‹ Les empereurs romainsChapitre 44 sur 73 · Jul. Cap., Marc-Aur., 42, 4 G. — Verus · texte numérisé non relu

Jul. Cap., Marc-Aur., 42, 4 G. — Verus

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vue tous les sept jours, avec armes, vêtements, bollines, el rudement exercés. Leur impitoyable général faisait mettre les soldats en croix sur le lieu môme où ils avaient méfait. Cruauté bien inutile! il en attacha plusieurs à un mât haut de cent pieds et alluma dessous un bûcher pour les faire périr les uns après les autres par les llammes, la fumée, la peur. Intrépide, du reste, au milieu d'une révolte de ses soldats qu'il traitait si duremenl, il se jeta un jour nu au-devant des mutins, avec ces mots : t Frappez-moi, si vous l'osez, et ajoutez ce crime au renversement de la discipline. • Marc-Aurèle l'avait chargé de vaincre les Parthes et les Arméniens; Cassius les vainquit. Mais ce soldat avait des prétentions à la politique; c'était un hardi frondeur du gouvernement, grand admirateur du temps passé et contempteur du temps présent. Soit amour vrai de la liberté, soit hypocrisie d'amhilion et moyen de parvenir, il parlait du rétablissement de la république, et de la vengeance de la bonne cause vaincue avec Brutus et Cassius. Il ne trouvait pas que Marc-Aurèle fît assez pour le temps présent et lui reprochait l'indulgence qu'il montrait pour quelques gouverneurs, t Oùestl'ancien Cassius dont je porte inutilement

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Verus à son collègue, qu'il convienne à yolre sûreté et I ceile de vos eofants, de laisser à la têle des armOes un lomme co:nme Cassius,que les soldats écoutent et voient .rès-volonliers à leur tôic. i — a Si les dieux ne deslilenl pas l'Empire à Cassius, répondit Marc-Âurèle, il rouvera sa perte dans ses entreprises mômes ; s'il mente mieux l'Empire que mes enfants, que mes enfants périssent donc ; Tintérôt de l'État doit passer avant leur ntérét. i C'était la doctrine de Marc-Âurële ; il puisait M fermeté et sa patience dans la confiance môme qu'il ivait en la sagesse et en la justice de la Providence. ■ Tout ce qui arrive, dit-il dans ses Pensées, arrive justement. C'est ce que tu reconnafiras si tu observes attentivement les choses. Je ne dis pas seulement qu'il y a un ordre de succession marqué, mais^que tout suit la loi de la justice et dénote un élre qui distribue les choses selon les mérites. Continue donc, comme tu as commencé, h être homme de bien ; que ce soit la règle constante de toutes tes actions. • La gloire dont se couvrit Cassius contre les Parthes fut loin de rendre ce général plus mesuré dans ses paroles* t Je mériterai le-nom de Catilina, disait-il, quand j'aurai délivré le monde de ce dialogiste. » Eût-il fait mieux que Marc-Aurèle? Il est permis d'en douter. Epicurien couvert du masque du stoïiisme ou stoïcien endurci de la vieille école, il est à croire qu'il eût été seulement plus rigide et plus cruel. C'est tout ce qu'il semblait promettre ; et la société romaine avait déjà éprouvé ce qu'elle pouvait attendre, en fait d'améliorations, de la rigueur et de la cruauté.

Ce fut sur les bords du Danube que Marc-Àurèle apprit tout 5 coup que l'armée d'Orient avait proclamé Avidius Cassius empereur, et que les villes d'Antioclie, d'Alexandrie, et pnsque tout l'Orient l'avaient reconnu. On a :jccus6 l'impératrice Faustine, qui paraît toujours, à

