‹ Les empereurs romainsChapitre 51 sur 73 · Hist. Âug. Nig., Alb. et Sept. Sévère · texte numérisé non relu

Hist. Âug. Nig., Alb. et Sept. Sévère

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bibiijs jiJLiANuè. itt

demain, persuadés par leurs officiers, les prétoriens, en simple tunique blanche, avec un ceinturon et un petit poignard doré, comme lorsquMIs accompagnaient les césars pour leur faire lionneur, se rassemblèrent près d'Interamna^ à huit milles de Rome, dans une plaine où Sévère les attendait. Pendant qu'ils se rangeaient autour du tribunal, les légions du Danube, sous les armes, opérèrent une conversion, entourèrent ces malheureux désarmés et baissèrent les piques. Alors Seplime Sévère : t Vous avez massacré un empereur, leur dit-il, et vendu l'Empire, vous méritez la mort; je me contente de vous casser et vous ordonne de vous disperser et de vous éloigner de cent milles du centre de l'Empire. » Quelques prétoriens se tuèrent de rage.

Après celte exécution, Septime Sévère n'enira dans Rome que pour s'emparer du gouvernement et se préparer à combattre également ses deux autres compétiteurs. Au sénat, il promit d'Imiter Marc-Aurèle, fit confirmer l'adoption xl'Albinus, et demanda qu'on le déclarât déchu de l'empire s'il faisait mourir un sénateur sans le consentement de l'auguste corps. Au forum, il fit faire une splendide apothéose en l'honneur de Perlinax. Empereur, pontifes, sénateurs, chevaliers, soldais, peuple, firent autour d'un catafalque monumental et richement orné, de processionnelles évolutions. Mais en môme temps Sévère s'assura comme otages des parents et enfants de ses compétiteurs et des gouverneurs de province! Quand il vit ses soldats réclamer, en plein sénat, avec des menaces, la gratification qu'Octave avait donnée à ses armées, il leur accorda en pâlissant la moitié de ce qu'ils demandaient, et se hâta de les entraîner hors de Rome contre Pcscennius Niger, en attendant le moment de détromper Albinus.

Les deux campagnes de Seplime Sévère fuirent un tno»

BlBirS itLIAXCS.

délit de Tigucar et Je célérilè; sioonduteiinmodèlede ruse. Laissant de cù\è la font nlle de Bjrzanoe, i\ prit (erre près <ie Cyziqae, es Asie, battit ose première fois renricmi en Bithynie, passa à IraTersla troaée faite par un torrent gros de plaie au fortifiratioDs des Portes Ci* liciennes, et atteignit son adrersaire dans la Tallèe d'Is« Kus, sur le ctiamp de bataille même où Alexandre ayait autrefois rencontré Darias. Anssi henreux que le conquérant macédonien, il joaa la doaleur quand on lui apporta la tète de Pescennius, qa*il arail autrefois loué comme un compagnon d'armes>. De là il ëcriTit à Glau- HiuK Albinus, o son Trère bien-aimé et chéri, pour lui an* noncer sa victoire et le conjurer de gouTemer la répu- \)\'\(\ue avec autant de zèle qu'il avait d'affection pour lui. X II lui envoya les compliments de sa femme Jolia Domna, avec de beaux présents pour ses enfants, se donna ainsi le temps de châtier Antioche, de réduire ByzancCi d'imprimerune salutaire terreur aux Parthes, aux Arabes^ aux Arméniens, et alors commença à tenir un autre lan* gage a Albinus.

Un jour que deux messagers de Sévère, venus d'Asie vu Bretagne, demandaient à parler en secret à Albinus,

DIDIUS JULUNUS. d2ft

jdu Rhône, tandis qu'Âlbinus, avec les légions de Bi*elagne et de Gaule, descendait de son côlë la Saône. Ce fut dans le délia que forment ces deux grands cours d'eau avant de se réunir, que se décidèrent encore les destinées de TEmpire.

Le sénat et le peuple restèrent dans une morne attente.' A la nouvelle de quelques petits succès remportés par les lieutenants d'Albinus sur ceux de Sévère, le sénat se hasarda à louer les talents littéraires d'Albinus et à accorder les grands honneurs à Claudius Celsinus, son frère, t Je me réjouis, pères conscrils, écrivit Sévère au sénat, des motifs qui vous font préférer Albinus à moi. Je n'avais nul droit à votre faveur. J'ai délivré Rome, je vous ai sauvés de la tyrannie; mais vous préférez un Adrumétain qui tranche du patricien. Pourquoi n'avez-vous pas accordé aussi le triomphe sur moi à ce plagiaire du conteur Apulée? i Depuis lors, les sénateurs, dit Dion Cassius, ne soufiQèrent mot. Quant au peuple, un jour, il était rassemblé dans le grand cirque; les cochers avaient six fois déjà lancé leurs chars dans la carrière, rasé la borne, et il restait muet sans battre des mains, n'ayant nul souci des bleus ou des verts. Tout d'un coup, dans l'intervalle de deux courses, après une rumeur qui allait croissant, on entendit pousser ces cris : < Jusqu'à quand endurerons-nous donc tant de misères et seronsnous foulés parles luttes des soldats? » Puis, après un instant de silence, un autre cri d'enthousiasme suivit cette plainte douloureuse : « Gloire et félicité au peuple romain et à la cité de Rome, reine et déesse immortelle 1 > et les spectateurs battirent des mains à renverser les murailles de la ville, t J'étais, dit Dion Cassius, au cirque, où le consul, un de mes amis, m'avait invité, et je puis bien dire que ce cri, jeté tout d'une voix par des milliers débouches, parut l'effet d'une inspiration divine et comme

32« 8EPTIMB SÉVtRB.

le refrain d'ane chanson apprise, entonnée par un fmi:icnse chœur d'hommes. »

A quelques jours de Jà, Septime Sévère annonça sa victoire au sénat et au peuple, en envoyant la tête d'Aïbinus à Rome, avec ces mois : c C'est ainsi que je punis qui m'offense*. »

Septiue Sévère.

