Le règriie de la terreur et de Tamphithéâtre
S'il est un fait qui compromette singulièrement la valeur politique de l'empire romaini c'est la brusque interruption du siècle heureux et grand des Anlonins, par un règne où le honteux le dispute à l'effroyable. Après cent années de bonheur et de paix^ on quitte une série de princes dont trois sont admirables, pour tomber sans transition, et comme sans cause, dans un prince pour lequel les épithètes d^ignoble et d'atroce ne sont point trop fortes. A quoi attribuer cette étonnante chute? Un changement de souverain ne suffit pas pour en rendre compte. Le défaut d'institutions monarchiques régulières, l'absence de garanties politiques capables de soutenir le pouvoir en même temps que de le contenir, et d'assurer sa durée en le limitant, peuvent seuls Texpliquer. On est en droit de reprocher à Trajan, à Anlonin, à Marc-Aurèle, de n'avoir point voulu ou de n'avoir point su faire passer leurs qualités, par de bonnes institutions, dans le régime de Tempire, en changeant le
tu COMMODE.
fait en droit, en transformant une asnrpation privée^ re*
nouvelée de règne en règne, en une institution d'Ëtat, en faisant en un mot de la royauté une dictature véritable. Les institutions sont pour les bons princes autant d'aides, de secours, d'encouragements qui les rendent meilleurs; pour les mouvais, elles sont des limites, des obstacles qui les arrêtent ou les réforment. On pouvait utiliser les souvenirs du sénat romain en sachant en assurer le recrutement et les droits; les débris d'institutions vieillies en Grèce ou en Asie, prématurément interrompues ou incomplètes en Gaule ou en Espagne, pouvaient être rajeunies ou refondues. Il y avait peut-être là les éléments d'une constitution à la fois centrale et provinciale» qui eût fait de l'empire romain une monarchie. Les Anton! ns se sont contentés d'être grands par eux-mêmes. Leur gloire en est aoQoindrie; le siècle se termine mal; après Marc-Aurèle vient Commode.
Les Romains ne voulaient point croire qu'un pareil fils fût né d'un tel père; ils aimaient mieux penser, sans y être assez autorisés peut-être, que Commode devait sa naissance aux goûts peu relevés que la femme de Marc- Aurèle avait pour les histrions et les gladiateuis. Marc- Auréle n'en donna pas moins tous ses soins à l'éducation de ce fils. Il le fit instruire par des maîtres choisie dans tous les exercices de l'esprit et du corps. Mais l'enfant parut avoir de bonne heure un goût et une aptitude plus prononcés pour ces derniers. S'il ne profita pas beaucoup des leçons des philosophes ei des rhéteurs, il excella dans l'escrime que lui enseignèrent les gladiateurs thraces, et dans Tusage de Tare et de la javeline que lui apprirent ses maîtres parthes et maures. On remarqua de bonne heure en lui l'instinct de la cruauté. A l'âge de douze ans^ il voulut faire jeter au feu un éiuvistequi lui avait servi son bain trop fioid. Marc-Auréle parait s être efforcé de
COMMODB. t9B
iine naturellement basse par la familiarité obles et grandes choses. Il lui fit revêtir trèsje virile, le promut avant l'âge au\ dignités ibiique, l'associa à quinze ans au titre de césar, e, et à la puissance impériale. Il l'entoura de et nobles personnages, l'entraîna avec lai dans ses .,'es à travers l'Asie, dans ses expéditions au delà du ube; il l'associa même à ses triomphes pour lui don* r un avant-goût de la gloire. Rien n'y lit. Commode, le .'lemier des empereurs nés dans la pourpre, porphyro^ génétes, comme on disait plus tard, n'éiait point fait pour elle. On remarque que des princes nés sur les degrés du trône^ ont souvent des instincts d'autant plus bas qu'ils sont entourés de plus de distinctions et de grandeur. Il semble que saturés de ce spectacle, et las de cette familiarité, ils trouvent un goût plus acre et plus piquant, par amour du nouveau et du contraste, aux choses viles et aux compagnies mauvaises. Tel fut le jeune Commode. Il aimait à échanger sa pourpre contre des habits de co« cber, à hanter les écurii s impériales et les mauvais lieux, k frayer avec les bretteurs, avec les valets, à maquignonnef les beaux chevaux et les belles femmes, à se rouler dans la fange et dans la débauche. Son père voulut éloigner de lui la compagnie de ces instituteurs de cour et de ces corrupteurs de bas étage. Commode se fàcha^ pleura, tomba malade; le père eut la faiblesse de rendre fon fils à sa compagnie.
