Tacite, Ann.^ xv, 53. — Suet., Nér
La conspiration comprit un trop grand nombre de membres et traîna en longueur. Pendant qu'on délibérait sur le jour et le lieu de la mort de Néron, le zèle d'une femme qui voulut gagner le chef de la flotte stationnée à Baies faillit d'abord tout perdre. Mise à la torture, celleci racheta son imprudence par un courage viril. Pison retarda encore les choses en refusant de prêter une des maisons de campagnes dans laquelle il recevait quelquefois l'empereur, à l'exécution du complot. Il prétexta les saintes lois de l'hospitalité ; en réalité il craignait, en agissant loin de Rome, que les stoïciens et Cassius, maîtres du terrain, ne poussassent à l'empire un Silanus formé sous leur discipline. L'exécution fut fixée enfin aux fêtes de Gérés; Lateranus, profitant de la première sortie de Néron, devait le renverser en se précipitant à ses genoux, Scœvinus porterait le premier coup. Mais un affranchi de Scœvinus, témoin la veille des préparatifs de son maître, devina et dénonça tout.
Mis à la question, Scœvinus nia d'abord; mais d'autres conspirateurs, qu'on avait tus hanter sa maison, parlèrent et nommèrent leurs complices. On vit bientôt les soldats de Néron, fouillant les maisons de Rome et des environs, amener les conjurés par troupes au palais impérial. Ceux qui étaient attachés à la personne de Néron ou qui n'étaient pas encore découverts, enti^e autres Fennius, se montrèrent les plus ardents à la poursuite. 11 y eut un moment où la vie de Néron fut suspendue entre les conspirateurs et les traîtres. Si Calpurnius Pison, avec un peu d'audace, s'était jeté à la tête de quelques centurions au milieu du forum, en faisant un appel aux souvenirs, au courage des citoyens, il eût peut-être tout sauvé. Mais l'épicurien avait le cœur tendre et le caractère amolli. Il craignit pour sa femme et ses enfants; il courut au-devant de la mort et demanda grâce pour
les siens. La mort frappa dès lors partout sur les con« jurés, qui se livrèrent les uns après les autres. Lateranus mourut avec la constance de sa secte; Scœvinu*?, Afranius, mollement; Fennius, les tribuns et les centurions, rinjure à la bouche, et Lucain en poëte, répétant les vers qu'il avait mis dans la bouche d'un soldat qui voit sa vie s'écouler par ses blessures. La ville se remplit de funérailles et le Gapitole de victimes*.
Interrompue d'une façon aussi sanglante, la royauté d'Épicure ne put reprendre ses droits. Vainement Néron, aux jeux quinquennaux, monta sur le théâtre, précédé du préfet qui portait sa harpe et du consul qui annonçait ses rôles; vainement, entouré de ses amis, soutenu de ses soldats, prodigua-t-il ses talents dans la tragédie, le mime et le chant. La sueur au front, il ne ramassa plus que quelques maigres couronnes d'une main tremblante. Le peuple le renvoya tout bas au rôle «d'Oresle, assassin de sa mère, d'Œdipe aveugle et d'Hercule furieux. » Les soldats étaient obligés de surveiller d'un œil jaloux l'activité et l'à-propos des augustans; ils se prenaient de querelle avec les lièdes, menaçaient de mort les dormeurs comme Vespasien, et retenaient difficilement les citoyens qui s'échappaient par-dessus les murailles au risque de s'estropier. Néron un jour rentra chez lui mécontent; il rencontra Poppée qui, sur le point d'être mère encore, trouva qu'il revoirait bien tard : d'un coup brutal il provoqua un avortement qui détermina sa mort et son apothéose 2. Mécontent de tous et de lui-môme, Néron, tout à la crainte et à la vengeance, frappa alors indistinctement, par caprice autant que par politique ou par avarice. Les délateurs, voyant le moment v^nu, se déchaî-