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Il cour do pias Yertneux des empereurs, le centre d'intrigues secrètes, d'avoir tenté de se ménager un nou- Yeau règne en offrant sa main à Cassius, dans Tinquiétade où l'entretenait la manyaise santé de son mari. Ce fat snr le faax brait, répanda peut-être par le hasard, peul-^tre par lui-même, de la mort de l'empereor, qu'A- TidiasCassius se déclara. L'égalité d'âme et la confiance de Marc-Aurèle ne l'abandonnèrent point, c Venez à Albanum, écririt-il à Faustine, pour que nous délibérions, avec Taide des dieux et sans crainte, sur le parti qa'ilfant prendre. > Pais il rassembla ses soldats d'Occident : < Si Cassias y avait conseoti, leur dit-il. j'aurais fait le sénat, le peuple et tous, juges de notre querelle; il a commenci la guerre ; marchons contre lui, avec l'aide des dieni, pour lui montrer cdmbien il a été ingrat envers nous, en lui pardonnant, après l'avoir vaincu. > Harc-Auréle n'eut pas besoin d'arriver pour étouffer la guerre; la nouvelle de la mort de Cassius, tué au milieu de son armée par un centurion , Tint le surprendre aussi brusquement que celle de sa révolte. Elle ne lui donna pas plus de joie que la première ne lui avait donné de crainte, c Notre conduite et le respect que nous professons pour les dieux,

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enfants; si Ton rrait sniri mon conseil, CaftMns Tirrait encore; les dieax nous protègent, notre piélé les touche. » C'est peu Bpar nous aujoard'hnî qu'une clémence qui épargne les parents des coupables ; c'était beaucoup, alors que les fils payaient pour leurs pères, les femmes pour leurs maris. Mais Marc-Aurële avait là-dessus des sentiments en ayance de son temps, c Ce n'est pas un grand effort» » dit-il dans la lettre qu'il écrit au sénat, c de pardonner aux enfants et aux femmes de ceux que la mort a frappés. » H sut, en cela, anticiper sur une loi célèbre d'Alexandre Sévère, qui punit cependant encore les parents des coupables de la confiscalion des biens. Harc-Aurèle écrivit au sénat, non-seulement pour assu* rer aux parents de Cassius la vie, la liberté, la possession d'une partie de leurs biens, mais pour obtenir que nul sénateur, complice de la révolte, ne pértt, et qu'on diminuât la peine méritée par tous les coupables. Il voulait assurer « à son règne cette gloire qu'il ne mourût sous lui que les rebelles qui avaient succombé dans la guerre. » En Orient, il ne punit Aniioche, la plus coupable des villes envers lui, qu'en la privant de jeux et de spectacles. En parcourant l'Asie avec son mari pour apaiser les provinces, Faustine mourut, peut-être de crainte d'être découverte ou de honte de ce qu'elle avait essayé. Marc-Aurèle avait fait brûler cependant toutes les lettres et papiers de Cassius. Après la mort de Faustine, il fit son oraison funèbre sur ce qu'il y avait à louer en elle^ proclama son apothéose et éleva en son nom un temple qui fut un chef-d'œuvre, pour honorer au moins en elle l'impératrice. L'empereur confirmait la doctrine du philosophe : c C'est le propre de l'homme, dit-il, d'aimer ceux qui nous offensent. On en arrive là lorsqu'on réfléchit que les hommes sont nés proches; que c'est par ignorance, malgré eux, qu'ils

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pèchent, et que bientôt nous mourrons les uns et les

aulnes*. »

Comment ne pas s*élonner maintenant que celai qui pratiquait si bien sur le trône le pardon des offenses ait, je ne dirai point persécuté les clirétiens, il n'y a de lui aucun ëdit de persécution, mais laissé continuer contre eux, sinon à Rome, au moins au fond de quelques provinces^ les exécutions que la haine populaire arrachait à la lûclieté des gouverneurs. C'est une contradiction que rélat moral de l'époque et la situation parlicaliëre de l'empereur peuvent seules expliquer.

Il y avait alors dans l'empire une singulière effervescence morale. Philosophes, apôtres, stoïciens, chrétiens, magiciens, sorciers, théosophes, kabbalistes, en Orient surtout, se disputaient les âmes dans un étrange pêlemêle où il était souvent difficile de distinguer l'ivraie du bon grain, l'or pur de l'alliage. Ceux-là même que des tendances morales au moins semblaient rapprocher, comme les stoïciens et les chrétiens, se disputaient par jalousie de secte et de propagande. Les chrétiens accusaient les philosophes de caresser l'Empire; les philosophes accusaient les chrétiens de lui êire hostiles. Au

même où se fondaient partout les églises de Jésus. Il n'y avait pas longtemps que Lucien avait sifflé Pérégrin qui, de philosophe devenu clirctienet de chrétien philosophe, après avoir commencé par être criminel, finit, Erostrato de lui-môme, par se brûler solennellement aux jeux olympiques, pour la plus grande glorilication de son nom. Les sectes du temps, d'ailleurs, étaient pour la plupart constituées en sociétés secrètes dont le mystère augmentait Tattrait et suscitait les soupçons.

