Joseph^ Bell, Jud., ii
tempêtes la subsistance da peaple. La mer de Toscane n'avait point de port. César lui-même avait reculé devant la dépense et la difficulté d'en faire un à Ostie, aux embouchures du Tibre. Claude ne recula ; pas il jeta deux digues, et en avant un môle avec un phare semblable à celui d'Alexandrie. Trente millions de sesterces furent consacrés à cet immense ouvrage. Claude favorisa par tous les moyens possibles les citoyens, hommes, femmes ou étrangers, qui consacraient leur fortune à équiper des navires et à faciliter l'arrivage des blés. Il les exempta des sévérités des lois pour leur en assurer tous les avantages; il prit à sa charge les risques de mer. Le peuple l'avait assailli dans une émeute causée par la disette en lui jetant des croûtes de pain; il ne voulait point s'y exposer encore. Claude termina également le gigantesque travail entrepris par Caïus, et mérita ainsi le nom de Claudienne à l'eau empruntée à l'Anio, qui vint de dix milles sur les collines de Rome, se distribuer d'étage en étage en mille fontaines, bassins, cascades et thermes, pour que rien ne manquât aux habitants de l'heureuse Rome. Auguste avait eu l'idée de donner, au milieu des Abruzzes, un écoulement au lac Fucin dans le Garigliano; la dépense lui parut trop forte. Claude mit à ce travail, pendant onze ans, trente mille ouvriers, et fît percer à travers une montagne un canal de plusieurs milles. L'inhabileté des ingénieurs seule rendit inutile tant de bonne volonté, de travaux et de dépenses. Cet empereur donnait un caractère d'utilité même aux jeux, qu'il présidait avec assiduité, comme Auguste, et en ayant bien soin de prendre ostensiblement sa part de plaisir. Ce fut pour inaugurer le canal de dérivation du lac Fucin qu'il donna sur ces eaux cette gigantesque naumachie où 19,000 condamnés à mort combattirent pour le plaisir des Romains rangés sur les tertres envi-
ronnants *. Un jour qae Claude remettait la baguette de congé à un vieux gladiateur, sur la requête de quatre de ses fils : € Voyez, dit-il aux Romains, à quoi sert d'être père de famille î »
Sous le principatdeClaude,età son honneur, fut essayée l'application d'un principe qui eût pu sauver la discipline des légions et épargner bien des maux à Tempire. L'avancement dans les légions fut réglé ; chose excellente ! si elle n'avait pas été gâtée par l'établissement de grades et d'une solde de cour qu'on pouvait gagner sans même aller en campagne. L'exemption accordée aux soldats qui ne pouvaient se marier, des sévérités de la loi Poppaea contre les célibataires, assura le maintien de la discipline en même temps que le recrutement de l'armée.
Fidèle à la pensée d*Âuguste, Claude arrêta Corbulon au delà du Rhin et Suetonius Paullinus au delà de l'Atlas. S'il conduisit lui-même une expédition en Grande- Bretagne et mérita un triomphe pour avoir commencé la conquête d'une nouvelle province, ce fut comme pour acquitter un legs de César et d'Auguste. Claude aimait mieux occuper les soldats aux travaux de la paix, et il tenta même de rendre le travail honorable à leurs yeux. Ainsi ordre fut donné aux légions de la Germanie de creuser un canal de communication dans la Belgique, entre la Meuse et le Rhin; une autre armée exploita une mine d'argent, et les honneurs du triomphe furent accordés aux deux généraux qui avaient présidé à ces travaux. Les Romains s'en moquèrent beaucoup; on pria Claude, par lettres, d'accorder le triomphe, en même temps que le commandement, à ses généraux, pour qu'ils ne cherchassent plus à le mériter en imposant à leurs soldats des campagnes aussi pénibles. Peuple conquérant, les Romains mé-