Avant de mourir, Marc-Aurôle avait composé de ses parents, de ses amis, de ses ofticiers les plus dévoués, une sorte de conseil de famille pour le nouvel empereur, Agé de dix-huit ans. Malheureusement ce ne pouvait être vn conseil de régence qu'il instituait au*dpssus ou à côté de Commode : c'étaient seulement des tuteurs et cura* teon privés qu'il donnait à uû homme privé. Pompeïanus,
COMMODR
gendre de Marc-Aurèle, Salvîus Julîanus, flls du célèbre jurisconsulte, les deux Quinliles, frères alors célèbres par leur amitié, que Marc-Aurèle avait toujours associés dans les dignités et les magistratures, enfin les deux préfets du prétoire mômes, étaient impuissants contre l'empereur, seul maître, lis imposèrent à peine un jour à Commode. Sur leur conseil, il se montra au tribunal, au milieu du camp, et débita pasi^ablement le discours qu'on lui avait fait. Les vertus de son père, la commune affection dans laquelle celui-ci avait confondu les soldats et son fils, qu'il leur avait souvent montré sur ses bras en l'appelant son jeune compagnon d'armes, en firent le principal ornement. Arrivé par la naissance à l'empire, Commode revendiqua des droits particuliers à l'affection et à l'appui des soldats. Celte cérémonie achevée, désirant échapper aux périls de l'épidémie, il recula quelques jours devant la honte de commencer son règne par une fuite; mais les instituteurs de cour prirent bientôt le dessus. Ils opposèrent aux fatigues. et aux ennuis d'une campagne militaire les délices et les plaisirs de Rome. f Jusques à quand, lui disaient-ils, boirez-vous sous ce ciel rigoureux l'eau glacée du Danube, pour laisser aux
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paix, et donna le signal d'un sauvc-qui-peut général *.
La ville de Rome fit une réception magnifique à son jeune empereur. Accoutumée depuis quelque temps au bonheur, elle alla au-devant de lui avec ses sénateurs et son peuple, couronnés de lauriers et de fleurs. Commode était monté comme un victorieux sur un char de triomphe. La foule admirait sa forte et robuste encolure, sa physionomie pleine, ses cheveux longs et bouclés, d'un blond ardent qui étincelait au soleil comme si on y avait mêlé de la poudre d'or; on disait qu'ils jetaient des rayons, présage certain de divinité. Des observateurs plus pénétrants, sous ces chairs massives et dans ces grands yeux hébétés et à fleur de tête, auraient découvert déjà une propension à la bestialité que l'âge et la débauche devaient bientôt développer, et pressenti une divinité bien matérielle et quelque peu farouche. Quelques-uns remarquèrent avec dégoût, sur les marches du char, le jeune Anterus, un bel et vil mignon auquel Commode prodiguait d'indiscrètes caresses. L'empereurmenaitle viceen triomphe avec lui. Au sénat, le triomphateur s'étant hasardé à parler de son chef, débuta en se louant sottement lui-même pour avoir, dans une marche, sauvé le grand Marc-Aurèle d'un bourbier où celui-ci était tombé d'aventure.
A Rome, les tuteurs et curateurs ne retinrent aussi Commode que peu de temps. On fit d'assez bons choix : Ulpius Marcellus, qui tenait tous ses lieutenants éveillés la nuit, et faisait venir son pain de Rome pour le manger dur, fut nommé au commandement de l'armée de la Grande-Bretagne : le gendre de Fronton, Victorinus, éloquent lui-même, qui obtenait de ses officiers le serment de
1. Pour la vie de Commode, voir Dion, Lxxn. — H^rodien. — Lampride, Vie de Comm. dans THist. aug.
. a .6 commandement de la
.ii..uâ, ancien complice d'Âvi-
1 tioinmode et ofTrir de faire
induit. Bientôt cependant le
.. m avait un conseil de famille
^c'uce. L'influence politique des
, cLiUait des caprices de l'empereur;
.^lui l'objet de rivalités, de jalou-
. . ic* retour de ces luttes de famille,
. ..• palais, que la sagesse et la fer-
. ..c it comprimées, mais qui n'avaient
••«aeiites auparavant.
