Tacite, Hist, i, 14-17. — Plut., Galba
OTHON. 15t
qui étaient près de lui. Il répond de loin par signes aux autres qui racclament. Il mel enfin la main sur son cœur, le genou en terre, envoie des baisers à ses nouveaux amis, fait Tesclave et devient empereur *.
Le sacrifice achevé, Galba délibéra trop longtemps avec Pison, avec ses deux conseillers et quelques sénateurs. Quand Pison harangua les gardes du palais et confia à leur fidélité la majesté de Tempire, la fortune du sénat et du peuple romain, Othon entrait déjà dans Rome à la tête des prétoriens. Galba voulut du moins défendre Tempire et mourir en soldat. Assez mal accompagné, il se risqua dans le forum au milieu du peuple indécis, qui poussait çà et là sa litière. On jetait encore des cris de < Galba César I » Mais Othon arriva et dispersa le peuple. Les sénateurs s'enfuirent, puis les gardes du palais. Galba et Pison restèrent presque seuls. Un soldat germain défendit quel lue temps, un cep de vigne à la main, son empereur: il tomba. « Frappez, » dit alors Galba aux meurtriers en mettant sa tête hors de la portière , < si c'est pour le bien de l'empire. » Les prétoriens portèrent sa tète, celle de Pison et de quelques autres au milieu des rues de Rome. Le peuple revenu cria bientôt : « César Othon ! D Et le sénat au Capitule sanctionna cette élection sanglante qui le frappait de déchéance ^.
Othon.
On ne saurait trop dire lequel d'Othon ou de Yitellius était le plus indigne de Tempire. Tous deux flatteurs, l'un avait cédé sa femme à Néron, l'autre avait déterminé celui-ci à faire entendre sa voix sur le théâtre de Rome.
1. Tacite, Hist., i, 22. — Plut., Galba, 23. — Suet., OM., 4.
2, Tacite, Hist, i, 31-47.— Plut., Ga/*a, 19-22.— Suet., Ga/ôa, 18-20.
Tous deux étaient perdus de dettes et de débauche, à cette différence prés qu'Othon donnait au libertinage ce queVitellius donnait à la gloutonnerie. Ils s'estimaient l'un l'autre à leur juste valeur. Ils échangèrent d'abord des lettres dans lesquelles ils s'offrirent des millions pour satisfaire leurs passions, puis des manifestes où ils dénoncèrent leurs vices. Enfin ils envoyèrent l'un contre l'autre des assassins qui ne réussirent point K
A vrai dire^ ni Yitellius ni Othon n'étaient maîtres de leur personne, ils appartenaient à leurs soldats. Cécina, tribun de haute taille et d'humeur fanfaronne, à la tète de l'armée du haut Rhin; Yalens, plus âgé et plus âpre au gain, à la tète de l'armée du bas Rbin, partirent avant Yitellius. Ils traversèrent l'Helvélie et la Gaule, rançonnant les villes et pillant la contrée, et arrivèrent ainsi, l'un aux Alpes Pennines, dans les gorges du Simplon, l'autre aux Alpes Cottiennes, vers les cols du mont Cenis. A Rome, Othon, pour se faire accepter, faisait la cour à tout le monde; il prodiguait les magistratures, les provinces aux sénateurs et les congés, l'argent et les grades aux prétoriens. Les prétoriens surveillaient cependant leur empereur d'un œil jaloux. Ils le laissaient approcher difiBcilement, pénétraient à toute heure de jour et de nuit dans les maisons des sénateurs et des riches pour y surprendre des complots, y saisir des conspirateurs. Une nuit, le camp fut réveillé par un centurion qui voulait faire transporter quelques armes à Ostie. Les soldats y virent un complot, se jetèrent à travers la ville en proférant des menaces contre le sénat, et se ruèrent dans le palais impérial où Othon était en festin avec les jeunes sénateurs ses amis. Tandis que ceux-ci s'enfuyaient sous les épées, Othon, se dressant sur son lit avec force gestes,