Suet., Dûi/i.j 2l. — • Dion, lxvii
Quoique cette tentative eût été promptement déjouée, l'empereur sévit avec une grande rigueur contre tous ceux qui pouvaient avoir de près ou de loin des relations avec le coupable. Depuis cet événement, l'empereur s'isola complètement dans son palais de Rome ou dans sa maison d'Albe, qui devint une véritable forteresse. L'autorilé du préfet du prétoire fut diminuée. Personne ne resta plus longtemps en possession de cette dignité dangereuse. Au lieu d'un préfet Rome en eut douze. Domitien avait eu jusque-là un conseil composé d'hommes considérables qu'il réunissait de temps en temps; il ne les consulta plus. Le seul favori qu'on lui ait connu, le danseur Paris, n'ayant pas respecté l'impératrice, fut mis à mort dans la rue sans procès, par ordre de l'empereur, et ne fut pas remplacé. Un réseau d'espions, dont les délateurs de la cour tenaient les fils, couvrit Rome et tout l'empire. On vit alors les délations et les condamnations se multiplier comme sous Tibère et Néron, dans les provinces comme à Rome. Les grands et les riches en furent naturellement les premières victimes. Tantôt l'empereur se débarrassait directement de ses ennemis par le fer ou par le poison, sans jugement; tantôt il mettait le sénat en demeure de partager la responsabilité de sa tyrannie, en couvrant alors toujours sa conduite d'un faux semblant de clémence. Un si grand nombre de sénateurs périt ainsi, qu'on ne trouvait plus parmi eux, dit Tacite, de tète blanchie par les années. Les historiens ne nous ont pas toujours conservé le nom des victimes. Rien d'étonnant! Domitien défendit qu'on mentionnât dans des actes ou dans des écrits publics le nom des condamnés *.
La tyrannie de Domitien eut un trait particulier qui la distingue des autres. Elle était pleine de superstitions,
J. Dion, Lxviij 11 : exwXuore a<^(i içxài \jTio\piii\kOLxa. i(r(ç(xxfi\'^(iLi.
de religiosité. Il visait à passer, comme Auguste, pour le restaurateur de la religion ; c'était pour lui une garantie. Il fit juger trois vestales infidèles à leur serment. L'une d'elles fut enterrée vive ; et le grand pontife, à cette nouvelle, rendit l'esprit en plein sénat. Les sectateurs des superstitions étrangères, les magiciens, mathematici^ furent plusieurs fois chassés de Rome. En revanche. Domitien remit en honneur le culte de Minerve , et encouragea par tous les moyens celui de Yespasien et de Titus. Le collège des prêtres flaviens fut très-nombreux. En cela Domitien pensait surtout à lui-même. Il se proclamait le fils de Minerve, et rappelait que Titus était dieu, pour qu'on n'oubliât pas qu'il était son frère ^ Domitien voulut enfin être dieu. La plupart de ses prédécesseurs avait refusé le titre de maître comme odieux aux Romains; lui ne voulut point qu'on s'adressât à lui autrement qu'en se servant des noms de seigneur et de dieu. Il signa tous ses édits avec ces mois: Domino et Deo placuit^, Pline nous parle des nombreux troupeaux sacrifiés à Domitien. Ce ne fut point de sa part folie, comme chez Caligula ; ce fut son sang-froid ; il y vit un moyen de gouvernement, une sauvegarde de la tyrannie. On n'attenterait peut-être pas à la majesté, à la vie d'un dieu. Roi du ciel, il crut d'ailleurs, dans sa superstition, contenir mieux la terre. Il s'était fait dresser une lisle de tous les grands personnages de Rome, avec la date de leur naissance el la constellation sous laquelle ils étaient nés. A la clarté des nuits, cherchant dans les étoiles sa sécurité, il les prenait en flagrant délit de conspiration contre sa vie, contre son immortalité. L'astrologie, qu'il se réservait comme un privilège, devint entre ses mains un instrument de