‹ Les empereurs romains (volume 2)Chapitre 39 sur 122 · après J. C · texte numérisé non relu

après J. C

Épicurisme et stoïcisme.

Agrippine avait les traditions de l'empire. A la mort de Claude, elle cacha la catastrophe le plus longtemps qu'elle put pour tout préparera loisir; elle travailla l'armée, disposa les esprits et fit apprendre son rôle au jeune Néron par son précepteur Sénèque. Tout bien disposé, tandis qu'elle-même occupait Britannicus de ses embrassements, de sa douleur, de ses consolations, Burrhus présenta Néron aux gardes du palais, et ceux-ci le conduisirent au camp des prétoriens. Là, Néron débita la harangue préparée par son maître, promit aux soldats le donativum et fut solennellement proclamé. L'héritier de l'adoption supplantait l'héritier du sang. Ce n'était point la première fois. Ainsi Tibère avait évincé Agrippa Posthumus, ainsi Caligula avait évincé Tiberius Gemellus. Ajoutons que cela n'étonnait point les Romains autant que cela nous choque. La constitution civile de la famille romaine faisait du fils adoptif l'égal du fiis naturel, la volonté du père primant tous les droits. Or, le droit privé, en l'absence de tout règlement spécial de la constitution

il2 NÉRON.

de l'empire, s'était élevé par le fait à la hauteur d'an droit politique; et l'empereur disposait de la république au même titre qu'il disposait de sa succession.

Fils d'Agrippine et de Domitius Ahenobarbus, patricien de vieille famille et de mauvais renom, Néron avait connu le malheur dans son enfance sans en avoir profité. Sous Caligula, qui exila sa mère Agrippine, il fut laissé à sa tanle Lepida, mais si dénué, que celle-ci, malgré sa tendresse, ne put d'abord lui donner d'autres maîtres qu'un danseur et un barbier. Le retour d'Agrippine sous Claude l'exposa à un autre danger en le désignant à la jalousie de Messaline. Un jour on trouva un serpent dangereux sous son chevet. Entré enûn par le mariage de sa mère dans la famille impériale, fils adoptif et gendre de Claude, réunissant sur sa tète toutes les espérances de l'empire, Néron passa des mains de son barbier entre celles du tribun militaire Burrhus, des mains de son danseur dans celles du philosophe Sénèque. Agrippine, il faut le croire, voulait faire de Néron un empereur digne de son aïeul Germanicus; elle espérait que Burrhus lui enseignerait le courage, et Sénèque la vertu. Le jeune homme, il est vrai^ ne paraissait pas avoir un naturel très-propre à ces leçons. Il préférait les jeux du cirque et de l'amphithéâtre aux exercices de la guerre. Parmi les choses qui relèvent plus particulièrement de l'esprit, il affectionnait les arts avant les lettres; il aimait mieux peindre, sculpter, danser, qu'étudier '. Dans le domaine des lettres, il préférait encore à la philosophie, qui enseigne la sagesse^ la poésie, qui inspire aux esprits médiocres la vanité. Dans la poésie même, qui lui coûtait beaucoup de peine, il aimait mieux déclamer, chanter les vers dès autres qu'en faire lui-même; il croyait y mieux réussir.

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