‹ Les empereurs romainsChapitre 22 sur 73 · ap. J. a · texte numérisé non relu

ap. J. a

Xje règne des afTranohis et des femmesl.

C'est un des caractères des monarques absolus de tom* ber souvent sous la domination de petites gens méprisa» blés ou méprisés, ou sous l'empire de femmes qui rencon<* trent dans les plus mauvaises passions le secret de leur puissance. Les eunuques et les sultanes ont été le fléau de l'empire ottoman. L'empire romain n'a point échappé à un péril de ce genre. Ces souverains de fait, ne pouvant, ou ne voulaiU pieudro soil parmi les nohk^s, soit

de là des événements, des crimes du foyer domestiqua élevés à la hauteur de révolutions politiques. Mêliez à Rome, dans ces conditions de pouvoir, un homme non pas sot, mais seulement faible, vous aurez sous Claude le gouvernement des affranchis et des femmes.

Le meurtre imprévu de Caligula exposait Tœuvre d'Auguste à une crise dangereuse. Dans le premier momeit de leur fureur, les soldats de l'empereur, Geimains pour la plupart, s'étaient jetés sur les premiers sénateurs qui leur étaient tombés sous la main. Rentrés dans le théâtre en agitant ces télés sanglantes, ils menaçaient de faire un exemple terrible sur la foule inoffensive, atlerrée, qui se prosternait à leurs pieds. Heureusement, quand soldats et peuple étaient encore incertains sur le sort de Caligula, la VOIX forte d'un héraut vêtu de deuil retentit tout à coup au milieu d*un silence plein d'effjoi : t II n'est que trop vrai, dit-il; nous avons eu la douleur de perdre Caïus. » Les chefs des pi éloriens profitèrent habilement de la stupeur dans laquelle celte nouvelle jeta les soldats euxmêmes, pour les arracher au théâtre et leur persuader qu'au lieu de venger l'empereur, il valait mieux songer à sauver l'empire.

C'était l'affaire du moment. Allaît-on rétablir de fait la république, qui n'avait jamais cessé de nom? allaiton continuer l'empire; si l'on prenait ce dernier parti, le plus probable, qui choisirait l'empereur? Le sénat, rassemblé en toute hâte, sur la proposition des deux consuls, dans le temple de Jupiter Capitolin, lieu tout plein de souvenirs républicains, délibérait, c Je voudrais, disait Asialicus, que Caligula eût péri de cette main. § Chéréas recevait des consuls pour mot d'ordre celui de libertéf SentiUs Saturninus, au milieu de la noble assemblée, parla longtemps et éloquemment des vices du gouvernement impérial, des ^yanta^fes du jjouveinemeiit républicain.

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Mais'un de ses collègues remarqua qu'il portait encore au doigt, enchâssée dans un anneau, l'image de Caïus; il la lui fit briser, pour que ses paroles ne jurassent point avec sa livrée. Quelques autres sénateurs demandèrent le maintien de Tempire, pourvu qu'on choisît bien; et Minutianus et Asialicus, entre autres, ne trouvèrent point de meilleure candidature à p-oposer que la leur. On délibéra ainsi tout le reste du jour et une parlie de la nuit*.

Dans le camp des prétoriens on agit. Un soldat, en parcourant le palais impérial avec quelques camarades, pour chercher peut-être l'assassin de son maître, avait aperçu sous une tapisserie les pieds d'un homme blotti qui se cachait. Il avait levé la portière; Thomme s'était jeté à genoux, demandant grâce. C'était un petit-fils de Livie, Claude, fils de Drusus, le frère de Tibère, oncle de Caligula, personnage jusqu'alors méprisé comme incapable ou bafoué comme un sot. Le soldat avait proclamé César ce tiembleur: et, avec quelques autres, l'avait emporté plus mort que vif dans une litière au camp des prétoriens. Ceux-ci avaient besoin d'un empereur, ils prirent celui qu'on leur apportait. Le sénat envoya vaincnuînt sommer le nouvel élu de ne point violenter la république. Claude fit répondre naïvement aux sénateurs qu'il était violenté lui-môme; puis, la nuit, rassuré par le roi des Juifs, Agrippa, Thôle des empereurs, qui celte fois sut presque en créer un, il s'assura des légions par un don de lf),000 sesterces par soldat; premier exemple du donaitrum désormais délivré à chaque avènement.