Dans un État où la religion était si intimement liée à la politique et le culte au pouvoir, cette fermentation morale, religieuse et superstitieuse à la fois, mystérieuse toujours, n'était pas sans danger. Combien de fois le gouvernement, malgré une large tolérance, ne s'était-il pas cru obligé d'interdire les cultes étrangers, de chasser les prêtres ou les devins, d'abolir tout rit qui s'écartait de Li discipline romaine ! Marc-Aurèle sentait le péril. Sans ajouter foi aux fables du polythéisme romain, il comprenait qu'il était une des bases du patriotisme national, et il s'efforçait en ce sens d'entretenir le sentiment religieux, f Celui-là, disait-il, ne connaîtra jamais les choses humaines, qui ne connaît les rapports qui les unissent aux choses divines. » Par l'expression dont il se servait souvent : les dieux^ il entendait, « l'ôtre doué de raison, qui unit tout et qui administre tout. • C'étaient là des idées qui étaient bien éloignées du paganisme romain. Cependant, comme grand pontife de l'empire, agrégé à tous les sacerdoces des cultes reconnus, comme chef de la religion et de l'État, Marc-Aurèlc accomplissait avec respect et ponctualité toutes les cérémonies religieuses de l'empire. Avant de partir pour la guerre contre les Marcomans, il célébra pendant sept jours le lectistemiiun. Sentant Je monde moral ébranlé par le vent de toutes les doctrines et de toutes les super-

stitions^pouvaîMi ne point partager la défiance impériale contre les cultes noaveanx et les sociétés secrètes, interdites par les lois, qui pnltnlaient h Tenyi et qui remplissaient TEmpire *? A l'égard du christianisme, qui en- Yahissait l'Europe en même temps que les superstitions asiatiques, Harc-Auréle était frappé surtout des traits principaux, mal rapportés peut-être, du récit ëyangëlique, qui pouvait lui paraître superstitieux, et de cette soif clirétienne de la mort, qu'il déclarait opiniâtreté de fou et non intrépidité patiente de sage. Il laissa longtemps appliquer, par ses gouverneurs, les lois portées contre les sociétés secrètes et les cultes non reconnus. Les apologistes chi-étiens du temps avaient encore besoin de se défendre de l'accusation d'athéisme. La défense d'Athénagore, c philosophe chrétien, » adressée à Marc-Auréle, c vainqueur des Marcomans et des Sarmates, et, ce qui est mieux, philosophe, i» commença de frapper l'empereur stoïcien: c Comment, disait Tapolc^iste, serions-nous athées, nous qui avons pour régie de conduite ces deux principes : Aimez-vous les uns les autres, rendez le bien pour le mal? • Le christianisme méritait d'obtenir grâce, en exprimant avof une teTi<1re?^e et Tine FîT^rMrîtr toute

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lois> furent néanmoins encore sacritiés par des gouverneurs, zélés païens. Les martyres de Polycarpe en Asie, de Pothin, de Maternus et de Blandine en Gaule, font tache, dans les annales chrétiennes, à ce beau régne. La tolérance religieuse est peut-être la plus difflcile des vertus, par ce qu'elle a à lutter contre les plus puissants des préjugés ; les modernes le savent mieux que personne. Saint Louis, le plus compatissant des hommes, eût volontiers donné sa vie pour convertir le sultan de Tunis; ne croyait-il pas que le plus sûr moyen de convertir le juif ou rhérétique était, au lieu de discuter avec lui, de lui enfoncer c le fer au corps bien avant? i En laissant exécuter les lois, Marc-Auréle, croyait se défendre, défendre l'Empire, le vieux culte altaqué, dont il était le grand pontife et le protecteur, et soutenir le patriotisme national qui avait été confié à sa garde. Pour être tolérants les uns envers les autres, il faut commencer par se connaître ; la tolérance et l'amour viennent par surcroît. Il est juste néanmoins d'appliquer à Marc-Auréle la règle qu'il suivait dans l'appréciation des actes d'autrui: il recherchait d'abord s'il y avait dans l'accusé ou dans l'offenseur erreur d'intelligence, ou maladresse de volonlé,s'iln'étaitpaspos$iible de surprendre en lui quelque intention fourvoyée de bien faire. « 11 n'y a point d'âme, disait Marc-Auréle, après Platon, qui ne soit privée malgré elle de la connaissauce de la vérité et qui, par conséquent, ne soit malgré elle privée des vertus de justice, de tempérance, d'égalité d'âme et autres qui ont un principe commun. Il est essentiel de ne point l'oublier afin d'être plus indulgent pour Tespèce humaine K C'est l'intelli-