..asiiit une certaine Crispine, qui n'é-
^ û» Jigiie du trône que lui, commença
^ .» lulérieurs. Sa sœur atnée, Lucille,
crus, puis au vertueux Pompeîanus,
la du rang d'impératrice : elle mar-
^^itfur; à raniphillu'^âtre elle avait son
w ie celui de Commode. Les femmes,
>. 1 égislation et les mœurs s'adoucis-
v)uer un plus grand rôle dans l'Etat,
. t dnn? b fniniîle. Il en coûtait à
'commode. m
sorte de culte I la mëinoire de Marc*AtirëIe, et en reportait une partie sur son indigne flis. La sœur de Commode gagna donc par les plus précieuses condescendances, diton, deux jeunes patriciens, un Quadratus etun Quintianns; rtin se chargea de poignarder Commode, tandis que l'autre s'assurerait des soldats. Le préfet du prétoire, Paternus, Jaloux de Perennis, qui commençaità le miner, quelques sénateurs, et Ciéandre, étaient peut-être dans le secret. Lucille voulait-elle pousser malgré lui son mari à Tempire, ou destinait-eileletrôneà l'un de ses complaisants? Étaitce une vraie flile de Marc-Aurële qui désirait ramener le régne de son père, ou bitn la sœur de Commode lai disputait-elle seulement ses plaisirs? On ne sait. Quintianus fit (oui manquer ens'écriant d'avance, qaand il rencontra Commode dans un des couloirs del^amphithéâtre : «Voici oe que t'envoie le sénat. • Commode était bon gladiateur; il eut le temps de se mettre en défense; ses gardes accoururent. Lucille fut exilée et bientôt mise à mort; les coupables et quelques autres furent exécutés également. Des deux préfets restés à la tête des deux factions qui divisaient toute la cour, Paternus, soutenu surtout parles parents et les amis de Marc-Auréle, était bien affaibli. Il tenta d'effrayer les instituteurs de cour, qui appuyaient surtout Perennis, en attirant le bel Anterus, à Taide de Glëandre, dans un guet-apens où il le fit égorger. Mal lui en prit. Commode fut encore plus sensible à la perte de son favori qu'à un attentat contre sa propre personne. Il ôta la préfecture du prétoire à Paternus sous prétexte de l'dever plus haut, au sénat; puis, poussé par Perennis, il feignit de croire à une conspiration, quand Paternus donna sa fille h Salvius Julianus,fils du célèbre jurisconsulte, alors à la tête d'une armée; il le fit donc périr, lui, son beau-fils et tous ceux qui l'avaient soutenu^ entre au- ^ les deux frères Quintil^^? deux çopsuls, deux sëoa-
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tears. et [;L::siears feounes. Le conseil de famille était dis pcràc: l\ régence prîTée, terminée. Perennis, seal préfet da prétoire, resta mjittre da goaTernemeot arec sa coterie de corrupteurs^
Commode n'éiait pas en âge de gouTerner. Il tomba des mains du conseil de famille dans celles de Perennis, c'està-dire dans un nonrean péril.
Perennis était un habite honmie. Il confina son sous verain au fond de son palais, sous prétexte de le mieux garder, et ne laissa pénétrer personne auprès de lui sans l'avoir fouillé. Favorisant son horreur pour les affaires et son goût pour les plaisirs, il consentit par dévouement à se charger de tout le fardeau du gouTemement. Dérobé désormais à tous les regards, menant la vie des rois d'Orient, Commode exila, fit disparaître sa femme dont il était las, déshonora ses sœurs, donna les honneurs d'irn* pératrice, sinon le rang d'épouse, à une certaine Marcia, et composa sa cour de trois cents jeunes gens et de trois cents jeunes femmes choisis parmi les plus corrompus de Rome. Le palais retentit du bruit des festins, des f(Hc8, d'orgies et de débauches de toute sorte. Perennis gouverna, non sans quelques qualités. Les généraux.