Le lendemain matin, Claude, à la tète des soldats prétoriens, entra comme un vainqueur dans la ville et alla prendre possession du palais impérial. Le sénat délibérait

i. Snel. Caiig»^ 60. — Dion, ix, 1. — Joseph, Anf, Jud,^ xix, 2.

encore, mais beaucoup moins nombreux. La plupart do ses membres avaient passé pendant la nuit, au risijue de quelques mauvais traitements, dans le camp des prétoriens, ou bien étaient rentrés chez eux. Chéréas répondait au peuple, à quelques soldais assemblés aux portes pour demander un empereur : t Envoyez-moi un ordre du cocher Eutychius.» Minutianus, Asiaticus, pour contrebalancer les républicains, maintenai(înt leur candidature à l'empire. Le sénat, partage, ne décidait rien. Cependant, la garde urbaine, qui avait d'abord hésité, passa du côté des prétoriens et alla aussi acclamer au palais impérial Claude, qui fit saisir Chéréas au milieu de son sénat et renvoya au supplice. Celui-ci mourut en soldat, demandant à être frappé de Tépée qui avait tué Caligula; et le nouvel empereur fut reconnu sans plus de dittîcuité. Claude, élevé si inopinément à l'empire, avait disputé d'abord à de douloureuses maladies la santé de son corps et de son esprit, puis sa vie même aux soupçons de Tibère et aux folies de Caligula. Mal né et maladif, il était traité, par sa grand'mère Livie, d'avorton, et par Antonia, sa mère, de slupide. Il se développa tard et gauchement; on le laissa plus longtemps que d'ordinaire entre les mains des maîtres et des pédagogues. Auguste et Livie, ses grands parents, si riches de leur lignée directe et indirecte, ne savaient trop que faire de lui. Fallait-il le montrer ou le cacher, lui faire parcourir, comme aux autres enfants impériaux, la carrière des honneurs ou le condamner à la vie privée? Le jeune Claude était en effet fort disgracieux de corps Jl bégayait en parlant, ses membres et sa tète étaient mal attachés au tronc, il avait un sot rire, quoique sa figure ne fût pas sans quelque beauté. Il portait des traces évidentes des maladies de sa jeunesse. L'intelligence ne lui manquait pas, quoiqu'il lût singulièrement distrait, absent quelquefois, et que l'origina-

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lilù (lo son esprit oui presque toujours, coniuie sa per sonne, un gioie<(|ue ciMù. Il n^ussissait parliculièremenl <lans les k'ilres, qui étaient cliôres à Auguste; il parlait à volonté et élé{j:ainmen! le grec el le latin. Un jour qu'il déclama une composition tic sa façon, Auguste s'écria que (llauJe, lorsque son esprit n'était point ailleurs, décelait la noblesse de son origine. Élève du grand Tite- Live, le petil-tils de Livie s'essaya h écrire l'Iiisloire des derniers temps de la république, et il le fit d'une façon si libérale, que Livie l'arrêta el le renvoya pour exercice à l'Iiisloire des Carthaginois et des Étrusques, qu'il écrivit en grec. En somme Claude ne paraissait rien faire adroitement; Auguste ne le trouva bon qu'à devenir un augure. Sous Tibère, piqué d'ambition, Claude demanda le eoiisul.it, et reçut de l'empereur 40,000 sesterces pour pnsseï les saturnales. Il se le tint pour dit, et se relira au fond d'une maison de campagne, où il se consola entre les lettres, les dés, la gourmandise et la crapule. Caligula, plus respectueux pour son oncle, partagea d'abord avec lui le consulat; mais bientAl il le prit pour but de ses folies les plus bouffonnes. Claude venail-il trop lard.

