‹ Les empereurs romains (volume 2)Chapitre 81 sur 122 · Jul. Cap., 29. — Marc-Aur., L. G. xii, 26; xi · texte numérisé non relu

Jul. Cap., 29. — Marc-Aur., L. G. xii, 26; xi

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tétrapharmaque. Dans la cour, où le manteau du philosophe était devenu à la mode, le second César avait un tel souci de sa personne qu'il semait la poudre d'or dans sa chevelure et sa barbe blondes. Affolé de spectacles et de jeux, il avait parmi ses chevaux un coureur favori qu'il nourrissait de raisins secs et de dattes, et auquel il faisait flairer avant la course des boisseaux d'or. Quand il sortait de la table frugale et discrète de son collègue impérial, il se hâtait d'oublier le philosophique repas et la stoique compagnie dans une débauche de taverne, en société d'hommes de mauvais lieux qui le rapportaient souvent ivre-mort au palais des Césars. Il avait la faculté, qu'il prisait beaucoup, de digérer avec une incroyable promptitude. Marc-Auréle chercha à ramener Verus par ses conseils, à le réformer en lui donnant en mariage une de ses filles. Enfin, respectant en lui un collègue, un frère, un gendre, il ne lui adressa plus d'autres reproches que celui de son exemple, complètement inutile il est vrai.

La vigilance et la promptitude que mit Marc-Auréle à réparer les désordres physiques de son temps empochèrent le peuple de l'en rendre, comme il arrive trop souvent, responsable. Dans une disette, il ne craignit pas de tirer du blé, des greniers de Rome pour en nourrir les villes d'Italie; pendant une peste, appliquant au delà même du tombeau ses sentiments de charité, il ordonna par un décret, l'unique de ce genre peut-être dans l'antiquité, de faire aux frais de l'État les funérailles des moindres citoyens. Les hommes qu'il aimait tant furent plus funestes à l'empereur philosophe que les éléments ; c'est en luttant contre eux au dehors et au dedans qu'il s'épuisa.

Les rois et les peuples voisins de l'empire, que le souvenir des victoires de Trajan avait longtemps tenus en respect, recommençaient à attaquer les frontières sous

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Marc-Aurèle; ils l'obligèrent à soutenir pendant tout son règne, à l'orient et au nord, les plus opiniâtres luttes. Dans Tespoir de secouer la torpeur et les hontes de Lucius Verus, Marc-Aurèle envoya son collègue, à la tête des armées d'Orient, contre le roi des Parthes, Vologèse, qui avait anéanti une armée romaine tout entière (162). Lucius Verus s'arrô^ta à Capoue, à Corinthe, à Athènes, naviguant lentement au doux bruit des symphonies et des concerts. Arrivé en Syrie, il établit son quartier général, au milieu des histrions et des mimes, dans le voluptueux bourg de Daphné, à Antiocbe. Heureusement Avidius Cassius, à la tête des légions, chassa Vologèse de Syrie, le poussa Tépée dans les reinr» jusque dans Séleucie et Ctésiphon, rasa son palais dans cette capitale, et remit l'Arménie sous la domination de Rome. Marc- Aurèle cependant refusa pour lui seul le titre deP^re de la patrie, que le sénat voulut lui décerner pour avoir pourvu habilement, de Rome, aux nécessités de cette guerre; il partagea avec Verus un triomphe où pour la première fois on vit les filles de l'empereur figurer sur le char de victoire, et il lui laissa à lui seul le surnom de Parthique qu'il avait si mai gagné. C'était peine perdue que de vouloir relever celte âme abjecte, à force de la faire rougir. Le triomphe persuada à Verus qu'il avait le droit d'être plus dissolu et plus arrogant qu'auparavant. Il célébrait des festins où il donnait à ses convives les coupes murrhines dans lesquelles ils avaient bu, les mules, muletiers et équipages avec lesquels il les faisait reconduire chez eux. Il se mit à favoriser impudemment d'indignes affranchis, à faire maintes choses sans l'agrément de son frère; il perdit les seules vertus qu'il eût conservées jusqu'alors, la déférence et la soumission envers son glorieux collègue ^

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