Tacite, Agric
et, pendant que Décébal battit ses légions et lui imposa un honteux tribut, il prit le nom de Dadcus^ célébra un triomphe et se fit élever des arcs de triomphe et des statues dans tout Tempire*. En revanche, Domitien augmenta de près d'un tiers ia solde des légions, et, ce qui était pis, relâcha )a discipline en fermant ^es yeux sur les écarts et les excès des soldats. Non content d'inventer pour le peuple de nouveaux jeux, de nouveaux spectacles, de renouveler de Néron les jeux capitolins qu'il prolongea jusqu'à la nuit aux flambeaux, et présida en costume d'Athlothéte, il multiplia les congiaires, les distributions d'argent, et donna au peuple des banquets publics où le vin coula à flots. Trois fois, pendant son règne, il fit aux citoyens pauvres une distribution de 300 sesterces par tête. Mais ces prodigalités épuisèrent le trésor de Yespasien; Domitien fut obligé de demander aux riches et aux provinces ce qu'il donnait au peuple et aux soldats. L'avarice s'ajouta à l'envie. Les délateurs, ces pourvoyeurs des besoins impériaux, reparurent à Rome dès l'année 84 ; et la tyrannie recommença.
On nous a conservé le nom de quelques-uns de ces infâmes auxquels Titus avait réservé le fouet de l'arène ou les amertumes de l'exil. C'étaient Messalinus CatuUus que l'empereur « lançait comme un trait contre tout ce qui était honnête; » Carus, qui appelait ceux qu'il avait une fois dénoncés « ses morts, » et ne permettait point qu'un autre y touchât: ils étaient siens; Régulus, qui avait vu les honnêtes gens s'élever contre lui au commencement du règne de Yespasien, et qui exerça alors en liberté ses représailles; enfin, Baebius Massa, le plus habile, qui donna cependant prise sur lui-même plus tard pour ses malversations en Bétique. Grâce à eux le trésor de Tem-
1. Tacite, Hist,^ it, 73-40. — Dion, lxvu, 3-10. — Plin., Pan.j 58.
pire se remplit promptement. Quels que fussent Taccusation et Taccusateur, les biens des vivants, des morts étaient d'abord saisis. Un homme riche avait-il bien parlé de César pendant sa vie; Domitien devenait sun héritier, fallût-il attaquer le testament pour cause d'oubli. Un autre était-il accusé d'avoir mal parlé de l'empereur; condamné comme criminel de lèse-majesté, il laissait ses biens confisqués à Domitien.
Mais l'empire renvoya bientôt à l'empereur la terreur qu'il répandit autour de lui, et commença le tourment de la tyrannie. Avant Domitien, Titus ne s'était pas contenté d'engager deux conspirateurs à ne point lui disputer l'empire, « que les destins seuls donnent; » il avait pris place entre eux sur les bancs de l'amphithéâtre et leur avait donné sans défiance à examiner les glaives des gladiateurs lorsqu'on les lui avait présentés. Trait plus touchant encore : Il avait envoyé rassurer la mère de l'un deux sur le sort de son fils. Domitien avait eu de bonne heure d'autres principes. La défiance fut toujours pour lui la meilleure garantie contre ses sujets; il avait interdit à son cousin Sabinus de faire porter à ses serviteurs une livrée semblable à la sienne, répétant ce mot d'Homère, oùx àyaOov iroXuxotpavcv?, ei^ xoipovoç e(jtw. t Lcs empereurs, disait-il aussi, sont bien malheureux; on ne croit aux conspirations formées contre eux que lorsqu'ils en ont été victimes, » et, faisant allusion à son frère Titus, il appelait « heureux plutôt que vertueux* » ceux qui, pendant leur règne, n'avaient pas trouvé d'occasion de punir.
La première conspiration qui fut tramée contre Domitien, celle du général des légions de Germanie, Antoniué, fit de ce qui n'était chez lui qu'un instinct, un système.