Plin., Pfln.,î8. — Dion, Traj
«. Plin.,^p., X, 54, 55, 75, 76. Aurel. Vict., poj^im. — Dion, rro;., 7. — Capitol., Trey V 17, ïl. — Eckhel, L. c. p. ii, vol. ti, p. 4*6. — Thei.
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C'est en se montrant modeste pour les siens et pour lui-même, que Trajan trouva moyen de suffire aux besoins de TEmpire sans exagérer les impôts. Il mit en vente une partie des palais et des villas de campagne de ses pi édécesseurs. c César ne chassa plus les anciens maîtres de leurs maisons, dit Pline; il n'enveloppa plus dans ses murailles le dernier étang et le dernier lac. » Son palais tint la promesse de Tinscription que Nerva avait fait graver à son frontispice : Édifice public. Le Forum^ les temples, n'étaient pas plus accessibles. On approchait de la personne de Tempereur, de sa famille, et l'on n'en rapportait que l'impression de vertus décentes. Sa femme Plotine et sa sœur Harcienne, les deux personnes qu'il aimait le plus, refusèrent longtemps le titre d'Augusta ; elles chérissaient en lui l'époux et le frère plus que l'em* pereur; elles rivalisaient de tendresse et non d'influence auprès de lui. Les médailles que fit frapper Trajan en leur honneur vantent leurs vertus. Aurelius Victor rappelle que Plotine plaidait souvent la cause des provinces contre leurs gouverneurs *.
Travaillé lui-môme, grâce à la vigueur de son tempérament, d'un grand besoin d'activité, Trajan se livra pendant la paix aux plaisirs de la chasse, image de la guerre qu'il aimait, parcourant les plaines, gravissant les rochers à la poursuite des bètes sauvages. Quoique peu lettré et point savant, il se rappelait qu'il avait eu pour maître Quintilien le rhéteur, et peut-être Plutarque, moraliste et historien. Son oreille était toujours complaisante pour les lettrés et les philosophes, et il leur confia souvent des emplois. Dion Chrysostome revint à Rome, et sans doute
Graev., m, p. 622, sqq. — Orell., v. 1, ïnsc, 163, î,591, etc. — Piranesi, Aniich. rom, fuor. di Rom.
1. Vaillant, L. c. ii, p. 125. — Aur. Vict., Epii. in Flav. JuL
à sa cour» qui retentit aussi de l'écho des paroles de l'esclave Épictëte. Le célèbre Apollonius de Tyane fut invité k se rendre auprès de lui, sUl faut en croire Philostrate. Trajan raviva les études en leur rendant le sentiment qui les alimente, la liberté. La rhétorique eut de nobles et vivants sujets à traiter : les provinces à défendre contre les concussionnaires ou les prévaricateurs. Elle ne fut plus un art dangereux entre les mains des délateurs. La poésie abandonna les fades recherches de la louange pour les libres hardiesses de la satire; et celle-ci épargna ce beau règne. L'iusloire quitta les ténèbres de la calomnie, vengeance ordinaire de Toppression, pour le plein jour de la vérité ; et elle devait lui être douce. Trajan eut pour amis les représentants de la littérature de son temps, et les considérait à Tégal des sénateurs, les traitant tous familièrement et en amis. Il les recevait à sa table; il allait s'asseoir à la leur, affable et égal dans ses rapports avec eux, prolongeant volontiers dans Tinnocenl plaisir de la bonne chère, dont son activité lui faisait un besoin, la jouissance du seul repos qu'il se donnait, au risque de relever quelquefois la conversation d'une pointe de vin. Ses amis, ou les domestiques ordinaires et dévoués du palais, étaient sa seule garde, à Rome. On voulut un jour lui rendre suspect Licinius Sura, son préfet du prétoire. Il alla seul souper chez lui, et dit le lendemain : c Si Sura avait voulu me tuer, il Teùt fait hier. » Un seul complot fut formé contre lui, pendant un règne de vingt am; il laissa aux sénateurs le soin de le punir, refusant d'être à la fois, comme beaucoup d'empereurs avant lui, juge et partie dans sa cause.
