‹ Les empereurs romains (volume 2)Chapitre 59 sur 122 · Tac. llist. IV, de 39 à 7^. — v, de 14 à · texte numérisé non relu

Tac. llist. IV, de 39 à 7^. — v, de 14 à

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tf Zélateurs, i souleva le peuple contre les grands, traîtres à leur dieu, et s'empara du temple. Mais bientôt, le fanatisme croissant avec le danger, Éléazar fut accusé de tiédeur. Jean de Giscala, Simon, fils de Gorias^ se déclarèrent contre lui et lui disputèrent la haute ville et le temple. Jérusalem était partagée en trois factions qui se faisaient la guerre, quand Yespasien, après avoir conquis déjà presque toute la Judée, laissa son fils Titus pour l'assiéger. Les rivalités de classe perdirent la Judée comme celles de province avaient perdu la Gaule.

Quand le judaïsme n'eut plus pour défense que les murs de la ville sainte, les plus exaltés de tous les partis résolurent avec leurs chefs de mourir sous ses ruines. Après avoir établi à grand'peine ses travaux de siège, Titus fut obligé de prendre Tune après l'autre les trois villes, enceintes chacune de murailles et habitées par des classes différentes, qui composaient Jérusalem. Arrivé enfin, dans la haute ville, devant le temple dont les derniers défenseurs du Dieu des Juifs avaient fait une forteresse, Titus voulait au moins sauver les richesses qui y étaient accumulées. Il avait défendu à ses soldats de faire usage du feu pour forcer cette dernière défense. Mais, quand les Romains venaient de se rendre maîtres sur des milliers de cadavres de la dernière enceinte, un soldat jeta dans le sanctuaire un brandon enflammé. L'incendie gagna bientôt les riches tapisseries qui représentaient le ciel et la terre, les éclatantes tentures de soie, offrandes de la piété des fidèles, et atteignit les poutres lambrissées d'or et d'argent qui supportaient la toiture. Titus à cette vue se jeta au milieu des combattants, les conjura d'arrêter la flamme, d'épargner tant de richesses. Tout à leur fureur, les soldats n'écoutèrent rien. Titus entra au milieu des décombres avec eux. Il contempla un instant ces richesses qui allaient disparaître et souleva, au milieu

des cris de rage des Jnifs qui ne pouvaient empêcher cette profanation , le voile mystérieux du sanctuaire. Dans le Saint des Saints, les vainqueurs purent emporter le chandelier aux sept branches et quelques autres objets ; mais Tarche d'alliance avait disparu avec ses défenseurs, échappés dans les égouts de la ville. En voyant, des toits de la ville basse, les flammes dévorer le Saint des Saints^ les femmes et les enfants d'Israël se frappaient la poitrine et s'arrachaient les cheveux. Un arc de triomphe élevé près du Forum en Phonneur de Titus conserva la mémoire de cette ruine, tant de fois prédite (70) *, d'une ville et d'une nationalité.

Maître du sénat, de l'armée, des provinces, Vespasien gouverna avec ordre et sévérité. Son genre de vie était déjà un exemple. On voyait sur le trône une simplicité et presque des vertus privées qu'on n'était guère habitué à y trouver. César plébéien, successeur delà divine famille des Jules, Vespasien raillait agréablement ceux qui voulaient faire remonter sa généalogie jusqu'à Hercule; point d'étiquette, point de pompe et peu de luxe à sa cour, si ce n'est lorsqu'il représentait. Il se levait avant le jour, lisait sa correspondance, recevait ses ministres, traitait des affaires en s'habillant. On pouvait arriver près de sa personne sans porter un anneau avec son image et sans être soumis à la cérémonie de la visite, passée sous ses prédécesseurs en habitude et abolie par lui, môme pendant la guerre civile. Les audiences données, les affaires courantes décidées, il se promenait en litière, prenait un peu de repos, se mettait au bain et de là à table. La simple coupe de son aïeule servait à ses repas. Après le souper, il jouait aux dés avec quelque passion. Il aimait à revoir la maison de son aïeule, où il avait été élevé et n'y

\. Joseph, BelL Jud,, y, vi et vu.

fit rien changer. Après avoir perdu sa femme, il vécut avec sa concubine, Cenis, presque avec la constance et la fidélité du mariage; il ne faut pas être trop difficile sur ce sujet avec un Romain. La compagnie des lettrés, même des philosophes, ne lui déplaisait pas. Il supporta leurs critiques tant qu'il ne les crut pas dangereuses.

