‹ Les empereurs romains (volume 2)Chapitre 87 sur 122 · Hist. Aug. Nig,, Atb. et Sept. Sévère · texte numérisé non relu

Hist. Aug. Nig,, Atb. et Sept. Sévère

les riyalités qu'ils allaient trouver devant eux, il railla Pescennius, proclamé, dit-il, à Antioche, d'où il ne pouvait venir que des bouffons, et déclara adopter Claudius Albinus, pour l'endormir; puis il leva son camp; et, toujours à pied au milieu de six cents gardes, ne quittant sa cuirasse ni le jour ni la nuit, il descendit à marches forcées en Italie. Il comprenait que c'était sur le centre de l'Empire qu'il fallait mettre la main.

Pour résister à cette formidable armée, composée de barbares, grands corps sans beaucoup d'intelligence, dit Hérodien, mais qui obéissaient au premier mot, le faible Didius Julianus n'avait que les prétoriens, troupes recrutées en Italie, en Macédoine, en Espagne, et depuis longtemps déshabituées des fatigues de la guerre. Devant les plaisanteries du peuples et les secrètes espérances du sénat, il fît fortifier Rome et barricader les rues qui menaient au palais impérial. Les prétoriens rapprirent tant bien que mal l'usage oublié de leurs armes, et tirèrent des caves de l'amphithéâtre les éléphants, pour les dresser au combat, espérant effrayer avec eux les chevaux de l'armée sévérienne. L'empereur des prétoriens hésitait cependant. Le sénat qui, sur ses ordres, après avoir déclaré son audacieux adversaire ennemi public, l'associait ensuite à la puissance impératoriale, le prouvait assez. Septime Sévère profita de ces faiblesses pour vaincre sans combattre. Quelques-uns de ses centurions entrèrent déguisés à Rome, et, pratiquant les prétoriens, qui craignaient fort la lutte, leur persuadèrent de mériter leur grâce en sacrifiant leur élu. Il n'en fallut pas davantage; les prétoriens envoyèrent quelques-uns d'entre eux tuer, au palais impérial, Julianus, qui demanda seulement le mal qu'il avait commis. Le sénat proclama tout d'une voix Septime Sévère empereur à sa place. Le len-

demain, persuadés par leurs officiers, les prétoriens, en simple tunique blanche, avec un ceinturon et un petit poignard doré, comme lorsqu'ils accompagnaient les césars pour leur faire honneur, se rassemblèrent prés d'Interamna, à huit milles de Rome, dans une plaine où Sévère les attendait. Pendant qu'ils se rangeaient autour du tribunal, les légions du Danube, sous les armes, opérèrent une conversion, entourèrent ces malheureux désarmés et baissèrent les piques. Alors Septime Sévère : f Vous avez massacré un empereur, leur dit-il, et vendu TËmpire, vous méritez la mort; je me contente de vous casser et vous ordonne de vous disperser et de vous éloigner de cent milles du centre de TEmpire. » Quelques prétoriens se tuèrent de rage.

Après cette exécution, Septime Sévère n'entra dans Rome que pour s'emparer du gouvernement et se préparer à combattre également ses deux autres compétiteurs. Au sénat, il promit d'imiter Marc-Aurèle, fit confirmer l'adoption d'Albinus, et demanda qu'on le déclarât déchu de l'Empire s'il faisait mourir un sénateur sans le consentement de l'auguste corps. Au forum, il fit faire une splendide apothéose en l'honneur de Pertinax. Empereur, pontifes, sénateurs, chevaliers, soldats, peuple firent, autour d'un catafalque monumental et richement orné, de processionnelles évolutions. Mais en même temps Sévère s'assura comme otages des parents et enfants de ses compétiteurs et des gouverneurs de province! Quand il vit ses soldats réclamer, en plein sénat, avec des me* naces, la gratification qu'Octave avait donnée à ses armées, il leur accorda en pâlissant la moitié de ce qu'ils demandaient, et se hâta de les entraîner hors de Rome contre Pescennius Niger, en attendant le moment de détromper Albinus.

Les deux campagnes de Septime Sévère furent un mo-

324 UIDIUS JULlANUS.

dèle de yigueur et de célérité ; sa conduite un modèle de nise. Laissant de côté la forte ville de fiyzance, il prit terre près de Cyzique, en Asie, battit une première fois Tennemi en Bithynie, passa à travers la trouée faite par un torrent gros de pluie aux fortifications des portes ciliciennes, et atteignit son adversaire dans la vallée d'Issus, sur le champ de bataille même où Alexandre avait autrefois rencontré Darius. Aussi heureux que le conquérant macédonien, il joua la douleur quand on lui apporta la tête de Pescennius, qu'il avait autrefois loué comme un compagnon d'armes ^ De là il écrivit à Claudius Albinus, « son frère bien-aimé et chéri, pour lui annoncer sa victoire et le conjurer de gouverner la république avec autant de zèle qu'il avait d'affection pour lui. » Il lui envoya les compliments de sa femme Julia Domna, avec de beaux présents pour ses enfants, se donna ainsi le temps de châtier Antioche, de réduire fiyzance, d'imprimer une salutaire terreur aux Parthes, aux Arabes, aux Arméniens , et alors commença à tenir un autre langage à Albinus.

Un jour que deux messagers de Sévère, venus d'Asie en Bretagne, demandaient à parler en secret à Albinus, celui-ci conçut tout à coup quelques soupçons; il les fit saisir et leur arracha, par la torture il est vrai, l'aveu qu'ils étaient venus pour l'assassiner. C'était une déclaration de guerre; Sévère le comprit et ne perdit point de temps. Il réunit encore une fois ses soldats sur la place du camp, leur dénonça l'ingratitude d'Aibinus, le fit déclarer par eux ennemi public, et ramena ses troupes toujours dociles du fond de l'Asie en Europe. Encore à leur tète, infatigable sous un ciel glacé comme sous le soleil d'Orient, il arriva par les Alpes pennines dans la vallée

Page 1