COMIIODB. SOI
Pour grande qa*elle fût, la situation de Pcrennis n'( tait pas, en effet* sans danger. Cléandre, devenu chambellan depuis la mort d'Anterus, était son plus violent ennemi. Admis à coucher dans l'antichambre du prince, il avait constamment son oreille, et il en profitait. Quand les préfets du prétoire, à Rome, sous ces princes faibles, ne cherchaient pas à détrôner leurs maîtres, ils en étaient toujours au moins soupçonnés. Cléandre accusa les menées de Perennis et fit jouer contre lui plusieurs mines. En plein amphitéâtre, un jour que présidait Commode, un philosophe cynique se lève, le bâton à la main, la besace et le manteau sur les épaules : « Il n'est point temps^ s*écrie-t-il, César, de donner des jeux; Tépéede Perennis est suspendue sur ta télé; c'est un orage qui se prépare; il va crever, si tu n'y prends garde. » Perennis fil jeter ce malheureux au feu. Mais bientôt, quinze cents soldats vinrent du fond de la Grande-Bretagne reprocher à Perennis de leur envoyer des chevaliers pour généraux au lieu des sénateurs; d'autres encore, arrivant de Tarmée du jeune Perennis sur le Danube, apportèrent à l'empereur des pièces de monnaie frappées à l'effigie du préfet du prétoire. Vraies ou fausses, ce furent des pièces de conviction. Commode envoya tuer son préfet du prétoire par ses dénonciateurs, et manda à Rome le fils de celuici, qui fut également massacré en route.
La préfecture du prétoire paraissait devoir revenir à Cléandre» principal auteur de la mort de Perennis. Mais quoi! élever un valet, la veille encore esclave et de la race la plus méprisée, à la première dignité dei'empirel Commode essaya d'abord de Niger, qui ne conserva ses fonctions que six heures ; de Martius Quartus, qui ne les garda que cinq jours ; puis il divisa les pouvoirs de la préfecture entre deux titulaires, et les réunit de nouveau, <m changeant les titulaires. A chaque jour, presque à
uur>, et plusieurs fer l'Lisr: la régence pi lia tivloire, resla • li'i io de coiTupleu
CniumoJe n'êlr malus du conseil à-.iiiv dans un r
Perennis élai vei\uu au fond i:iî\iei\ et ne I l'ivoir fouillé, et son goût pà se thargeri' disormais à rienl, Comi élait las, dr l'î-rairioe, ?
el oonii'Osa cenls jeuî fus de Ro fiHes, d 01 gouverna
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. ] C f revint enfin au favori
...*?:mre en esclave : ilven-
>'J.. ;:ades, provinces, magis-
'y;, . .1 remplit le sénat d'alTran-
TJDgt-cinq consuls qui lui
- et se populariser^ il usait
\ hausse et de la baisse sur
.:- faire famine, vendait le blé
j délivrait gratuitement aux
^ ^-n avoir et son crrdil. Homme
.:: emp'oi quelque peu libéral
.es thermes, une bibliothèque^
^âon cependant lui fut fatale.
> Papyre, pour le perdre, agit
•;$, fit la hausse sur le marché
>ser à la baisse^ et eicita 4iasi
COMMODE. m
^dans les faubourgs, avec des cris, devant le rQuinliles, où étaient alors l'empereur et son prétoire Cléandre craignit de se voir forcé; il *mr h foule la cavalerie prétorienne, qui repoussa ï jusqu'aux portes de Rome. Là cependant, les cahn trouvèrent les Romains barricadés chez eux et mt pleuvoir da haut des toits une grêle de tuiles et projeciiles. L'infanterie même de la garde urbaine. Il jalousait la coyalerie prétorienne, s'élança à la tête Ses chevaux, leur fil rebrousser chemin et les ramena ballant jusqu'au pri lais des Quintiles. Commode y fut assiégé de nouveau et cerné de plus prés que la première fois par le peuple revenu à la suite ; il entendait les vociférations, voyait le combat et ne savait ce dont il s'agis- Wit Personne n'osait le lui faire connaître, par crainte de Cléandre. Sa plus jeune sœur enfin, Phadilla, plus hardie que les autres, parvint auprès de lui : « Prince, lui dit-elle, vous êtes perdu si vous ne sacrifiez Cléandre : C^est lui qui a mis le peuple et les soldais aux prises. » Elle lui raconta tout. La peur donna du courage à ComiDode: il manda son préfet du prétoire, après avoir aposlé lies assassins, envoya sa tête sur une pique au peuple, se tiiontra dans la ville apaisée et recueillit ses acclamations enthousiastes.
