TaLCiie,Ann,, xit
NËRON. 125
civil. Burrhus et Sénèque cédèrent à la pensée de rassurer la conscience du criminel et de couvrir le crime des exigences de la politique, pour sauver Tempire et leur propre autorité. Néron se cachait, n'osait plus voir personne. Burrhus envoya les centurions, les tribuns militaires pour le féliciter d'avoir échappé luimême et fait échapper l'empire à un grand danger. Sénèque mit sa plume au service de ce forfait politique. Il écrivit au sénat pour rappeler l'ambition d'Agrippine, dénoncer le dernier complot dont elle aurait voulu couronner ses autres crimes, et apprendre au monde qu'elle avait mis fin à ses jours pour se punir de n'avoir point réussi. Tout ainsi préparé, Néron, suivi des prétoriens, ne s'approchait encore de Rome qu'en tremblant. Le sénat, qui mettait le jour de la naissance d'Agrippine au nombre des jours néfastes, rassurait à peine son empereur. Mais quand le sénat et les chevaliers, en habits de fête, allèrent le recevoir aux portes; quand les citoyens, hommes et femmes, étages sur des gradins disposés dans les rues et dans les places, l'acclamèrent, il traversa la ville, la tête haute, sous les yeux des mères et des enfants qui le regardaient, et il monta au Capitole pour rendre grâce aux dieux.
L'empereur Claude, pour arrêter l'effrayante progression du parricide, avait rétabli dans toute sa rigueur le supplice qui le punissait. Le coupable devait être lié dans un sac de cuir, avec une poule, un singe et une vipère, puis noyé. A quoi bon désormais la loi de l'imbécile Claude? le philosophe Sénèque ne s'étonnera plus de rencontrer moins de croix destinées aux simples meurtriers, que de sacs de cuir réservés aux parricides! Il est vrai, quand on avait donné lecture de la lettre d'apologie de Néron au sénat, Thraséas était sorti. Le lendemain du jour du triomphe, les murailles de Rome furent cou-
vertes des noms d'Alcméon, d'Oreste. Enfin, on vil en plein forum le sac de cuir des parricides suspendu par une main hardie au bras droit de la statue de Néron *. Néron n'en avait pas moins triomphé ; et il effaça bientôt le souvenir de ces timides protestations en donnant des jeux et des spectacles au peuple, en se donnant surtout en spectacle lui-même. Il régnait enfin, comme il l'avait dit quand il se sentit débarrassé de sa mère.
Quel empereur était-ce donc que Néron, âgé alors de vingt-deux ans? On savait déjà ce que promettait sa physionomie pl:is belle que décente, avec ses cheveux frisés, disposés en étage, et ce que recouvrait sa ceinture lâche et sa robe traînante*. Jusque-là Rome avait eu pour empereurs des Romains et des hommes politiques. Auguste, Tibère, Caligula, Claude avaient gouverné avec des pensées ou des préjugés romains. Néron était un Grec, et un Grec dégénéré, qui n'avait conservé de romain que la cruauté. Parmi les jeux, il préférait le cirque; parmi les arts, le chant, la danse. De la philosophie de Sénèque il n'avait tiré d'autre profit que le mépris de tous les préjugés romains. Ses prédécesseurs aussi étaient en pratique autant d'épicuriens; mais lui était un épicurien grec. C'était le règne d'Épicure qu'il venait réaliser, en vrai disciple de la Grèce, mais avec une cruauté loule romaine pour défendre ses plaisirs.
Pour Rome et pour la Grèce, les jeux publics étaient les plaisirs par excellence. Seul maître maintenant, Néron donna des jeux avec une prodigalité inouïe : d'abord les Juvenalia, en l'honneur de la jeunesse, qu'il quittait; puis les jeux néroniens, tous les cinq ans {Neronia); enfin les très-grands jeux {ludi maximï). Il les