y 16. — Dion, ux, 9.
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gnes du chiche Tibère y passa. Néanmoins, aa sortir de la dernière terreur et de tout ce règne au moins sévère qui avait sevré le peuple de tous plaisirs, on se crut revenu à Rome aux temps de Saturne; et la joie se répandait par imitation dans les provinces, quand une grave maladie du nouveau maître vint tout attrister.
On s'explique la douleur qui éclata dans Rome et dans les provinces à cette nouvelle par les espérances que donnait encore Caïus, et par la crainte, s'il manquait, du retour des ambitions rivales, causes des crimes récents ou des anciennes guerres civiles. La douleur fut poussée cependant fort loin à Rome. Un citoyen se dévoua solennellement aux dieux; un sénateur s'engagea à descendre dans Tarène si le prince guérissait^ Ces démonstrations extravagantes étaient de nature à troubler une intelligence plus forte et une cervelle plus saine que celles de Gains. Quand l'empereur guérit, on le trouva tout changé. Les historiens ne nous ont pas dit quelle avait été sa maladie. Elle devait avoir quoique rapport avec l'iiairmité dont il avait souffert dans sa jeunesse, et surtout avec sa complexion générale. Il parait cerlain, d'après ce que nous en savons, qu'elle lui laissa de tristes souvenirs en môme temps que des retours intermittents. Dion nous assure que Caïus était devenu plus changeant, plus capricieux dans ses résolutions, plus cruel dans ses passions, plus extravagant dans ses désirs que jamais. Il aimait les flatteurs et s'einportail contre eux. Il recherchait et fuyait la multitude. La nuit, on le voyait, en proie à de longues insomnies ou à de terribles hallucinations, se promener dans les galeries de son palais, qu'il faisait retentir de cris lugubres ; on l'entendait échanger des paroles avec l'esprit de l'Océan qui lui répondait dans le fracas des vagues. La vie
1, Dion, LTX, 8, 9. — Suet. Calig,^ 14, 18.
privée , le gouvernement de l'empereur se ressentirent promptement de ces dispositions mentales.
Ciïus avait promis d'être le père de Tiberius Gemellus; il envoya à ce jeune homme un ordre de mort, détestant en lui un héritier, depuis qu'il avait vu la mort de près. Macron était en partie l'auteur de sa fortune; il se prit à haïr en lui un maître et s'en défit par le môme moyen. Sa première femme Oreslilla fut répudiée pour la plus belle et la plus riche hérilièrc de Rome, Lollia Paulina, répudiée bientôt également. Une de ses sœurs, Drusilla, qu'ilavait toujours passionnément aimée, devint sa femme. Elle mourut; il en éprouva un chagrin insensé qui s'exhala en extravagances contradictoires; tantôt il s'enfonçait dans la solitude de sa maison d'Albe, tantôt il se jetait à corps perdu dans les jeux et les spectacles. Il prétendit faire de celte Drusilla une déesse, Panthéa, dont il imposa le culte à l'Italie et aux provinces. C'étaient là ses folies; on lui en prêta d'autres. On assura qu'il punissait et ceux qui témoignaient du chagrin de la mort de sa sœur, parce qu'elle était déesse, et ceux qui se réjouissaient de son apothéose, puisqu'elle étnit morte. N'aurail-il pas, disait-on aussi, exigé l'accomplissement des vœux imprudents du citoyen et du sénateur dévoués qui s'étaient engagés pour sa guérison? Ce qui est certain, c'est que, dans le gouvernement, le département des jeux devint sa principale affaire. Caïusne se contenta pas de célébrer les anciens jeux avec une prodigalité et une férocité inouïes; il en importa ou en inventa de nouveaux. Aux combats de bêtes et de gladiateurs, pour lesquels les amphithéâtres furent agrandis, il ajouta les courses de chars, les cirques. Jusque-là, au contraire des Grecs qui tenaient à honneur de figurer dans les jeux, on avait cru au-dessous de la dignité du citoyen romain de se mettre en scène pour le plaisir des autres. Caïus Caligula, empereur, fit montre
devant le public des grâces qu'il croyait avoir à chanter et à danser. Chevaliers et sénateurs suivirent bientôt un exemple donné de si haut. Comme les prodigalités faites dans ces représentations épuisaient le trésor public, on commença à se souvenir des anciens ennemis de Germanicus que signalaient surtout leurs richesses. Des ordres de mort furent deslinés à combler le déficit. Kt ce ne furent pas seulement mesures financières, mais satisfactions données à une certaine férocité naturelle. Caligula se trouvait un jour assis entre les deux consuls: c Quand je pense, dit-il en ricanant, qu'un ordre de moi pourrait faire tomber vos deux têtes! »
Évidemment la maladie n'avait point laissé à l'empereur une intelligence parfaitement saine. Une idée, une seule idée, terrible, monstrueuse, devait bientôt l'occuper tout entière. Caligula, prince^ empereur^ était maître du monde; il pouvait tout, il le savait: t Souvenez- vous, disait-il, que je puis tout et sur tous. » Il était plus que roi, car il nourrissait des rois dans son palais, à sa table. 11 distribuait des couronnes. Un jour que plusieurs disputaient de prééminence, il coupa court à leur querelle avec le mot d'Homère * : c Un seul chef, un seul roi. » Caïus n'avait cependant point de litre qui répondît à cette puissance, et c'était son tourment. Être roi ne l'eût point contenté; et il ne pouvait môme point l'être. Cependant puisqu'il commandait en maître absolu aux hommes, il devait être supérieur à eux. L'imagination de Caïus travailla en conséquence à faire de sa personne un dieu. Il s'efforça d'en avoir l'immobililé physique et l'insensibilité morale ; ses yeux apprirent à se tenir fixes^ sans jamais remuer les paupières ; il ne mangeait point ou se faisait ser-
1. Suet. Calig.,^% : Exclamavit^ et; xoCpovo; ë(jTa), elç 6a(nX2uc.