NERVA
riens revendiquaicnl dans le sang leur règne, qu'ils croyaient menacé. Cette violence faisait déjà craindre le retour do ce qu'on avait vu. Nerva, vieillard débile, comprit qu'il fallait confier sa lâche à des épaules plus jeunes et plus viriles; et Teinpire lui fut redevable du plus grand service qu'il pût lui rendre.
Dans le temple de Jupiter, au Capitole, et auK pieds de la stalue du dieu^ en présence du sénat et des chevaliers, Nerva adopta pour lils et associa solennellement à la puissance Iribunitienne et impératoriale Marcus Ulpius Trajan, alors commandant de l'armée du Rhin ^ Désireux, comme Galba, de donner l'empire à celui qui en était le plus digne, il choisit hors de sa famille ; plus heureux ou plus habile que lui, il mit la main non-seulement sur un citoyen honnête, mais sur le plus résolu des gêné* raux de l'empire. Le nom de Trajan et les légions qu'il avait derrière lui suflSrent, en effet, à apaiser la révolle prétorienne; les chefs des mutins, mandés sur le Rhin, partirent, furent cassés ou punis, sans résistance de la part de leurs soldats. L'armée servit une première fois à contenir l'armée. Â l'étonnement de tous, un patricien, un consulaire, un général triomphant, chef d'une
THAJAiN. SOI^
Trajan.
Né à Italica, dans celle Espagne qui avait déjà renouvelé, rajeuni, grâce aux Sénèque^ aux Lucain, aux Quintiiien, aux Martial, la littérature épuisée de Rome, Marcus Ulpius Trajan vint retremper le pouvoir impérial déjà en décadence, mais avec plus de grandeur et de succèsl Fils d'un soldat, il avait appris à commander en gravissant honorablement tous les grades de Tarmée; envoyé tantôt comme général, tantôt comme gouverneur, du Tage à TEuphrate, de TEuphrale au Rhin et au Danut)e, il avait pu mesurer l'étendue, souder la profondeur des besoins de l'empire qu'il avait maintenant à gouverner. Homme de commandement et de guerre, Trajan, une fois arrivé au pouvoir, donna l'exemple d'effacer le général pour laisser paraître surtout le magistrat, et aima mieux ee parer de sa toge que montrer son épée. Il sut en elTet persuader l'obéissance plutôt que l'imposer; s*il plaça bien haut les travaux de la guerre^ il estima davantage ceux de la paix. 11 fut conquérant; il recula les frontières de l'empire, mais pour venger la honte de défaites précédentes et pour occuper les soldats. A la gloire de conquérir il préféra celle de bien gouverner. Aux titres de Germanicus, Dadcus, Parthi* eus 9 frappés sur ses médailles en souvenir de ses victoires, il préféra celui i*0ptimu8^ décerné par le sénat *. C'est le caractère qui éclate dés les premiers actes et pendant toute la durée du régne de Trajan.
Les Romains n'oublièrent jamais comment cet empereur entra à Rome et prit possession du pouvoir. Il ne vint point
i. PliD.9 Pan,y Ep,, % Jam quid tam civile, tam senatorium quam iUud a nobis additum Optimi cognomen.
tRAJAN.
comme triompher de la république, sur un char attelé de chevaux blancs, ou insulter aux citoyens en se faisant porter à dos d'hommes au-dessus de leurs têtes. On n'en admira que davantage sa haute et avantageuse stature, son heureuse physionomie* dont une chevelure prématu-* rément blanchie relevait encore la mâle et douce beauté. Selon les rangs, il embrassa, salua ou nomma les citoyens qui venaient au-devant de lui. Les sénateurs, les chevaliers, non les soldats, lui firent escorte. Il monta au Capi-* tôle, et l'air retentit d'acclamations quand il remercia les dieux de lui avoir donné Tenipire, pourvu qu'il « gouvernât toujoui'S dans l'intérêt de la république et pour le plus grand bien de tous. » Cette formule, il exigea que tous les ans on l'ajoutât aux prières adressées aux dieux pour la conservation de ses jours et de son pouvoir; et ce ne furent point de vaines paroles. En remettant à Sura la préfecture du prétoire, cette magistrature si redoutable pour les empereurs : • Je le donne cetie épée, lui dit Trajan , afin que tu t'en serves pour moi si je fais bien, contre moi si je fais mal. » On admira également la femme de Trajan, Plotine, quand il la conduisit, comme un simple pai'liculier, an pnlais impf^nnl : « Telle J'entre in, dil-
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bord rassurer les citoyens, leur rendre un courage, une confiance qu'ils avnient perdus. Les débris de pouvoir, d'influence qui avaient été laissés par Auguste au sénat et aux magistratures, n'avaient été le plus souvent sous ses successeurs qu'un leurre, etpresrjue un piège odieux. On avait payé de sa vie la sottise de s'y être laissé prendre. Après avoir été trompf^s par tes heureux commencements des règnes de Tibère, de Néron, de Domilien, les hommes de naissance, de talent ou de vertu avaient pris le parti prudent de fuir la vie publique cl les magistratures. Agricola, entre plusieurs autres, après son rappel de Bretagne, refusa le gouvernement d'une province qui lui revenait de droit. Sous Nerva, on regarda comme un fait extraordinaire, inouï, que Virginius Rufus, excellent citoyen et général habile, qui avait refusé l'empire après avoir vaincu Vindex, et qui en était digne, eût atteint une vieillesse de quatre-vingt-trois ans et joui d'une mort naturelle au milieu de règnes si funestes à tant de citoyens plus obscurs. La première tâche de Trajan fut de rassurer les courages abattus et d'enseigner de nouveau aux Romains la liberté qu'ils avaient désapprise. Il s'y appliqua dès le premier jour en frayant familièrement avec les sénateurs, avec les gens de lettres, avec les philosophes même, dont il ne craignit pas la présence et dont il aima la compagnie. Ce dessein se voit clairement dans le célèbre panégyrique fait par Pline après trois ans seulement de règne, et que l'éloquent rhéteur eût pu signer encore à la mort de celui qui l'inspira.
