‹ Les empereurs romainsChapitre 49 sur 73 · PERTINAX · texte numérisé non relu

PERTINAX

Lœtas, qui regardait Pertinax comme sa créature, ne pouvait souffrir qu'il ne prit point sesavis. Un sénateur, que les prétoriens voulurent d'abord revêtir de la pourpre, s'enruit presque nu desa maison pour échapper à ce périlleux honneur. Moins scrupuleux, le consul Falcon conspira. Le sénat informait déjà contre lui; mais une sédition éclata décidément au camp. En plein jour, trois cents soldats, chargés des pouvoirs de leurs camarades^ sortirent l'épée au poing et se précipitèrent à travers les rues de la ville. Pertinax, prévenu, envoya au camp son beau-frère Sulpicianus, et au-devant de ces misérables, Laetus. Le premier n'alla au camp que pour marchander l'empire avec les soldats, et le second se détourna de son chemin pour éviter les assassins. Pertinax avait encore gardé au palais impérial, par pitié, quelques valets de Commode; ceux-ci laissèrent passer les soldats, qui pénétrèrent jusqu'à la salle à manger, dite ieSicile* Périmai, trahi,alla au-devant de la mort. Habitué à tenir tète aux soldats révoltés, cet énergique vieillard imposa quelque temps par son attitude et ses paroles aux prétoriens; ils rentraient confus en eux-mêmes, quand un soldat tungrien, demigaulois, dei^ii' germain, sortit des rangs, tira jï-pée et

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dans leurs villas. Les préloriens purent à leur aise faire un einpereur chez eux.

Les «oldats avaient sous leur main le beau-frère de PcTtinax, Sulpicianus, qui était venu courtiser l'empire auprès d'eux pendant qu'ils assassinaient son parent. Sa fortune n'était point très-liquide. D'ailleurs, on nn pouvait donner ainsi Tempire au premier offranL Deux officiers, Florianus et Âper, allèrent voir en ville s'ils ne rencontraient point quelque amateur de l'empire en état de donner meilleur prix et surtout plus solvable. Ils trouvèrent justement; rôdant autour du sénat dont les portes étaient fermées, le sénateur DidiusJulianus, petitfils du célèbre jurisconsulte Salvius Julianus, possesseur d'une fortune aussi considérable qu'était la science de son grand-père. Ils s'entendirent promplement avec lui et l'emmenèrent au camp. La scène fut des plus scandaleuses. Sulpicianusétait dans l'intérieur; on laissa Didius Julianur. dehors, probablement pour que les compétiteurs ne s'entendissent point. Us offrirent chacun leur prix, haussèrent leurs offres à Tenvi; les soldats, du haut des murailles, contrefaisant le cri et les formules des ventes à l'encan, vantaient la marchandise, excitaient la convoitise, encourageaient la générosité des deux enchérisseurs. Didius Julianus, pour en finir, doubla tout d'un coup la somme deSulpicianus, et porta à vingt-cinq milla sesterces le prix promise chaque prétorien. On lui tendit une échelle, pour qu*il entrât par-dessus les murailles. Là, il promit d'épargner au moins Sulpicianus, son compétiteur, et de faire l'apothéose de Commode; le marché fut conclu, et Tempire lui fut adjugé. Il ne s'agissait plus que de faire boire cette honte au sénat et au peuple ro« main.

Ayant à leur tète les tribuns elles centurions, l'épée à la main et le bouclier tendu, comme s'ils allaient monter

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