‹ Les empereurs romains (volume 2)Chapitre 98 sur 122 · L^rror. D?/7c?., capU. Macrin · texte numérisé non relu

L^rror. D?/7c?., capU. Macrin

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et à revêtir un coslume romain pour s'essayer à gouverner. Malheureusement l'enfant avait beaucoup plus de goût pour son ancien état que pour le nouveau, et obéissait moins aux conseils de sa grand'mère qu'à ceux de sa mère Sohemie, véritable Orientale, entachée des superstitions de son pays, et qui croyait que son fils avait été élevé au premier trône de l'univers, pour lui imposer le culte dont il était prêtre.

Héliogabale resta donc fidèle à son ancien costume, à ses anciennes occupations. Pour donner à Rome un avantgoût de son règne, il envoya au sénat son portrait en pied, avec ordre de le suspendre dans la salle des séances, au-dessus de l'autel de la Victoire. Les sénateurs purent le contempler à leur aise. C'était encore un grand enfant, rose et joufflu, la tête ceinte d'une tiare enrichie de pierreries, le tour des yeux peint de vermillon, des colliers à la poitrine, des bracelets aux mains, sur les épaules une dalmatique, avec une longue robe de soie et d'or qui traînait à terre, et des bottes enrichies de pierreries et de couleur carmin, qui remontaient jusqu'à mi-jambe. Tel était le magot oriental que les soldats avaient donné pour empereur au sénat et au peuple romain. Il n'en vint pas moins, sous la protection des épées prétoriennes, imposer réellement à Rome un gouvernement de sérail et une superstition nés au fond de l'Orient.

Les Romains virent avec colère les premières dignités de l'État, selon la mode des souverains d'Asie, prodiguées à des gens de bas étage, méprisés d'ailleurs à cause de leur origine asiatique. La préfecture du prétoire revint à Eusychianus, ancien danseur ; celle des gardes de nuit au cocher Gordius, et celle des vivres au barbier Claudius. Les lieutenances, les gouvernements dans les provinces, les places vacantes au sénat furent distribués à l'avenant. La première fois qu'il présida le sénat, Hélioga-

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baie y fit asseoir sa grand-mère, JuliaMœsa, qui délibéra, dit son avis comme un sénateur, et signa le sénatus-cousulte qui y fut rédigé. Elle arrivait dans un temps où elle pouvait essayer avec plus de succès ce qu'avait prématurément tenté Agrippine. Pour donner un rôle aux femmes dans la vie politique, celte Syrienne, en face des Pères conscrits, composa à Rome une sorte de sénat féminin avec les femmes des plus hauts fonctionnaires de l'Empire, el lui donna pour attributions de faire des lois somptuaires et de trancher des questions d'étiquette applicables à la plus belle et à la plus riche moitié de l'Empire romain. Les Mères consentes rendirent des sénatus-consultes sur les costumes, les joyaux des dames de différentes classes, leurs droits de préséance dans les cérémonies publiques, et Tusage qu'elles pouvaient faire, selon leurs rangs, des chars suspendus ou non suspendus, des mules, des chevaux ou des ânes, sur la voie publique. Le temps était bien loin où le vieux Caton avait gourmande les maris républicains, pour avoir laissé leurs femmes faire une sorte d'émeute sur la place publique contre les lois somptuaires dirigées contre leur luxe naissant.

Les empereurs d'origine romaine, ceux de la famille particulièrement raffinée de César, avaient cru épuiser au service de leurs délicatesses et de leurs débauches lès inventions les plus subtiles, et lasser par leurs caprices la patience de leurs sujets. Ce prêtre imberbe de l'Asie Mineure vint en remontrer aux Césars occidentaux, en fait de molles voluptés ou d'obscènes plaisirs et dans l'exercice de la tyrannie. Ce voluptueux couchait dans des lits d'argent massif, sur du duvet pris sous les ailes des perdrix, et il en changeait souvent; il se faisait traîner sur des coussins moelleux et dans des chars chamarrés d'or et d'argent, attelés d'éléphants, de tigres ap-

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privoisés, et quelquefois de femmes demi-nues. Dans ses banquets à vingt-deux services, et qui ne coûtaient jamais moins que cent mille sesterces, paraissaient chaque jour tous les produits de la création. Il tenait à ce que les bêtes qu'on lui servait conservassent autant que possible, sous leurs apprêts culinaires, leur forme naturelle et leur air vivant, à ce point qu'il ne touchait qu'aux poissons accommodés à une sauce couleur de mer et assez transparente pour les laisser briller dans leur robe d'écailles. Il arrosait le tout d'un vin rose, qu'il avait inventé ou au moins perfectionné. Pendant le repas, des lambris tournants inondaient les convives de fleurs et d'arômes ; et il laissait aux convives qu'il aimait l'argenterie et les coupes dont ils s'étaient servis. Quelquefois, se faisant un jouet de ses parasites, ce gamin de la tyrannie leur servait la représentation en relief ou en tapisserie des mets les plus succulents, les faisait asseoir sur des outres gonflées de vent, qui, en s'affaissant, les faisaient rouler par terre; et alors il lâchait sur eux, pour rire de leur peur, ses lions, ses léopards et ses ours, auxquels il avait fait cependant arracher leurs ongles et leurs dents *.

