Tacite, Ann., xvi, 7-13. — Suet., Nér., 37 et sqq
de son ancien disciple, il fortifia par ses discours ses amis présents, sa jeune femme Pauline, fort attachée à cet éloquent vieillard qui rachetait maintenant par Tascétisme de ses derniers jours et la pénétrante élévation de ses dernières pensées les fautes de sa jeunesse et la subtilité de sa première rhétorique. Il eut la fin qu'il avait désiré : sans courir au-devant de la mort, sans la craindre, sans se la donner lui-même, il fit librement le sacrifice de sa vie à la dignité de ses principes. On regrette seulement de le voir, rhéteur jusqu'au dernier moment, permettre que Pauline se fasse ouvrir les veines, et dicter entre ses derniers soupirs une dernière déclamation. La fin de Thraséas est plus simple et plus grande. Accusé de conspirer parce qu'il s'abstenait de paraître au sénat, au théâtre, et de jeter des ferments de guerre civile parce qu'il provoquait la jeunesse romaine à Timitation par la dignité de son altitude et Taustérité de sa conduite, il pouvait éprouver une dernière fois au sénat la puissance de son honnêteté, faire reculer ses adversaires devant ses vertus. Ses amis l'y poussaient. Il craignit de commettre aux injures des pervers la dignité de sa personne, et d'exposer dans une dernière lutte la noble patience du sage. Il arrêta un jeune tribun qui voulait évoquer la puissance affaiblie du veto républicain contre le décret d'accusation. € Dans une époque comme celle-ci, lui dit Thraséas, il faut se donner le temps de choisir son parti. » Aria, sa femme, demanda à mourir avec lui; c'était la digne fille de cette Aria qui avait appris à Petus à mourir. Thraséas ne le voulut point. Quand il sentit enfin sa belle âme prête à s'échapper, il se tourna avec sérénité vers son philosophe, Démélrius, l'ami de la dernière heure, et écouta ses suprêmes consolations*.