‹ Les empereurs romains (volume 2)Chapitre 36 sur 122 · Tac, Ann,^ xi · texte numérisé non relu

Tac, Ann,^ xi

n CLAUDE.

meiits, la servitude était plus vile, plus inutile^ plus ddagereuse que jamais, parce que les esclaves cherchaient la liberté par les défauts qui flattent le maître plutôt que par les vertus qui le servent; et les maîtres, appauvris par cette tourbe inutile, marchandise à bas prix qui leur était à charge, continuaient à les laisser sans soins et sans nourriture, quand ils ne les donnaient pas à dévorer aux murènes. Telle était la société à laquelle le censeur Claude avait affaire.

Claude ne voulut point laisser tomber le sénat. Ce corps ne comptait plus que quelques sénateurs, dont plusieurs encore étaient indignes ou endettés. Il laissa à ceux-ci la liberté de se retirer de l'assemblée pour ne point lesen chasser ignominieusement. 11 fallait les remplacer. Les citoyens romains d'une province, la Gaule, les Éduens au moins, furent appelés au droit des honneurs. Jus honorum, pour remplir les vides. En vain les rares descendants des vieilles familles sénatoriales jetèrent-ils les hauts cris. « Ce n'était donc point assez, disaient-ils, que les Gaulois eussent pris Rome! ils allaient envahir le sénat, humilier de leurs richesses de parvenus l'antique sang romain.» Claude rappela qu'il descendait d'unSabin admis aux droits de la cité romaine; que la ville éternelle avait grandi en adoptant les Latins, les Italiens, les étrangers! Avait-elle à se repentir de compter parmi ses enfants tant de provinciaux distingués? a Heureux les premiers fondateurs de Rome, s'écria-t-il, qui savaient en un seul jour faire de leurs voisins des amis et des concitoyens ! » Claude sut être éloquent cette fois, parce qu'il exprimait une grande pensée, une pensée de César. La ville française de Lyon en a gardé longtemps le témoignage enfoui dans ses fondements. Les Romains ne pardonnèrent pas à Claude cette éloquente libéralité. Ils disaient, avec Sénèque, que si les Parques n'avajent point

arrêté Claude, il aurait fait citoyens toas les habitants de la terre. Mais Tacite rend bon témoignage aux vertus domestiques dont ces provinciaux, citoyens nouveaux, donnèrent l'exemple à Rome*.

Généreux dispensateur du droit de cité, Claude n'en veilla pas moins sévèrement à la dignité de ce titre de citoyen. En passant la revue des chevaliers, il aurait voulu noter, si le temps Tavait permis, un plus grand nombre d'indignes. Forcé de céder aux obsessions faites en faveur d'un chevalier qu'il avait voulu exclure de son corps : € Je veux au moins, dit-il, que la rature paraisse. x> Il punissait cruellement ceux qui usurpaient les honneurs de la cité romaine. Il les refusa à un Grec qui ne parlait pas latin. Même conduite à l'égard de l'affranchissement, qu'il ne voulait pas restreindre, mais, s'il était possible, moraliser. Les affranchis ingrats qui tourmentaient, dénonçaient leurs patrons, Claude les renvoya à l'esclavage. Les esclaves ne furent pas au-dessous de ses préoccupations; il chercha à adoucir la pire des conditions. Ceux que leurs maîtres exposaient dans le temple d'Esculape pour qu'ils y guérissent, ceux qu'ils laissaient sans nourriture, furent par ce .seul fait déclarés libres. Le matlre n'eut pas non plus le droit de les tuer pour se dispenser de les nourrir. Claude déclara homicide celui qui porterait sur l'esclave une main meurtrière. Ce n'était qu'une province qui réclamait tout à l'heure contre l'imbécillité de Claude; maintenant, c'est bien davantage.

Claude n-oublia pas que son aïeul l'avait fait augure; il prit grand soin des choses de la religion, et y porta même une pénétration et quelquefois une largeur d'es-

1. Voir le commentaire de Zell aux fragments des Tahuîœ œrariœ duœ Lugduni, etc. Tac, Ann. m, 55.

prit Singulière, quoique mêlée des plus étranges confusions. 11 ne se contenta pas de détruire le culte de Caïus, de proscrire les rites orientaux, comme il convenait à rhistoriende rÉtrurie,de relever des temples, de ressusciter certains rites; le recrutement du sacerdoce fut facilité, une commission fut créée dans le sénat pour déterminer ce qu'il fallait prendre et laisser de la science des aruspices*. Claude accorda aux Juifs la liberté d'adorer leur dieu et de ne pas adorer ceux des autres, non-seulement à Alexandrie, à Jérusalem, mais dans tout Tempire ; il poursuivit les sacrifices humains, que la religion druidique cachait encore au fond de quelques forêts de la Gaule. Aimant avant tout la paix dans ces matières, il chassa de Rome « quelques Juifs qui y excitaient des troubles, dit Suétone, à instigation d'un certain Chrest^.» C'est la première fois qu'apparaît, et même altéré, dans Rome, le nom qui devait plus tard y régner en maître, Claude agissait ici comme dans les ténèbres : il enveloppait dans une même réprobation la vieille idolâtrie qui sacrifiait l'humanité à ses dieux, et la religion nouvelle, fondée sur le sacrifice d'un Dieu à l'humanité.

Les résultats de cettf censure célèbre ne pouvaient être durables qu'à la condition de bonnes habitudes de gouvernement et de justice. Claude chercha à en donner l'exemple et à en inspirer l'imitation. Il ne se contenta pas d'abolir les impôts onéreux, de refuser personnellement les legs de la flatterie ou de la peur, de rayer dans les lois de succession les articles qui favorisaient trop l'avidité Impériale; il ne confia aune même personne un second gouvernement qu'après l'intervalle d'une année, afin que les administrés eussent le temps de se plain-

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