L'exemple fut le plus grand bienfait du règne de Trajan, homme pratique, homme d'action, à qui il ne fallait point demander davantage. C'est le sujet d'une des meilleures pièces du grand satirique du temps, et le sentiment
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moral qui anima, sous cet empereur, ses vers vengeurs. Aux nobles dégénérés qui achèvent de se dégrader dans les tavernes, entre les gladiateurs avinés et les faiseurs de cercueils, Juvénal oppose les travaux consulaires, les patriotiques dévouements des anciens Romains dont son temps a besoin ; et les faux philosophes, hypocrites de vertus, font ressortir ceux qui confirment leurs principes parla vertu de leur vie ou le courage de leur mort. A Tédëganle et effrontée Romaine qui n'exige pas moins de son époux que le gros diamant de la reine Bérénice, il rappelle les joyaux de la mère des Gracques; à Timpudique qui s'éprend d'un histrion et s'enfuit avec lui, il raconte la mort de la fileuse de laine. La tourbe de Rémus, esclave de la fortune, qui traîne Séjan aux gémonies, fait place, dans ses vers, au peuple glorieux qui se relire sur le mont Sacré; et le bourgeois honnête, mais peureux, qui va donner son coup de pied à Séjan pour être vu de son valet, est mis au-dessous de l'esclave qui se dévouait autrefois pour son maître. Si le môme crime a pour récompense, un jour, le supplice de la croix, un autre, l'honneur du diadème, le poëte attache aux grandeurs imméritées et au succès insolent, comme le plus affreux des supplices inventés par Rhadamanthe, la peur vengeresse et le remords rongeur. Il peut flétrir le César joueur de lyre et Domilien, le Néron chauve, qui, souillé de crimes, porte des lois contre l'adultère et contre l'inceste; il a devant lui, au pouvoir, l'exemple de celui qui, des deux noms de Jupiter Optimus Maximus^ n'ambitionne que le titre et la renommée de l'extrême bonté, abandonnés par ses prédécesseurs, comme un attribut inutile, à l'Olympe. • Trajan optimus^ » Trajan très-bon^ et qui eût pu prétendre au titre de très-grand^ laisse loin derrière lui le fondateur de l'Empire, Auguste. Le sénat demandera que ses succ^'^, seurs soient, s'il est possible, plus heureux qu'Au^
et meilleurs que lui : Feliciores Augusto, meliores Trajano !
C'est dans le gouvernement des provinces, peut-être, que Trajan se montra le meilleur. Il lit, de concert avec le sénat, d'excellents choix. Quand il se trompait, il abandonnait ses erreurs à la justice. Tacite et Pline accusèrent deux magistrats prévaricateurs, Marins Priscus, gouverneur d'Afrique, et Classicus, gouverneur d'Espagne. Mais il faut lire la correspondance de Trajan et de Pline, l'un des plus consciencieux et des plus appliqués de ses administrateurs, pour se faire une idée de l'intelligence honnête, de l'application assidue aux détails, et en même temps de la nature des rapports de cet empereur avec ses gouverneurs. Elle est toute entière à l'honneur du souverain et de l'homme de lettres.
Pline informe Trajan qu'il est arrivé assez à temps dans la Bithynie pour pouvoir y cilébrer, heureux présage! le jour de sa naissance impériale : « Votre lettre m'apprend, » lui répond l'empereur, avec une discrétion pleine de modestie et de raison, « quel jour vous êtes entré en Bithynie ; je ne doute pas que ces peuples ne demeurent par là bien persuadés de mon dévouement à leurs inlérôts; car je suis sûr que vous n'oublierez point de leur faire sentir qu'en vous choisissant, j'ai choisi le plus propre à tenir ma place au milieu d'eux. » Un temple à relever, un incendie à réparer, un écoulement à donner à un lac, certaines coutumes à corriger ou à redresser, quelques coupables obscurs à gracier ou h punir, l'assietle de certains impôts à réformer, des taxes à diminuer, tels sont les sujets les plus fréquents de leur correspondance. Souverain et gouverneur s'y montrent également pleins de respect pour les droits des sujets, et d'intérêt pour la prospérité des provinces. Pline avait à sa' disposition des fonds improductifs, faute de pouvoir les placer au taux
ordinaire; il n'osait point forcer les capitalistes de la province à les prendre, procédé commun alors, et craignait de faire un placement désavantageux. « Il ne convient pas à la justice de mes maximes, répond Trajan, que Ton force quelqu'un à emprunter, à un taux qui ne lui convient pas, de l'argent dont il n'a que faire ; » et il engage Pline à prendre pour base de Tintérôt de l'argent la quantité des demandes *.
Souvent le souverain se montre, dans ces lettres, plus éclairé et toujours plus ferme, ce qui s'explique aisément, que l'homme d'étude. Trajan autorise Pline, qui ne l'osait prendre sur lui, à donner à une famille la permission de transporter d'une ville à un^ autre le cadavre d'un défunt, en dépit de l'opposition des poniifes. Le doux Pline hésite à punir quelques esclaves, qui s'étaient glissés en fraude parmi les recrues de l'armée, et des condamnés, qui avaient réussi à échapper à leur châtiment, en se faisant enrôler parmi les esclaves publics employés au service de l'édilité des villes d'Asie : « Souvenez-vous, écrit Trajan à Pline, que je vous ai envoyé en Bithynie parce qu'il y avait beaucoup à réformer. Si les esclaves se sont fait volontairement inscrire sur le rôle de la milice, sans y avoir été forcés par les officiers, ils sont coupables de souiller l'armée de leur présence; ils devaient répondre eux-mêmes de la vérité de leur état. Pour les condamnés, je ne connais pas de crime plus grand, après celui d'échapper à leur châtiment, que celui d'usurper des emplois qui doivent être remplis par des esclaves exempts de tout reproche. » Trajan exigeait avec raison la pureté, l'honnête irréprochable des services, dans les plus humbles emplois de la vie civile, comme dans les derniers rangs de l'armée.