Ce fut moins un nouveau gouvernement qu'une religion nouvelle que le prêtre asiatique prétendit imposera l'Empire, religion dont la débauche, comme dans les cultes orientaux, était le fond. Son premier soin avait été de faire transporter à Rome, avec grand respect et révérence, son dieu du temple d'Émèse, une pierre noire taillée en cône, en formé d'un rayon du soleil dont elle était l'image. Il lui flt bâtir, prés du palais impérial et dans un des faubourgs de Rome, deux temples, pour promener de l'un à l'autre son dieu, traîné sur un char par six grands chevaux blancs, qu'il conduisait lui-môme à reculons.

i. Lampr. Réliog,, \y 2. Hérod. 4, 5. Dion^ lxxix.

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Les sénateurs, les premiers officiers de TEmpire, en robes traînantes à la phénicienne firent, avec lui, autour du dieu et au son du tambour, les évolutions consacrées; les cohortes prétoriennes accompagnèrent les processions de son dieu à travers la ville. Les magistrats romains, dans les sacrifices publics, durent enfin invoquer d'abord Baal, dont il voulut faire le premier des dieux, et auquel il prétendit subordonner tous les autres.

11 ne faut point trop s'étonner de rencontrer dans un empereur asiatique cette singulière visée. Le monde entier, sectes philosophiques et superstitions païennes, néoplatonisme et gnosticisme, polythéisme de toute origine, romaine, grecque, orientale, au moment où toutes les races se confondaient, étaient comme entravait de Tunité de Dieu, dont tous avaient soif, et dont le christianisme réussissait déjà à organiser secrètement le culte. Le plus étonnant pêle-mêle de mysticité religieuse et de superstitieuses pratiques, de spéculations philosophiques et de rêveries théosophiques, d'exaltation et de magie, de légendes et de fables, y poussait par toutes les voies. Le stoïcisme avait ramené les dieux de l'Olympe à l'idée d'une providence universelle. Maxime de Tyr et le conteur Apulée lui-môme avaient subordonné tous les dieux à un dieu unique, dont les autres n'étaient que les ministres. Apollonius de Tyane ramenait tout le paganisme à une sorte de naturalisme panthéiste, où les dieux n'étaient qiîe les émanations diverses d'un dieu. La gnose^ sortie de l'élaboration alexandrine, de la philosophie grecque et de la théologie juive, rêvait l'être par excellence, (5v, et l'un rb ?v, dont les émanations formaient le monde des démons, intermédiaire entre le monde invisible et le monde visible. Porphyre allait bientôt systématiser tous ces essais de fusion et de confusion théogonique et théosophique, qui suscitaient les plus extravagantes imagina-

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lions et les plus audacieuses tentatives. Rien d'étonnant qu'un prôtre d'Émèse, entouré de théosophes, de prêtres superstitieux, de magiciens, l'imagination toute remplie des plus monstrueux accouplements de doctrine, ait voulu faire servir l'autorité du grand pontife de l'empire romain, et la puissance de l'empereur, à réaliser aussi son unité religieuse, et à imposer au monde un dieu de sa façon, dieu un, et roi de tous les dieux!

On vit, en effet, Héliogabale faire à son dieu Baal une cour de tous les autres dieux. Il transporta, sous le toit du temple qui lui était dédié, jusqu'au feu sacré de Vesta, au bouclier céleste et au palladium de la fortune romaine. Il célébra devant lui tous les mystères, ceux de Cybèle, entourée de ses prêtres mutilés, et ceux de la Vénus syrienne, qu'il représenta lui-même, pleurant avec des cris plaintifs la perte d'Adonis. Un historien païen nous assure qu'il aurait voulu mettre le comble à ce pandaemonium de superstitions en y faisant figurer jusqu'aux cérémonies des Juifs, des Samaritains et des Galiléens. Quel était le but de cette étrange promiscuité religieuse? — la découverte, la création du dieu inconnu que le monde cherchait encore. Le vieux mythe d'Osiris et d'Isis, principe mâle et femelle dont l'union avait produit autrefois, selon la légende orientale, le dieu complet, l'hermaphrodite Horcus, occupait alors les imaginations, comme bien d'autres rêveries superstitieuses encore. Héliogabale crut pouvoir renouveler l'union miraculeuse, et fléterminer, dans la chaude atmosphère de ce pandaemonium, le divin enfantement. Il chercha une épouse à son dieu Baal. Après avoir repoussé la déesse Pallas, comme trop guerrière ou trop sage, il fit choix de la déesse africaine Uranie, en Asie. Astarté, fiancée de mauvais renom en Occident, parce qu'elle avait présidé au temple syrien, où les femmes faisaient sacrifice de leur vertu, mais qui était d'autant