Avec une bonhomie railleuse mais ferme, Vespasien, dix ans durant, tint ainsi à Rome la balance égale entre les passions et les partis. C'était beaucoup, après des empereuis qui avaient presque toujours penché d'un seul côté. Il opposait les patriciens à l'armée, et l'armée aux patriciens; dans le sénat, il contint les haines de ces deux factions qui s'étaient livré dés le commencement de son règne de si ardentes luttes. Cetle politique fait toujours quelques mécontents. Un ancien délateur, MarcellusEprius, un soldat déçu dans ses espérances, Cécina, l'un orateur habile, l'autre bon général, trouvaient tous deux qu'il n'y avait point assez de place sous ce règne pour les épicuriens et les soldats; ils conspirèrent, furent surpris et mis à mort. Nul ne les regretta. Les stoïciens se réjouissaient; ils eurent leur tour. Démétrius le cynique et un certain Hostilius, malgré les conseils de Musonius Rufus, déclamaient publiquement contre l'Etat monarchique. Vespasien se contenta longtemps de répondre publiquement à ces attaques par affiches, où il rappelait les malheurs de la république et les avantages du pouvoir d'un seul. C'était au moins de la discussion. Mais les choses s'envenimèrent Helvidius Priscus, gendre de Thraséas, celui qu'on pouvait regarder dans le sénat comme le chef du parti républicain et stoïcien oubliait, sous un règne qui les méritait davantage, les ménagements que son beau-père avait eus pour Néron. Préteur, il n'avait jamais dans ses actes officiels reconnu l'empereur; il ne l'appelait jamais, parlant à 3a personne, que Vespasien j

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il ne le ménageait point dans ses propos ; an sénat, il faisait à ses actes, à sa personne ane opposition sans relâche et quelquefois intempestive. Helvidias pas:>a des paroles aax actes, et commença peut-être nne conspiration. En public il parlait plus haut que de coutume. Yespasien lui fit d'abord interdire Feutrée du sénat; il youlnt la forcer. L'empereur se résigna à sévir contre lui et le fit saisir par ses licteurs. tNon, s'écria Yespasien en pleurant, il n'y aura point d'autres successeurs à l'empire que mes fils. • Il ne voulait cond:imner Helvidius qu'à l'exil ; poussé par les siens à une plus grande sévérité, il signa un ordre de mort, puis le révoqua; on lui fit croire qu'il était trop tard. Yespasien saisit cette occasion pour ordonner aux philosophes d'avoir à vider la ville de Rome, puis il les laissa rentrer*. Ils continuèrent leurs déclamations contre l'empereur et l'empire : f Tu auras beau faire, dit un jour Yespasien à Démétrius, je ne m'amuse point à tuer les chiens. > Deux autres philosophes furent moins heureux : Diogène fut battu de verges, Héras décapité. Yespasien, au milieu de ces difficultés, paraît avoir donné le premier l'exemple de rendre des rescrits qui eurent force de lois comme des sénatus-consultes. Mais il s'inspirait aloi s d'habiles jurisconsultes dont il faisait aussi volontiers sa compagnie. Proculus et Pégasus, deux d'entre eux, devaient frayer la voie à la grande époque du droit sous les Antonins et les Sévères.

On a reproché surtout l'avarice à la personne et au gouvernement de Yespasien. Cet empereur, excellent administrateur, qui se rendait compte des choses, savait, avant de parvenir à l'empire, que l'État avait besoin pour se soutenir d'un revenu de quatre milliards de sesterces.

i. Tacit. Hist.y n, 8-93; m, 75. — Suét. Vesp,, 12-17. — Dion, ltti.

Pour se l'assurer il renouvela les anciennes taxes et en créa de nouvelles. L'impôt n'est jamais bien venu. Titus plaisantait quelquefois son père, qui, voulant frapper au profit du trésor les infirmités humaines mêmes, n'avait rien oublié. Vespasien lui mit sous le nez une pièce de monnaie, premier produit de cette taxe, en lui demandant si elle avait mauvaise odeur.

On ne saurait répéter ce reproche sans faire observer que Vespasien, économe pour lui-même, était large quand il s'agissait de l'empire. A Rome il éleva ce beau temple delà Paix qui jouit de l'admiration du monde, s'il ne lui assura pas le bonheur. Il dressa l'arc de Titus, il commença le Colisée; de nombreuses rues furent percées, des aqueducs élevés. Le cens de quelques sénateurs complété, une rente annuelle fondée pour les consulaires pauvres, dans un temps où les rapides fortunes des affranchis humiliaient la vieille noblesse, des traitements assurés pour la première fois aux professeurs de rhétorique grecque et latine, des gratifications, des largesses accordées aux poètes, aux artistes, prouvent que Vespasien pensait aussi à satisfaire les besoins moraux de la société romaine.

Après avoir raffermi l'empire dans les provinces, el, pour occuper les soldats, continué la conquête de la Grande-Bretagne, Vespasien s'occupa de leur prospérité. L'Achnïe, la Lycie, Rhodes, Byzance, Samos furent délivrées de la liberté menteuse qu'on leur avait laissée ou rendue sous le régime impérial. Des gouverneurs remplacèrent en Thrace, en Gilicie,en Gomagène les petits rois vassaux qui avaient survécu à la chute de l'indépendance*. Vespasien aimait la franchise, bonne qualité pour gouverner. Il exigeait beaucoup des provinces, mais il le

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