‹ Les empereurs romains (volume 2)Chapitre 30 sur 122 · Dion.^ Lix^ie · texte numérisé non relu

Dion.^ Lix^ie

Ceux-ci, Iremblanls, croyaienl marcher à la mort Le maître ne les avait mandé que pour leur montrer comment il dansait et pour danser avec eux. Caïus faisait voloniiers sa compagnie de bouffons et les chargeait d'honneurs. Son meilleur cheval, Incitatus, avait souvent remporté le prix de la course. Les historiens, plus lard, assurèrent qu'il le fit consul, Tadmit à sa table, et le rççut dans le collège des prêtres. Caïus, celte fois, n'eût peutêtre pas mal raisonné. Sur la fin de la république, c'était en donnant des jeux magnifiques que les candidats avaient mèrilé les dignités de l'État. Ruinés sous l'empire, ils s'étaient donnés eux-mêmes en spectacle; ils descendaient dans Tarène. Caliguia, en flattant ainsi le peuple, conquérait son droit à le gouverner. En contribuant pour sa part aux plaisirs des Romains, le cheval Incitatus ne méritait-il pas au moins d'être consul ?

Terrible ou capricieuse, la divinité de Caïus fut reconnue : c'est ce qui achève de peindre ce temps. Il eut ses statues, ses temples, son collège de prêtres. On s'en moqua, mais on lui fit des sacrifices. Un seul peuple dans l'empire lui résista, le peuple juif ; et l'ambassade de Phi- Ion, député par les Juifs pour réclamer contre l'introduction de la statue de Caïus dans Je Saint-des-Sainls, à Jérusalem, achève de nous faire connaître Caliguia, tel qu'un contemporain le vit, dans la dernière année de sa vie.

Philon trouva le tyran, comme il J'appelle, dans la maison de Mécène, dont il cherchait alors à faire une résidence royale. Il était entouré d'architectes, d'ouvriers, de serviteurs. Caïus allait, venait de chambre en chambre, changeant à chaque instant d'objet et faisant succéder au hasard les commandements aux commandements. Il s'arrêta tout à coup en voyant Philon et ses compagnons qu'on lui avait déjà annoncés. — « Ah ! voilà, dit-il, ces ennemis des dieux qui ne confessent pas ma divinité reconnue par

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le reste des hommes! » Philon se défendit en rappelant les sacrifices célébrés par les Juifs. « Oui, repartit Caligula, vous sacrifiez pour moi, maio non à moi; » puis il les entraîna brusquement dans d'autres appartements. Au bout de quelque temps, il se retourna. « Pourquoi, leur dit-il, ne mangez-vous point de chair de porc? — Chaque nation a ses usages, répondit Philon; il y en a qui s'abstiennent des jeunes agneaux. — Ils ont raison, ajouta Caïus, c'est une mauvaise viande. » Et comme Philon commençait de longues explications, l'empereur tourna encore les talons pour s'occuper de ses bâtisses, et le congédia ensuite brusquement avec ces mots : « Après tout, les hommes qui ne me croient pas dieu sont plus infortunés que criminels M » A quelques jours de là, cependant, le dieu jaloux fit ordonner au gouverneur de Syrie de dresser sa statue dans le temple des Juifs, jurant qu'il irait jusqu'à Alexandrie et à Jérusalem pour faire reconnaître à ces villes le vrai dieu.

On s'étonnerait que le monde eût supporté si longtemps (il régna quatre ans) cet insensé, si Ton ne se rappelait que Rome, toujours république de nom, monarchie de fait, n'avait aucune institution monarchique destinée à prévenir une pareille monstruosité. Que Caïus ait été réellement dans un état pathologique dont il n'est pas très-difflcile de reconnaître les caractères; ou bien que, par une implacable logique de la tyrannie, cette tête faible ait été afiQigée de cette sorte de démence raisonnable, il est certain que Rome n'avait ni corps de l'État, ni institution destinée à conjurer un pareil fléau. Le sénat n'était plus rien, le peuple rien. Une garde sauvage et dévouée défendait tous les caprices de son maître. Impossible de constituer une régence. Le règne de Cali-

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