I. Atheo.y Leg. pro christ», imp. M*. A. etL. V. — Mtl. Ap. publié par M. Renan dans lo SpicUegium solesmense t. U, p. ixxvui-u. — Haro-Âar.y L. C, y^ 21; yi, 9; vu, 11,

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^eiice qui. ..elUî fois, a erré dans Aiarc-Aurèle, nou la \o.':aLê : co^l la connaissance, non le cœur.

Lêpreuie la plus longue de Marc-Aurèlc fut la guerre ijd il soQtiû: poûJanl neuf années cl à trois reprises difîêrcLles au deli du Danube. Uominc de la raison et de U piix, il la suppoita en guerrier. On Tit ce philosophe, ipuisé (ar la méditatioa et l'ascétisme, poursuivre a?ec vigueur les barbares sur leurs marais et leurs Henves glacés et au fond de leors forêts; il supporta la fatigue comme le dernier de ses soldats, prenant quelque viande seuiemen: îes jouis de combat ou lorsqu'il fallait parler aux soldais. Pâle et défait, les yeux abattus, il laissait voir k traveisia peau si transparente de son visage amaigri, dit i'empercur Julien, l'éclat de son énergie en même (emps que do sa douceur. Nous n'avons pas à le suivre dans ces glorieuses fatigues; il avait pour elles une médiocre estime. « Une araignée se glorifie, dit-il, d'avoir pris une mouche, et, parmi les hommes, l'un se glorilie d'avoir pris un lièvre, l'autre un poisson, celui-ci des ours ou des sangliers, celui-là des Sarmates. Si tu examines bien quels sont les motifs et les principes de celle

frères. Clément envers les ennemis eux-mêmes» en qui il voyait des hommes, il établit un grand nombre de prisonniers, comme colons, dans la Pannonie. Après les fatigues d'une journée de campagne, il trouvait encore le temps, la nuit, de juger des contestations, des procès, et de consigner ses pensées les plus pénétrantes, qu'on trouve souvent datéesde la forteresse de Carnuntum ou des bords du Gran. Le plus grand péril qu'il courut, ainsi que l'armée romaine, ce fut dans la célèbre bataille livrée aux Marcomans, Quades et Sarmales près de cette rivière. Les ennemis s'étaient emparés de toutes les hauteurs voisines et principalement des sources d'eau. Assiégée vigoureusement dans son camp, l'armée romaine, sous un soleil de plomb, souffrait encore plus de la soif que de l'assaut des barbares. Ceux-ci attendaient que les Romains fussent exténués pour tenter un dernier effort et les détruire. Dans une situation si critique, on offrait des sacriflces aux dieux; quejques-uns, plus superstilieux, se saisissaient de quelque magicien pour en obtenir des conjurations; h l'écart, des soldats de la légion fulminante, ainsi nommée depuis Auguste, s'agenouillaient, implorant à leur manière la protection du Christ; au milieu de tous se tenait Marc-Auréle, toujours ferme et attendant avec confiance l'arrêt d'en haut. Le ciel se couvrit tout à coup, versa sur le camp romain les torrents d'une pluie bienfaisante, et lança la foudre sur le camp des assiégeants; les Romains réconfortés firent que vigoureuse sortie et dispersèrent leurs ennemis. Le Grec Dion Cassius et le Latin Capitolin attribuent à la œrtu de Marc-Aurèle le salut de l'armée romaine; les ipologistes chrétiens en réclament l'bonneur pour les )rières de la légion fulminante.

