Suet., 13. — Vict., 7. — Martial, v, 8. — Plin., Pan
terreur. Les astres suppléèrent au défaut de clairvoyance des délateurs. La divinité de Domitien fut roccasion de ses persécutions les plus affreuses, mais en même temps aussi, ce qui console, l'objet des plus nobles résistances.
On regrette que la poésie, avec Stace Timprovisateur, et avec Martial, le fécond auteur d'épigrammes, ait ratifié le culte de cette nouvelle divinité. Stace félicite Domitien d'avoir « relevé son propre temple sur le Capitole ; » il n'y voit plus, en effet, Jupiter, mais son empereur. Martial aime mieux adresser ses prières à ce flls terrestre de Minerve, qu'aux dieux de l'Olympe : « Je prie Jupiter, ditil, pour César, et César pour moi. » Jupiter ne lui avait-il pas dit a d'adresser ses demandes à celui qui lui élève des temples? » La philosophie du moins et la foi opposèrent la conscience humaine à cette dernière entreprise ; et ce fut là encore que la tyrannie échoua I
Par une fortune extraordinaire alors, des premiers aux derniers rangs de la société, la philosophie stoïcienne et la foi chrétienne se rencontrèrent dans une égale opposition contre le nouveau dieu. Le docteur le plus écouté de la philosophie stoïcienne, Épictète, disait alors à Rome : « Nous n^nvions pas aux rois leurs palais et leurs richesses. — Mais je veux, repart César, commander à vos pensées? — Comment?— Par la terreur. — Prends mon corps pour tes supplices, mon âme ne t'est pas sujette. Si tu veux être obéi , commande-nous les vertus qu'il faut suivre et les vices qu'il faut éviter; mais de nous dire: Fais ceci, fais cela ou je te tue I ce n'est pas ainsi qu'on gouverne des âmes raisonnables et libres.» Dans le même temps, le plus doux des disciples de Jésus, Jean, se trouvait à Rome. Il y répandait la doctrine de Celui qui était venu enseigner de « rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Si le stoïcisme avait toujours dans l'aristocratie et au sénat des adeptes fidèles,
Sénécion, Arulenus Rustîcus, et le fils d'Helvidiiis Prîscus, le chriatianisme trouvait déjà de? disciples au palais impérial môme, où il comptait Flavius Clemens, cousin de l'empereur, sa femme Domitilla et Acilius Glabrion, officier du palais. Ce fut parmi ces stoïciens et ces chrétiens que Domitien fit ses dernières victimes.
Depuis longtemps le préfet du prétoire Gasperius ^EUanus dénonçait les sophistes, t cette engeance frondeuse qui cachait de sinistres projets sous une barbe inculte et un sale manteau, et qui aiguisait le poignard dont d'autres se servaient *. La lutte commença par l'accusation que portèrent deux jeunes gens courageux, Sénécion et Pline, contre Baebius Massa, au nom de ses administrés de la Bétique. Convaincu, Baebius se releva en lançant contre Sénécion une accusation de lèse-majesté. Pline demanda hardiment l'honneur d'une pareille accusation puisqu'il avait partagé le péril d'accuser Baibius. L'affaire finit celte fois. Mais Metius Carus la reprit bientôt en sous-œuvre; il accusa Sénécion d'avoir écrit la biographie d'Helvidius Priscus, et de mépriser le gouvernement en ne recherchant aucune magistrature. Après lui, Aquilius Régulas prit à partie Arulenus Rusticus, l'ancien tribun, qui, jeune, avait voulu défendre Thraséas; il l'accusa d'avoir appelé saint cet ennemi des empereurs. Le sénat romain, agité de sentiments divers, partagé entre les stoïciens et les délateurs, mais entouré de soldats, céda, livra ses membres sous le poids d'une véritable stupeur. Exaspéré par la lutte, César inventa une inquisition nouvelle, des supplices nouveaux, espionna, fit épier, prit au piège dans leur prison ses accusés, et assista avec une joie féroce à leurs tortures, à leur supplice. Sénécion mourut, bien qu'il eût écrit l'éloge d'Helvidius Priscus à la pieuse