blesse quand il était assis, le corps et le visage au repos. Hais s'il se levait, il traînait la jambe droite; s'il voulait parler, pour rire, il grimaçait, détonnait; pour se fâ* cher, il tremblait de la main droite, hociiait de la tôle, balbutiait, bavait, écumait, bredouillait des an éis de mort au besoin... Dans de rares occasions, quand il était calme ou qu'il obéissait à une grande ou heureuse pensée, il savait parler comme il faut, et môme éloquemment^

Le pelitofils de Livie, n(^gli;j:é par Auguste, relégué par Tibère, bafoué par Caligula, fut au commencement de son régne ce'ui qui joua le mieux le rôle d'Auguste. Il sut réparer quelques brèches déjà faites à Tédilict^ du maître par les cruautés du premier de ses successeurs et les folies du second. Ses commencements furent heureux et dignes. Après Texemple de la mort de Cliéréas, une amnistie fut proclamée pour tout ce qui s'était passé pen« dant la dernière journée du règne (recèdent et la pre« miére du nouveau^. A tous ses parents morts, dont il n'avait guère à se louer, à Tibère lui-môme, Claude décerna de nouveaux honneurs. Les statues de Caligula furent renversées, mais ses funérailles décemment célébrées; et le jour de sa mort ne fut pas mis au nombre des jours heureux. Pour lui, Claude ne voulut point d'honneurs, pas môme le titre d'imperator.

L'exemple d'Auguste était toujours devant les yeux du nouvel empereur. Cl lude s'attachait^ l'imiter, à le suivre, en vrai savant et archéologue qu'il était; mais il metiait quel'iuefois dans l'imitation une sorte de hardiesse, d'originalité et môme de grandeur qui tenaient évidemment de l'étude qu'il avait faite aussi de César. Il vécut au fond de son palais en simple particulier, avec un tiain mode^to

1. Suet., CL, 8, 30. — Dion, lx, î. — Juvénal, ti, 620. S. Suet. CL, II.

pour sa personne, excepté quand il était à table; il célébrait en famile ses événemenls de famille, naissances ou mariages. Le sénat fut Tobjet particulier de ses attentions et de ses rcspucts. Cette noble assemblée, sur laquelle il promit dés le premier jour de s'appuyer*, fournit comme au temps d'Auguste un conseil privé à l'empereur, fut consultée dans toutes les occasions imporlantes, et rentra en possession des deux provinces d'Achaïe et de Macédoine d'^nt elle avait été privée. Au sénat, Claude s'asseyait sur un siège de tribun entre les deux consuls; il ne négligea jamais de témoigner aux magistrats en exercice autant de déférence que tous les aulres citoyens. Cependant il acheva souvent de dépouiller le sénat et ses magistrats de leur antique puissance, pour la faire passer entre les mains des agents, des servileui^s discrets du vrai gouvernement qu'Auguste avait substitué à Rome et dans les provinces à l'ancien. Le sénat, à l'occasion de la Grande-Bretagne, ne déclara plus la guerre, ne ratifia plus les traités de paix; il ne jugea guère que les rois alliés ou les sujets des Romains. Si les sénn leurs ne prêtèrent plus individuellement serment, ils ne sorlirent plus d'Italie sans la permission impériale. Les simples procurateurs et lieutenants des empereurs dans les provinces, chevalici's ou même alTrancIiis, obtinrent, par un sénatus-consulte,de partager avec les magistrats en titre de vraies attributions administratives et judiciaires.. Leurs jugements furent valables et leurs volontés eurent force de loi.

L'entretien et les plaisirs du peuple étaient une des plus importantes préoccupations impériales; et les prodigalités de Calus ne les avaient pas amoindries. Rien ne fut négligé sous Claude pour mettre à l'abri des

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