La santé de Marc-Auréle ne pouvait résister à tant de atigues. La peste se déclara dans l'armée romaine; on

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pressa l'empereur de partir, de remettre une nouTelle campagne qu'il voulait faire. Les soldais eux-mêmes étaient las d'une si longue guerre. Commode, le flils de l'empereur, montrait le plus grand désir de se soustraire aux dangers de l'épidémie, c Homme de bien, avait écrit Marc-Anréle, n'abandonne jamais ton poste, a L'empereur fut atteint à son tour et comprit bientôt qu'il allait mourir. Il vit venir sa fin avec une sorte de joie. Il avait beaucoup entrepris pour réformer l'empire romain, et 11 avait vu qu'un homme ne peut faire ce qui n'appartient même pas au temps. Il désespérait presque de la défense de l'empire. Père, et tendre père en même temps qu'empereur, mais esclave de ses devoirs, il souffrait de laisser dans Commode un fils indigne de lui. Il dédaigna les soins des médecins, abrégea ses adieux à son fils^ aux siensy pour qu'ils ne prissent point la contagion sur son lit de mort : « Tourne-loi vers le soleil levant, dit-il au soldat qui vint lui demander le dernier mot d'ordre; pour moi, je me couche; » puis il parla quelque temps de la mort, s'étendit, ramena son manteau sur son visage et tomba ainsi qu'il Tavait écrit, a comme Tolive mûre sur

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sans résistance, toujours bienveillant envers les hommes et soumis aux dieux. Prends donc congé du monde comme on quitte une société d'amis, sans déchirement comme sans révolte, avec un cœur paisible. Celui qui te congédie est sans colère, i

Marc-Aurële a-t-il eu l'espoir d'une vie meilleure que celle qu'il laissait dans ces sentiments? Ceux qui lisent ses Pensées n'y voient point qu'il ait fait le bien en vue d'une récompense, même au delà du tombeau. La mort est, chez les stoïciens et chez lui, une des fonctions de la nature, une forme de la vie. Il s'abstint en face d'elle de craintes et d'espérances, se contentant d'accomplir jusqu'au bout les fonctions de la vie raisonnable, c'est-à-dire des actes justes et bons. Il n'affirme rien, dans son livre, de Tavenir qui suivra la mort, a II faut attendre paisiblement, dit-il, d'être éteint ou déplacé. Jusque-là^ que fautil autre chose que d'honorer et de bénir les dieux, et de faire du bien aux hommes? > Sur la question de savoir si les hommes vertueux, qui pendant leur vie ont eu une sorte de commerce avec la Divinité, n'en auront pas aorès leur mort un autre plus parfait, il estime que l'examiner, c c'est disputeravec Dieu sur son droit.» Beaucoupde belles âmes du même temps étaient plus affirmatives. Un philosophe, le M^rc-Aurële de la littérature de ce temps, Plularque, a plus de confiance; il estime que Thomme de bien n'a rien à craindre, mais tout à espérer, après cette vie, puisque sa conduite a été tout le temps comme une étude et une préparation à la mort : c Ce n'est pas par le deuil, a-t-il écrit, mais par des hymnes qu'il faut célébrer la mort de l'homme de bien, puist^u'il ne quitte celte dépouille mortelle que pour revêtir une vie divine. » Les chrétiens d'alors n'excluaient pas non plus les païens du bénéfice d'une autre vie. «Dieu, dit saint Clément d'A* lexandrie, a fait avec les hommes trois alliances ; avec

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les Grecs par la philosophie, avec les Juifs par la loi, avec les chrétiens par la foî; i et saint Justin, allant beaucoup plus loin, et se rapprochant en quelque sorte de Marc-Aurële, ajoute : « Le Christ^ c'est la raison communiquée aux honimes; ceux qui sont arec la raison sont avec lui; ainsi Socrate, Aristide et leurs semblables, i

Marc-Auréle et saint Louis avaient certains traits de ressemblance. Marc-Aurèlc abandonnait ses Ois à la volonté des dieux, si Avidius Cassius leur paraissait plus digne de régner. Quand, à son lit de mort, ses amis lai demandèrent à qui il confiait son fils : c A vous, i répondit-il, € s'il en est digne. • — t Beau cher fils, dit aussi saint Louis au jeune Philippe lif, je te prie que ta te fasses aimer au peuple de ton royaume, car vraiment j*aimerais mieux qu'un Écossais vînt d'Ecosse et gouvernât le peuple du royaume bien et loyalement, que tu le gouvernasses mal apertement. » C'est surtout l'amour vrai du bien et la forte volonté du juste qui, pour parler en^ core avec Plutarque, « forment le prince, image de Dieu qui tout régit et tout gouverne, sans avoir besoin ni de Phidias, ni de Polyclète, ni deMiron, et qui le façonnent

le taiilept au moule et patron de Dieu, pâr le

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