Suet., TU. 7. — Plin., Ep. x, 68. Pan
mêmes s'offrir à la justice. Pour empêcher le retour de déplorables abus, les honoraires des avocats furent fixés et celte profession fut soumise à des règles disciplinaires. Pline se réjouit plus que nous ne pouvons le faire de voir les affranchis et les esclaves privés du droit de déposer contre leurs maîtres, c Nos esclaves, dit-il, ne sont pas les amis de Tempereur, nous le sommes nous-mêmes. Le père de la patrie ne croit pas qu'il puisse être aimé davantage d'esclaves étrangers que de concitoyens. » On peut déplorer que des esclaves aient abusé d'un droit naturel et que de mauvais empereurs aient déchaîné les vices des esclaves contre leurs maîtres ; mais on ne saurait, en principe, regretter, avec l'aristocratie romaine, le droit qui leur avait été concédé *.
Après avoir su attendre le consulat, Trajan voulut relever l'éclat des magistratures en interdisant la brigue. Il y avait encore brigue, en effet, de la part des candidats auprès des sénateurs qui disposaient des magistratures. Ils leur faisaient des présents; ils les traitaient dans de splendides banquets. Une loi de Trajan interdit ces pratiques. Les sénateurs, dès lors, réservèrent les magistratures et les gouvernements aux plus dignes; et Trajan eut égard à leurs recommandations. La loi tabellaire, qui rendit le vote secret au sénat, acheva ce que la loi De amhitu avait commencé ^.
Pline célèbre les heureux effets de ces réformes. « Les pères conscrits purent, dit-il, aimer sans crainte les bons, et haïr sans danger les méchants. César approuve ce que le sénat approuve, condamne ce qu'il condamne; leurs haines comme leurs amours sont communes. » La noblesse
1. Mart., Ep* x, 34. — Dion Cass., lxtui. — Plin., Pan», 4i; Ep» V, 4,14; VI, 33.
% Pliu., Ep. III; 20.
TRAJAN, tll
ne fut plus en effet un titre d'exclusion aux magistratures, ni la probité. Pour arracher les jeunes nobles aux honteuses distractions, Trajan avança pour eux Tâge des candidatures. Il suffit désormais d'avoir donné une preuve de courage et de vertu dans un emploi inférieur pour être appelé à un autre plus considérable. Ce ne fut plus prudence, mais lâcheté de se cacher. L'existence avait été rendue à tous, en même temps que la dignité de l'existence. On vit une véritable renaissance de la vie publique. A la fin de son consulat, Trajan jura, comme aux temps de la république, en déposant cette magistrature, qu'il n'avait rien fait contre les lois; et il put renouveler ce serment trois fois pendant son règne. Il avait fait beaucoup plus; il avait rendu la vie aux lois, le cœur aux hommes. Les Romains, en l'écoutant, ne purent retenir, dans un moment d'enthousiasme qui ne fut point joué cette fois, ce rare cri : t Nous sommes heureux I felices sumus. » Une rougeur involontaire monta aux joues de Trajan ; et, dans le modeste embarras d'une satisfaction dont il n'était point maître, une larme humecta ses paupières.
Il y a beaucoup de choses dans le règne de Trajan qu'on ne saurait louer comme Pline sans restrictions; car ces louanges relèvent moins cet empereur qu'elles n'accusent la société romaine ou les prédécesseurs de ce prince. Trajan augmenta encore les distributions de blé, et les congiaires accoutumés, faits au peuple. Il étendit môme cette libéralité à un plus grand nombre de citoyens. Au temps des Antonins, on en compta jusqu'à six cent mille. Ceci était un défaut de la constitution sociale de l'antiquité, autant que de l'empire romain. Le préjugé contre le travail libre et l'existence de l'esclavage en rendent raison. Trajan prit des mesures financières pour assurer également l'entretien des enfants mâles et féminins des citoyens nécessiteux de Rome, et même de quelques
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Yilles d'Italie *. Ce fat un acte sans ancnn donte généreux et moral ; car ces enfants conraient tont an moins le risque d'être abandonnés, et ils étaient en si grand nombre qn'on ponyait en former des colonies entières. Mais nous ne saurions, pour en loaer Trajan, ajouter avec Pline: c Les pauvres n'ont qu'un motif d'élever de^ enfants : la bonté du prince ; s'il n'entretient d'une main libérale, s'il n'adopte ceux qui sont nés sur la foi de son humanilé, c'en est fait de la République, c'en est fait de l'Empire. Élevés aux frais de l'État, ceux-ci n'en défendront que mieux l'État qui les nourrit. > Sous la République, les plébéiensne demandaient pas du pain, mais des terres, pour y chercher dans le travail la nourriture de leur famille. En leur faisant acheter difficilement ces terres du plus pur de leur sang, la République fit avec son peuple du Forum la conquête du monde; en nourrissant généreusement son peuple de l'amphithéâtre, l'Empire la perdit.
