‹ Les empereurs romainsChapitre 40 sur 73 · Suet., TU. 7. — Plin., Ep. x, 68. Pan · texte numérisé non relu

Suet., TU. 7. — Plin., Ep. x, 68. Pan

TRAJAN

villes (ritalie *. Ce fut im acte.sans aucun doute généreux et moral ; car ces enfants couraient tout au moins le risque d'être abandonnés, et ils étaient en si grand nombre qu'on pouvait en former des colonies entières. Mais nous ne .-aurions, pour en louer Trajan, ajouter avec Pline: « Les pauvres n'ont qu'un motif d'élever des enfants : la bonlé du prince; s'il n'entretient d'une main libérale, s'il n'adopte ceux qui sont nés sur la foi de son humanité^ c'en est fait de la République, c'en est fait de l'Empire. Élevés aux frais de l'État, c«ux-ci n'en défendront que mieux TÉtat qui les nourrit. » Sous la République, les plébéiens ne demandaient pas du pain, mais des terres, pour y chercher dans le travail la nourriture de leur famille. En leur faisant acheter difficilement ces terres du plus pur de leur sang, la République ht avec son peuple du Forum la conquête du monde; en nourrissant généreusement son peuple de l'amphithéâtre, l'Empire la perdit.

Bien plus éclairées et plus justes furent les mesures qui ramenèrent un peu de culture en Italie et assurèrent les provinces contre le danger de trouver dans leur prospéi'ité même un embarras ou une cause de spoliation.

TRAJAN. 218

les petites successions et pour les plus proches degrés de parenté; les douane^^, entre les différentes provinces, et les octrois dans les ports, ramenés à des proportions raisonnables; les employés sévèrement surveillés; l'habitude prise par le fisc de payer réellement ce qu'il achetait aux provinciaux; une loi enfin sur les fausses mesures [de stateris adulterinis)^ favorisèrent les relations commerciales, empêchèrent l'agiolage et l'usure, et, ainsi, augmenlèrent les revenus mômes de TÉlat. L'abondance devint sous Trajan comme une largesse perpétuelle du règne. L'économie politique est vieille comme le bon sens; mais le bon sens ne régne pas toujours.

Il faudrait avoir vu ce dont Pline avait été témoin, pour trouver le courage de louer tout ce qu'il loue quelquefois sous Trajan. Quel éloge, de dire : la maison de l'empereur cf^t moins grande que son empire ; ou encore, les citoyens sont sûrs de garder ce qu'ils possèdent et les enfants certains d'hériter de leur père ! Pline consacre les plus subtiles ressources de sa rhétorique à louer Trajan de prendre place au tribunal pour juger réellement et non pour enrichir le fisc. « La bonté de la cause, et non la richesse des parties, dictèrent désormais, dit-il, les arrêts dans les causes civiles. On ne craignit plus d'avoir-, dans une riche villa, le crime qui vous amenait sur le banc des accusés. La basilique romaine ne fut plus un hôtel des monnaies; le trésor public et le trésor privé, un antre où l'on dépouillait les citoyens, et le réceptacle de cruelles rapines. » L'empereur et l'Étal, en matière de yropriélé, ne furent plus en effet au-dessus des lois et n'eurent pas toujours raison. On put plaider, choisir ses juges contre le trésor public et contre ses agents, pour défendre ses droits, et môme contre le trésor particulier, la ' jliste civile du prince. « L'État et les particuliers, le pouvoir et la liberté,» s'écrie Pline avec étonnement, « ressor-

Page 1