Spart. Sept. Sev., 2-6. Hér. 2. Spart. Ntg
du Rhône, tandis qu'Albinus, avec les légions de Bretagne et de Gaule, descendait de son côté la Saône. Ce fut dans le délia que forment ces deux grands cours d*eau avant de se réunir, que se décidèrent encore les destinées de l'Empire.
Le sénat et le peuple restèrent dans une morne attente. A la nouvelle de quelques petits succès remportés par les lieutenants d'Albinus sur ceux de Sévère, le sénat se hasarda à louer les talents littéraires d'Albinus et à accorder les grands honneurs à Claudius Celsinus, son frère, t Je me réjouis, pères conscrits, écrivit Sévère au sénat, des motifs qui vous font préférer Albinus à moi. Je n'avais nul droit à votre faveur. J'ai délivré Rome, je vous ai sauvés de la tyrannie; mais vous préférez un Adrumétain qui tranche du patricien. Pourquoi n'avez-vous pas accordé aussi le triomphe sur moi à ce plagiaire du conteur Apulée? » Depuis lors, les sénateurs, dit Dion Cassius, ne soufflèrent mot. Quant au peuple, un jour, il était rassemblé dans le grand cirque; les cochers avaient six fois déjà lancé leurs chars dans la carrière, rasé la borne, et il restait muet sans batire des mains, n'ayant nul souci des bleus ou des verts. Tout d'un coup, dans l'inlervalle de deux courses, après une rumeur qui allait croissant, on entendit pousser ces cris : « Jusqu'à quand endurerons-nous donc tant de misères et seronsnous foulés par les luttes des soldats? » Puis, après un instant de silence^ un autre cri d'enthousiasme suivit cette plainte douloureuse : « Gloire et félicité au peuple romain et à la cité de Rome, reine et déesse immortelle! • et les spectateurs battirent des mains à renverser les murailles de la ville. « J'étais, dit Dion Cassius, au cirque, où le consul, un de mes amis, m'avait invité, et je puis bien dire que ce cri, jeté tout d'une voix par des milliers débouches, parutTeffet d'une inspiration divine et comme
le refrain d'une chanson apprise, entonnée par un immense chœur d'hommes. »
A quelques jours de là , Septime Sévère annonça sa victoire au sénat et au peuple, en envoyant la lete d'Aïbinus à Rome, avec ces mots : t C'est ainsi que je punis qui m'offense * . »
Septime Sévère.
Rome connaissait le maître que la fortune des armes lui donnait. L'ambition de Sévère ne datait pas de la veille. Enfant, il aimait à faire porter aux enfants, devant lui, des haches et des faisceaux. Il les rangeait à l'entour et les jugeait. D'une éducation assez libérale, il n'avait conservé que le goût de la lecture de l'histoire; et, parmi les histoires, c'était celle des guerres civiles qu'il préférait. Superslilieux, il épousa la Syrienne Julia Domna, parce qu'une prédiction promettait à celle-ci un roi pour époux. Après avoir été avocat du fisc, il se fît soldat et devint le premier général de son temps. Les talents politiques ne lui manquaient pas plus que les lalents militaires. Brave, sobre, infatigable en campagne, il était secret, soigneux, patient et opiniâtre dans les affaires, riiomme de ses noms, dit Spartien, Pertinax et Severus. Il avait quelque chose d'Annibal, auquel il fit élever des statues jusque dans Rome; et la foi punique, chez lui, était accompagnée d'une violence tout africaine. En voyant, à la bataille de Lyon, tomber son adversaire Albinus, il lança son cheval sur lui pour l'achever. La ville de Lyon fut livrée au pillage des soldats pour avoir suivi le parti contraire. Septime Sévère avait jeté le masque; il était maintenant lui-môme.