Bien plus éclairées et plus justes furent les mesures qui ramenèrent un peu de culture en Italie et assurèrent les provinces contre le danger de trouver dans leur prospérité même un embarras ou une cause de spoliation. Des terres achetées aux frais du trésor furent partagées, dans l'Italie envahie par les pâturages, aux citoyens nécessiteux. On imposa aux sénateurs l'obligation d'avoir au moins le tiers de leurs propriétés sur ce sol autrefois aussi fécond que glorieux, € afin que Rome fût pour eux une patrie et non une auberge de passage. » Ainsi, l'Italie fut en . état de se suffire à elle-même et d'approvisionner une fois TEgypte, qu'une inondation incomplète de son fleuve avait menacée de disette. L'impôt du vingtième aboli dans
1. Les premières tables alimentaires de Trajan ont été publiées par Terrasson^ Jurispr, romaine, M Kl, et par Muratori en 1749.
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les petites successions et pour les plus proches degrés de parenté; les douanes, entre les différentes provinces, et lea octrois dans les ports, ramenés à des proportions raisonnables; les employés sévèrement surveillés; l'habitude prise par le fisc de payer réellement ce qu'il achetait aux provinciaux; une loi enfin sur les fausses mesures (de stateris adulterinis), favorisèrent les relations commerciales, empêchèrent Tagiotage et l'usure, et, ainsi, augmentèrent les revenus mômes de l'État. L'abondance devint sous Trajan comme une largesse perpétuelle du règne. L'économie politique est vieille comme le bon sens ; mais le bon sens ne règne pas toujours.
Il faudrait avoir vu ce dont Pline avait été témoin, pour trouver le courage de louer tout ce qu'il loue quelquefois sous Trajan. Quel éloge, de dire : la maison de l'empereur est moins grande que son empire ; ou encore, les citoyens sont sûrs de garder ce qu'ils possèdent et les enfants certains d'hériter de leur père ! Pline consacre les plus subtiles ressources de sa rhétorique à louer Trajan de prendre place au tribunal pour juger réellement et non pour enrichir le fisc. « La bonté de la cause, et non la richesse des parties, dictèrent désormais, dit-il, les ar* rets dans les causes civiles. On ne craignit plus d'avoir, dans une riche villa, le crime qui vous amenait sur le banc des accusés. La basilique romaine ne fut plus un hôtel des monnaies ; le trésor public et le trésor privé, un antre où Ton dépouillait les citoyens, et le réceptacle de cruelles rapines. » L'empereur et l'État, en matière de propriété, ne furent plus en effet au-dessus des lois et n'eurent pas toujours raison. On put plaider, choisir ses juges contre le trésor public et contre ses agents, pour défendre ses droits, et môme contre le trésor particulier, la liste civile du prince. « L'État et les particuliers, le pouvoir et la liberté,» s'écrie Pline avec étonnement, « ressor-
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tissent an m^e tribniul. > Chose plus rare encore! les particuliers, dans lenrs procès contre TÉtat, contre le prince , choisirent pour juges le pins souyent, tant ils enrent confiance en eux, les procurateurs^ les agents de l'État et du prince.
Ce qui prête surtout an panégyrique dans le règne de Trajan, c'est qu'il fut, dans les conditions défectueuses du gouvernement que lui ayaient légué ses prédécesseurs, l'exemplaire yi?ant d'un excellent empereur. Il fut tout ce qu'il lui était permis d'être dans cette société. A l'amphithéâtre^ il laissa renaître la liberté des plaisirs; les spectateurs montrèrent leurs préférences pour les gladiateurs que l'empereur ne favorisait pas, sans risquer de se faire jeter dans l'arène. En affichant son mépris pour les mimes et les pantomimes, les plus dangereux corrupteurs des mœurs romaines, Trajan obtint que le peuple en demandât l'expulsion. En revanche, il augmenta, en vrai Romain, le nombre des gladiateurs qu'il fit combattre. Il était-naturel que celui qui avait étendu le cercle des citoyens nourris par l'État, élargît le cirque des citoyens qu'il amusait ^ ; mais la plupart des travaux entrepris par Trajan eurent un but d'utilité. Une bibliothèque, une basilique, des Thermes bâtis à Rome, le port de Civita-Vecchia et celui d'Ancône agrandis, le pont du Tage, celui du Tigre, celui de l'Aufide, une route immense achevée de la mer Noire au détroit Gallique, une autre tracée à travers les marais Pontins, des relais de poste établis sur presque toutes, des aqueducs à Nicomédie, à Sinope, dénotent partout ce caractère. Les ouvrages des anciens, les inscriptions, et quelques ruines trouvées par les modernes en témoignent encore ^.