‹ Les empereurs romains (volume 2)Chapitre 29 sur 122 · Dioû, ux · texte numérisé non relu

Dioû, ux

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telle fut ridée fixe dont Caligula sembla possédé. L'étrange constitution du pouvoir impérial à Rome pouvait pousser jusqu'à cette monstruosité le maître du monde. La tête faible et la nature maladive de Caïus ne l'y préparaient que trop. Toutes les actions que les historiens du temps nous ont conservées de lui et les traits nombreux que la malignité y a ajoutés, ont rapport à cette folie, qui ne s'est rencontrée dans aucun homme avec un tel degré de puissance et peut-être de sincérité.

Nihil est quod credere de S6 Non possit cum laudatur Dis sequa potestas,

a très-bien dit Juvénal.

Caïus tendit à prouver qu'il avait tous les attributs de la divinité : la loute-puissance d'abord, non-seulement sur les hommes, on le savait de reste, mais sur la nature. Caïus ne fit ajte d'empereur à la tête des armées que deux fois, en se transportant sur les bords du Rhin et sur les côtes de la Gaule, en face de la Grande-Bretagne. Les frontières étaient si bien afl'ermies qu'il n'eut pour ainsi dire qu'à se montrer. Les Germains s'enfuirent à son approche; les Bretons payèrent un tribut de perles. Caïus voulut triompher pour ces victoires faciles. Les médisants s'en vengèrent; ils disaient qu'il avait caché des soldats dans les forêts germaines pour les faire prisonniers, et qu'il avait, à défaut d'autres trophées, fait enlever par ses soldais les coquillages des bords de l'Océan. Caïus avait dans les arts de la paix des conceptions grandioses, remarquables quelquefois par leur caractère d'utilité, souvent par leur cachet d'extravagance. En Grèce il eut l'idée de commencer des travaux pour percer l'isthme de Corinlhe et unir ainsi la mer de l'Archipel à l'Adriatique. En revanche, il voulut fonder une ville au sommet des Alpes. On ne saurait douter au moins qu'il n'ait mis

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en réquisition presque tous les vaisseaux de la Méditer* ranée pour construire sur le golfe de Baies, de Bauli à Puteoli, une gigantesque chaussée sur laquelle il commanda, en costume d'Alexandre, une revue de son armée aux yeux des Romains rangés en amphithéâtre sur le rivage. Était-ce pour ne point faire mentir Thrasylle, qui lui avait promis l'empire quand il pourrait caracoler sur le golfe de Baies? était-ce pour imiter Xerxès, qui avait dompté THellespont? Caius avait au moins fait acte de toute-puissance.

11 n'était point si facile au nouveau dieu de prouver qu'il était tout intelligence; sa puissance n'était pas de trop pour y réussir. L'orateur Domitius Afer, le plus célèbre du temps, se défendant contre une accusation de Caligula, se déclara vaincu par l'éloquence impériale pour échapper à sa vengeance. Le règne farouche, puis terrible de Tibère, avait glacé la vie littéraire si brillante au temps d'Auguste. Sous lui et sous Caligula les bêtes seules parlaient dans les vers de Phaedre, et la raison avait repris pour se rappeler aux hommes le masque de l'apologue. L'empereur n'avait donc point là de rivaux dans le présent; mais ceux du passé l'offusquaient. 11 fit enlever les ouvrages de Tite-Live et de Virgile des bibliothèques. Il aurait voulu, à l'exemple de Platon, bannir Homère de sa république. Un grand, gros et beau jeune gars, le colosse Amour, comme on l'appelait, faisait l'admiration du peuple de Rome : Caïus le fit jeter dans le Tibre. N'était-il pas lui-même toute beauté comme toute intelligence et toute puissance? Tels sont, sinon tous les actes, au moins les traits de satire par lesquels les historiens, caractérisèrent la folie particulière à Caïus.

Le paganisme avait ses dieux bons et ses dieux méchants. Caïus fut un dieu mauvais, capricieux, insatiable surtout II était infini, particulièrement en besoins et en

désirs. Il avait loué modérément Tibère, au commencement de son règne; il enfir, à la fin, une apologie menaçante, et commença à persécuter les grands, comme par haine, sans raisons, terrible pour eux, bon seulement pour les soldais qu'il gorgeait, et pour le peuple qu'il se plaisait à amuser *. Tibère avait laissé les délateurs travailler, ainsi qu'il le croyait, au bien de l'empire. Caïus n'eut besoin que d'un ordre, comme les souverains d'Orient, pour se défaire de ses ennemis. Le gouvernement s'élait concentré. Le procédé d'ailleurs était économique. Il dispensait de laisser aux délateurs, pour leur peine, le tiers des biens du condamné. Un ordre de l'empereur frappa ainsi les exilés romains qui vivaient en trop grande joie, au gré du dieu, dans les îles où on les avait relégués. Caligula, pour suffire à ses besoins, pour régler ses finances, fit tenir par l'affranchi Protogenes un double registre des riches de Rome, dont il s'était institué héi itier ou dont il convoitait l'héritage . L'un de ces registres s'appelait Vépée^ et l'autre le poignard. Ne voulait-on point faire testament en sa faveur? ou , quand on l'avait fait, tardait-on à mourir, Caïus, selon son expression, « apurait ses comptes. » Caligula n'était pas seulement un Pisistrate, un Tarquin dans une république, mais la plus malfaisante des divinités que le paganisme eût connues.

Les jeux de cet empereur avaient quelque chose de terrible, et ses plaisanteries je ne sais quoi d'insultant. Il aimait à se mesurer contre les gladiateurs. Il frappait sérieusement pour sa part. 11 tua un de ses adversaires qui l'épargnait. N'y avait-il point assez d'hommes dans l'arène pour combattre les bêtes, il y faisait, à la joie môme du peuple, jeter quelques spectateurs. Un soir, il envoie requérir par ses gardes quatre sénateurs.

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