L'épreuve de la préf cture était complète pour Commode. Perennis avait voulu le détrôner; Cléandre avait failli le perdre dans une émeute. Commode résolut de gouverner lui-même, en effaçant désormais ses préfets du prétoire. Comment cet homme à rinielligence épaisse, aux regards hébétés, semblable, dit l'un de ses historiens, iceux d'un ivrogne, pouvait-il comprendre, à Rome, le gouvernement? Il pratiqua brutalement, sans finesse ni détour, le système que d'autres avalent inventé, mais reeouvert au moins d'une apparence de politique et de jus-
COMMODS.
tice. Aux grands qui pouvaient devenir ses rivaux, il fit cruellement peur; au peuple qu'il ne pouvait supprimer, il fit grossièrement la cour. Régnant par la terreur au sénal et par la complaisance à l'amphithéâtre, il versa également le sang pour faire trembler et pour plaire. La mort fut tout le fond de son système. Il sacrifia à ses défiances à ses soupçons^ sur la plus mince délation, sespa« renls, ses officiers, les sénateurs. 11 offrit, en quantité inouïe, au peuple les gladiateurs et les animaux de toute contrée et de tout climat. Il baigna raristocratie pour l'épuis^îr ; il soûla le peuple de sang pour le gagner.
Il commença par imprimer une terreur salutaire à ses préfets du prétoire. L'un, Julianus, qu'il embrassait cependant publiquement en l'appelant son père, fut^ sur une parole, précipité dans un vivier. L'autre, Motiline, fut empoisonné dans un repas. Tous ceux qui rapprochaient n'eurent qu'à se bien tenir. On a remarqué, dans l'histoire des successeurs d*Âuguste, que chaque prince, à son avènement, croyait nécessaire à sa sûreté de sacrifier ses parents. Au sixième den-endant de César, après cinquante*deux princes morts violemment, la race des Césars ttaii éleia^e. Ccmimodc mfûi pour anéantir àlaiseul
COMMODE. tes
soupçon à cause de leurs biens^ de leur noblesse, de leurs vertus, ou pour toute autre raison. » Lampride en compte pour sa part, dans un alinéa, jusqu'à trente.
Commode imposa la religion comme l'obéissance, et jugea comme il gouverna. Grand prêtre du culte romain, il était initié surtout aux superstitions grecques et orientales; et ce n'était point pour lui plaisanterie. Il voulait que les adorateurs de Bellone se flssent aux bras de véri* tables blessures. Dans les mystères de Hithra on feignait le meurtre^ l'homicide ; il en voulut et en fit de véritables. Voué particulièrement au culte d'Isis, il allait toujours les cheveux rasés dans son temple, portant dans ses bras an Anubis à télé de chien; chaque fois, il exigeait que les prêtres de cette divinité égyptienne se frappassent jusqu'au sang la poitrine avec des pommes de pin ; et, lorsqu'ils ne lui obéissaient point i\ son gré, il leur donnait sur la tête du museau de son idole. Au tribunal, il forçait les citoyens à racheter leur vie, celle de leurs parents, et il leur faisait banqueroute; il vendait aux citoyens la mort les uns des autres; il trafiquait du supplice et de la torture, escomptait les crimes et taxait la consolation d'enterrer les victimes quMl faisait.
Ses plaisirs furent peut-être encore ce qu'il y eut sous son règne de plus sanglant. Après avoir donné, en levant des impôts forcés sur les sénateurs, des spectacles de tout genre, il finit par se donner en spectacle lui-même, et fit la galanterie au peuple romain de lui servir en personne les sanglants ragoûts qu'il affectionnait parliculièrement. On publia par voix de héraut et par affiche que l'empereur, à jour fixe, donnant des spectacles qu'on n'avait jamais vus, tuerait de sa main toutes les bêtes qu'on lâcherait dans l'amphitéâtre, et qu'il escrimerait ensuite à outrance contre les plus renommés gladiateurs. On ac< courut à Rome de toute l'Italie; le Cotisée fut rempli;