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mieux vue d'un prêtre d'Asie. Les divines noces furent célébrées, non-seulement à Rome, mais dans tout l'Empire. Les provinces envoyèrent à l'envi des présents pour la dot de la divine fiancée; Héliogabale lit faire force sacrifices, immola des victimes humaines, de beaux enfants enlevés à leurs parents, et commanda aux prêtres, aux magiciens et aux sorciers, force incantations et étranges enchantements pour assurer la fécondité du mariage. On attendit le dieu. Le dieu ne vint pas; les divines noces n'aboutirent point. Mais Thiérophante Héliogabale était doublé d'un empereur. Comme quelques-uns de ses prédécesseurs, il était dieu aussi. Après avoir fait et rompu plusieurs mariages, il épousa, au grand scandale des Romains, une vestale enlevée au temple, afin, dit-il, que de l'union du souverain pontife et d'une prêtresse de Vesta, naquît le divin enfant. Dieu impuissant et tourmenté de produire, il se crut bientôt femme, a dame et reine, » prit la quenouille, fila, se fit épiler, barbouiller le visage de fard; enfin, il prit un mari, le Carien Hiéroclès, mari jaloux dont il s'attira les gourmades en feignant Tinconstance pour pousser jusqu'au bout la vérité de son rôle, et qui ne souffrit point de rival, témoin Soticus, qu'il rendit impuissant.

Empereur-reine et homme-femme, Héliogabale ne propagea, dans Rome et dans l'empire, que le culte d'une corruption sans nom. H fit de son palais le temple de sacrifices que la déesse d'Asie seule avait exigés; sous les portiques de sa demeure, les hommes et les femmes de mauvais lieux furent traités par lui de camarades, de compagnons d'armes, de fidèles serviteurs de son culte; ils reçurent des congiaiies comme ses plus fidèles sujets, et le donativum ainsi que ses meilleurs soldats. Le gouvernement des provinces et des villes, enfin, aurait été confié de préférence à ceux qui tenaient les succursales

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privées du culte d'Astarté. Tel est au moins le tableau que les historiens occidentaux, que durent scandaliser les monstrueuses fantaisies de ce prôtre d'Asie, nous présentent de son règne *.

Il est certain que la politique Julia Mœsa comprit bientôt que son fils perdait toute la famille; les prétoriens eux-mêmes s'aperçurent qu'ils avaient fait un mauvais choix. La grand'mère et les soldats se liguèrent contre Héliogabale; ils lui firent adopter d'abord son cousin, le fils de Mammée, qu'on nommait Alexandre Sévère, aussi précoce dans le bien qu'Héliogabale l'était dans le mal. Le prêtre d'Émèse, jaloux du fils adoptif qu'on lui avait imposé au lieu de celui qu'il rêvait, tenla une première fois de s'en défaire. Les prétoriens faillirent lui faire payer de la vie cette tentative; ils ne lui firent grâce qu'après avoir dispersé ses prêtres, ses magiciens, ses bouffons asiatiques, et chassé son mari Hiéroclès. La seconde tentative que fit Héliogabale contre son cousin lui coûta la vie. Lorsque les soldats pénétrèrent dans son palais, pour en finir cette fois, Héliogabale s'enfuit. Depuis longtemps, le jeune voluptueux s'était préparé une belle et riche fin. Sachant que les Césars ne mouraient pas d'ordinaire dans leur lit, il avait une provision de petits poignards dorés, de cordons de soie et de pourpre, de poisons subtils enfermés dans des améthystes et des émeraudes ; enfin, au pied d'une tour, il avait fait disposer une mosaïque incrustée d'or et de pierreries, pour se précipiter sur cette mort opulente. Il n'eut point le courage de choisir : on le trouva dans un ignoble lieu. Les soldais l'y massacrèrent et le traînèrent ensuite par les rues de la ville, jusqu'à un égout où ils voulaient le précipiter; l'ouverture se trouva trop étroite : il fallut al-

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