‹ Les empereurs romains (volume 2)Chapitre 44 sur 122 · Suet., Nér · texte numérisé non relu

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célébra tous avec une magnificence extraordinaire, les accompagnant de repas publics et de distributions de bijoux au peuple. Ce qu'il eut le plus à cœur d'y introduire cependant, ce furent les luttes gymnastiques, les courses de char, et surtout les joutes de danses et de chants. Mais un plaisir plus grand que celui de voir lutter, c'est de lutter soi-même ; une joie plus grande que celle d'applaudir, c'est celle d'être applaudi. En dépit du vieux préjugé romain, qui accueillit d'abord cette innovation avec quelque murmure, Néron se donna enfin à tout le peuple en spectacle. Sous les yeux des sénateurs et de cent mille Romains, il conduisit un char dans le grand cirque. Il disputa le prix de l'éloquence et celui du chant, qu'il obtint, tandis que cinq mille augustans dressés à cet effet entretenaient tous les degrés de l'enthousiasme en imitant d'abord le bourdonnement des abeilles, puis le crépitement de la grêle sur les toits, enfin l'éclat sonore des castagnettes*. Le vainqueur ne se contenta pas de la gloire pour lui-même. Il triomphait surtout quand il décidait un Romain, un chevalier, un sénateur, non pas seulement à descendre dans l'arène, mais à monter comme un Grec sur les planches. Les Romains du temps du premier Caton avaient chassé de Rome les histrions, ces premiers professeurs de l'épicurisme grec en Italie. Le chef de l'État était maintenant un histrion ; il régnait au nom de son maître Épicure; il était le coryphée de son vaste troupeau. Bon gré mal gré, il faudra que tout Rome s'y enrôle; la monarchie d'Épicure est une monarchie absolue; son maître est un despote.

Burrhus, Sénèque, le sénat commencèrent à s'effrayer. Voilà donc où avaient abouti les espérances du stoïcisme et de l'aristocratie. Néron étalait ses passions au grand

1. Tacite, Ann.y xiv, 21, 22. — Dion, lxi, 21. — Suet., Nér.y 12.

Jour, sur les places publiques et dans les carrefours de Rome, forçant les grands et les nobles matrones à en prendre leur part. Il aimait ceux qui jetaient les millions dans les fêtes. Tigellinus, riche affranchi, lui prépara un banquet sur une île mouvante, au milieu de l'étang d' Agrippa *, tandis que sur le rivage, dans des tavernes dressées à cette effet, de nobles romaines faisaient signe aux convives flottants d'aborder chez elles. Ce prodigue, dont l'ambition espérait bien exploiter tant d'extravagances, devint son favori. Néron lui-même eut bientôt un train, des serviteurs, des équipages qui sentaient le luxe de mauvaise compagnie. Il prodiguait Tor à pleines mains à des créatures indignes et pour des inutilités fastueuses. Ses esclaves étaient des millionnaires, comme Epaphrodile, kqui son ancien maître venait faire la cour. Dans son cortège tout théâtral, ses mules étaient ferrées d'argent et les muletiers couverts de colliers et de bracelets. Qui pourrait désormais arrêter, réfréner les folies, les caprices de Néron ? Les inquiétudes de Sénèque et de Burrhus ne furent que trop tôt justifiées.

Néron n'avait pas renoncé à épouser Poppée. Après avoir laissé s'effacer le souvenir de la mort de sa mère » il revint à ses premiers projets. Burrhus et Sénèque seuls s'y opposaient encore. Burrhus, à ce sujet, était intraitable. Quand Néron lui parlait de divorce : < Rendez alors, à Octavie, disait-il , l'empire qu'elle vous a apporté en dot. » Burrhus mourut. Dion Gassius et Suétone affirment que ce fut du poison. La préfecture du prétoire fut partagée entre Tigellinus, cet insolent épicurien, sûr de l'amitié de son maître, et Fennius Rufus, tiède stoïcien que ^a faiblesse annihilait d'avance. Il ne restait plus que

1. Tacile, Ann, xt, 37. — Suet., AVr., 27-29. — Dion, LXii, 15. — Plin., Hist. nat,^ xixvii, 6.

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Sénèque pour arrêter Néron. Tigellinus, Poppée, savaient comment perdre le précepteur. Ils accusèrent le rhéteur d'être plus riche que l'empereur, de se piquer de plus d'éloquence que lui. Sénèque alla au-devant de la mauvaise fortune; il voulut rendre à Néron ces honneurs, ces richesses qu'il tenait de sa faveur, et qui n'étaient point faits pour lui. Mal rassuré par les protestations, par les tendresses de son élève, il laissa au moins le champ libre dans la cour à ses ennemis vainqueurs ; et, sous prétexte de maladie ou d'occupations philosophiques, il s'enferma avec sa jeune épouse^ Pauline, et se condamna à la retraite. Octavie, restée sans défense, fut accusée sans preuves. Exilée, elle trouva d'abord un appui dans la faveur du peuple, qui prit fait et cause pour une femme si malheureuse. Rappelée , elle se crut un instant vengée en voyant le peuple enhardi pénétrer dans le palais et jeter à bas les statues de Poppée. Mais cette faveur fut sa perte. La courtisane persuada à Néron que le peuple révolté en voulait à sa personne. L'empereur fit chasser à coups de fouet, hors de son palais, la populace. Nouvel instrument de règne, Anicetus s'accusa d'avoir été séduit par Octavie. Exilée définitivement, celle-ci reçut l'ordre de s'ouvrir les veines. Néron donna ce trône, qui lui' avait coûté déjà le sang d'une mère et d'Une épouse, à l'heureuse Poppée *. Entre Tigellinus et Poppée, l'épicurisme régna sans partage.

Le règne de Néron, terrible, il faut le dire, pour sa famille, dans le palais, avait été jusque-là clément pour le reste de l'empire. Pourvu qu'il fût applaudi, Néron supportait même la critique. La première fois qu'on d irigea contre le satirique Ântistius une accusation de lèse-majesté, Néron fut de l'avis de Thraséas, qui invoqua l'indulgence impé-

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