‹ Les empereurs romainsChapitre 16 sur 73 · Tac.f Atm.f n, 69, 70. ~ Dion^ vm · texte numérisé non relu

Tac.f Atm.f n, 69, 70. ~ Dion^ vm

moigner une Joie qu'il ne ressentait pas. Tibère, dans ces critiques circonstances, observa les règles de la plus correcte conduite. Il s'enferma dans son palais le jour de rentrée des cendres de Germanicus à Rome, laissant son fils Drusus, le sénat et les consuls aller au-devant d'elles. I) permit à Agrippine, à ses partisans^ dans les funérailles, toute liberté pour une douleur qui pouvait choquer ses propres susceptibilités, ses préférences pour Drusus. Il ne consentit ni à feindre publiquement une douleur qu'il ne ressentait pas, ni à dissimuler un sentiment de jalousie trop poignant. Profondément blessé de n'avoir point la popularité, il dédaigna de la conquérir. S'il mit quelques limites aux honneurs et aux regrets que Ton voulait prodiguer au malheureux mort, ce fut par des raisons de bienséance et de dignité qui s'expliquaient, tout en blessant les exigences de la douleur.

Après les funérailles, les soins de la vengeance. Quatre accusateurs: Fulcinius Tiro, Vitellius et d'autres alors bien connus se levèrent contre Pison; ils le dénoncèrent pour avoir désobéi à son général, repris son commandement à main armée, et commis peut-être un crime. Les deux parties demandèrent d'aborJ Tibère pour juge. Elles avaient également confiance en lui. Tibèie, après avoir hésité, entendu même lus témoins comme juge d'instruction, laissa le sénat arbitre de ce grand procès. Il s'occupa seulement d'assurer à l'accusation, à la défense, la plus large liberté, ne se laissant approcher par aucun des intéressés. Il s'était senti blessé peut-être par un deuil étalé comme une br-avade, mais il ne pouvait aimer dans Pison la désobéissance et la révolte. Si Pison était criminel, Tibère ne devait pas lui pardonner un crime qui le jetait dans un si grand embarras, c Pères conscrits, dit l'empereur, recherchez la vérité jusque dans ses plus petits détails; vengez les enfants de Germanicus de la

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perte d*un père, moi de celle d'un Als; ou faites justice d'accusations dont le zèle est peut-être trop ardent. Que les accusateurs, les accusés aient libre carric^re ; vous, conservez une âme impartiale, ne tenez compte des larmes de personne, pas môme des nôtres, ni de ce que la calomnie peut inventer contre nous. • Les accusateurs eurent en effet libre carrière, et l'un d'eux, Fulcinius Tiro, dépassa toute mesure. Pison se défendit lui-même, non sans habileté. Pour Tibère^ modèle rigoureusement exact mais terrible du juge, au milieu même des cris du peuple qui menaçait du dehors de se faire justice, il demeura tout le temps du procès impassible, impénétrable, sans qu'aucun des regards fixés sur son visage pût surprendre le moindre sentiment de pitié ou de colère, fait pour dicter l'arrêt. C'est ce qui donna à comprendre à Pison , abandonné d'ailleurs par sa femme Piancine, qu'il était perdu, li écrivit à Tibère pour lui recommander ses enfants ; et le lendemain on le trouva mort, son épée à côté de lui. Les désobéissances, les intrigues, la révolte de Pison n'étaient que trop prouvées. Son ciime ne le fut pas. L'accusation fut réduite à soutenir que Germanicus avait péri victime de malétices ou d'un poison à lui versé par Pison, dans sa propre maison, en pleine table, devant les convives'. La mort de Germanicus a été sinon le premier crime au moins le premier malheur de Tibère. Jusque-là l'empereur avait dédaigné la popularité, si capricieuse en effet h Rome dans ses amours et dans ses haines. Du jour où .on lui prêta un crime, il la délesta, et commença à éprouverdu dégoût pour ces affaires politiques auxquelles il s'était livré avec tant de passion. Ce fut alors qu'iElius

1. Tac.y Afm., m, 16. Beaucoup d'historiens prêtent à Pison le meurtre de Germanicus et à Tibère celui de Pison. Tacite n^affirme rien. M. Merivale, /. c, et M. Duruy, de Tibevio imperatore, thèse pour le doctorat, penchent pour la négative.

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Séjan commença à paraître. Tibère, qui vieillissait, s'était déchargé sur lui du soin des affaires militaires, en le nommant préfet du préloire. L'iiuraililé de la naissance de ce favori, la médiocrité môme de ses talents semblaient autoriser l'empereur à ne le point craindre. Tibère frayait maintenant, mais avec une lente prudence, à son fils Drusus la voie au pouvoir. H l'avait déji revêtu du consulat ; il lui avait fait conférer par le sénat une part de la puissance tribuniiienne. Comment le fils d'un chevalier, Séjan, simple préfet du prétoire, oserait-il entrer en compétition avec le fils de Tibère, revêtu des premières charges de l'État? Tibère laissa Séjan réunir les cohortes prétoriennes, jusiiuc-là dispersées, près de Rome, sous sa main, dans un camp monumental dont les portes étaient tournées contre la ville, comme si là était l'ennemi. Séjan ne travaillait-il pas ainsi pour l'empire? Bientôt le favori, par l'étalage de son dévouement, étendit ses attributions. Point d'honneurs, point de charges civiles qui ne fussent données par ses mains! Son busto, sa statue se dressèrent au Forum et au théâtre*. Séjan était le second dans l'empire. Cela ne lui suffît point. Quoi de plus naturel? celui qui commandait la force armée à Rome ne devait-il pas être tenlé de saisir le pouvoir que les armées donnaient? Les soldats ne connaissaient plus guère que Séjan. Dans une monarchie régulière l'idée ne vient pas au plus brillant général de détrôner dans le monarque toute une dynastie. Ici c'était bien différent. Cet empire néanmoins, ces armées semblaient déjà la propriété d'une famille, transmissiblecommeun bien personnel. Il fallait donc se glisser dans cette famille, en faire disparaître et en supplanter l'héritier, Drusus. Séjan séduisit la femme de Drusus, Livilla, petite-fille d'Auguste, et chercha d'un premier

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