On voulut combler Trajan, dès son entrée à Rome, de titres, d'honneurs, que la crainte ou la flatterie avait prodigués à ses prédécesseurs; il les refusa presque tous. Il ajourna même, pour le temps où il l'aurait mérité, le nom de t Père de la patrie, » auquel il tenait le plus. Il ne fut pas le premier à agir ainsi, comme le dit Pline;
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Tibi^re, Nèron^VespasieD, en avaient fait autant. Mais lorsqu'il l'eut accepté, il continua à le mériter. Trajan eut son but en refusant particulièrement le consulat deux années de suite, pour le laisser à d'autres; il voulait donner l'exemple, abandonné depuis longtemps par les empereurs, de le solliciter lui-même du sénat. Après l'avoir reou des sénateurs comme de collègaes, il s'en alla, re- \iMu de la robe blanche des candidats, prendre au milieu du Forum, sur l'ancien théâtre de la liberté romaine, cette dignité que ses p**édécesseurs attendaient au fond de hnir palais. Là, debout, devant le consul en exercice, qui était assis sur sa chaise curule, il dévoua sa tète et sa mni^^on aux dieux s'il commettait une action contraire aux lois. On comprendra l'étonnementde Pline en se rappelant que les premiers empereurs s'étaient fait dispenser d'un certain nombre de lois ; que, le plus souvent, ils s'élevaient eux-mêmes au-dessus d'elles, et que bientôt les jurisconsultes allaient les mettre toutes à leurs pieds. « Ai-je bien vu, dit Pline, ai-jc bien entendu? Quoi, cVst un empereur, un césar, un grand pontife, qui jure do ne point trahir sa foi? parole pour la première fois entpn*lik\ h\\ înoul! le prince ne>\ pns au-dessus Jes loUî
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mière fois qu'elles furent dites avec Un aôcént qui inspira la confiance. Les sénateurs, depuis longtemps, ne s'assemblaient plus guère que pour rivaliser de flatteries^ voter des actions de grâces^ des statues, ou bien pour entendre, constitués en tribunal, dérouler contre l'un d'eux quelque effrayante accusation de lèse-majesté, et partager, sous le coup de la terreur, avec le souverain l'odieuse responsabilité du sang versé. La première preuve de liberté que donnèrent les sénateurs, sous Trajan, ce fut leur franche obéissance, c Tu veux que nous soyons libres. César, » purent-ils dire aussi, mais avec un accent qui sentait encore la servitude de la veille, c nous lèse-* rons; tu veux que nous fassions connaître nos pensées, nous le ferons. » En effet, devant Trajan, on délibéra; chacun eut son opinion, la soutint et la défendit môme contre celle de César. Il en sortit d'excellentes lois qui furent un bienfait pour ce temps.
Trajan confirma en une fois^ comme avait fait Titus, sans qu'on eût besoin de recourir à lui, les privilèges et bienfaits qui avaient été conférés par ses prédécesseurs. Il remit les tributs arriérés et l'or coronaire*. L'abus de la loi de lèse-majesté avait encore causé récemment bien des désastres. Sans l'abolir entièrement, Trajan en restreignit et en surveilla l'exercice. Il eut soin» comme dit Pline, que l'État ne fût pas détruit par les lois qui devaient le conserver. Les délateurs coupables furent exposés sur le forum, exilés et virent leurs biens confisqués. Trajan leur rendit ce qu'ils avaient fait aux autres:
Et delator habel, quod dabat, exilium.
(Mabt.)
Il adoucit seulement la peine de ceux qui vinrent d'eux*