Rome connaissait le maître que la fortune des armes lui donnait. L'ambition de Sévère ne datait pas de h veille. Enfant, il aimait à faire porter aux enfants, devant lui, dcâ haches et des faisceaux. Il les rangeait à l'entour et les jugeait. D'une éducation assez libérale, il n'avait conservé que le goût de la lecture de l'histoire; et, parmi les histoires, c'était celle des guerres civiles qu'il préférait. Superstitieux, il épousa la Syrienne Julia Domna, parce qu'une prédiction promettait à celle^^ci un roi pour époux. Après avoir été avocat du fisc, il se fit soldat et devint le premier général de son temps. Les talents politiques ne lui manquaient pas plus que les taibre. i [I fa ti gable

L'entrée de Seplime Sévère dans Rome, dît Thistorien Sparlien, lut cette fois odieuse, terrible. Le premier des empereurs, il franchit les portes de la ville en habit de guerre, à la lôte de ses troupes. Son discours au sénat fut bien différent de celui qu'il avait tenu après sa victoire sur Didius Julianus. 11 commença par louer la rigueur dont Marius et Sylla avaient usée, et blâmer l'indulgence de César et de Pompée, cause de leur perte; il passa de là à l'apologie de Commode, que les sénateurs, selon lui, avaient injustement noté d'infamie, comme s'ils ne menaient point eux-mêmes, pour la plupart, une vie plus déshonnôte et plus infâme: t Mais, ajouta-t-il, il s'escrimait, direz-vous, contre les gladiateurs; il tuait de sa propre main les bêtes dans l'arène. Pourquoi donc avezvous acheté ces boucliers, ces casques d'or dont il faisait usage? Que fait cet appareil d'amphithéâtre entre vos mains. » Il revint de là à Téloge de Marc-Auréle, mais pour couvrir de la gloire du père son indigne fils, pour en faire un demi-dieu, et annoncer sa prochaine apothéose. Les faits répondirent aux paroles. Spartien nous apprend que quarante-quatre sénateurs périrent dès son arrivée, sans aucune forme de procès; tous consulaires, anciens préteurs, hommes de noblesse jBt quelques-uns de mérite, la plupart n'étaient coupables que d'avoir formé des vœux contre lui. Sévère ne s'assura même pas par là l'excuse d'avoir voulu commettre ses cruautés tout d'un coup, pour n'être plus obligé d'y revenir, ainsi que Machiavel le conseillait plus tard au Prince. Longtemps encore après, il poursuivait, en traversant les provinces, les partisans de ses adversaires morts, faisant, comme s'exprime énergiquement TertuUien, « grapillage de meurtre après vendanges. » Pendant tout son régne, un mot, un silence, une pensée indiscrète, un présage môme, furent rux arrêt dé moi't; ce n'était point seulement politique

Si8

f-EPTlME SEVERE.

chez Septime Sévère, mais cruaulé naturelle : t Que ferlez-vous à ma place? > s'écriait en demandant grâce un suppliant. — c Je subirais sans me plaindre, dit-il, ce que tu vas subir. »

Arrivé au pouvoir contre les vœux du sénat et du peuple romain, et, le premier de tous les césars, avec le seul appui de ses armées, Septime Sévère établit l'empire militaire. En se faisant adopter comme fils posthume de Marc-Aurële, sans craindre de se donner Commode pour frère, il n'eut pas la prélenlion de ramener le régime des Antonins. Ceux-ci, par leur manière d'agir, sinon par leurs lois, avaient rendu quelque considération au sénat et montré quelque condescendance pour l'opinion du peuple. Septime Sévère rompit avec cette tradition et étala franchement le despotisme militaire que le fondateur de l'Empire et plusieurs de ses successeurs avaient réussi souvent à dissimuler. Le vice essentiel de l'Empire, on l'a remarqué, c'est qu'il n'avait pas d'institutions. Le pouvoir impérial, isolé en quelque sorte au milieu de la société, n'avait d'autre valeur que celle qu'il pouvait tirer du mérite personnel du prince, d'autre force

8EPTIME SÉVÈRE. 8t9

remperenr nommer tous les magistrats dans les provinces sénatoriales ou impériales^ faire les lois, et rendre les jugements, sans prendre ses conseils. Privé de toute part à la puissance administrative et législative, il tomba môme dans une servilité dont Dion Cassius nous rapporte un triste exemple. Un certain Apronianus était accusé dans le sénat d'avoir consulté les devins pour savoir s'il arriverait à TEmpire. Le rapporteur de l'affaire lisait les dépositions; quand il dit qu'un témoin avait m auprès d'Apronianus, pendant la cérémonie, un sénateur chauve, tous les sénateurs, même ceux qui avaient des cheveux, portèrent instincfîvement une main à teur tête, et de l'autre, commencèrent è se désigner entre eux à voix basse. Aussitôt que le rapporteur ajouta que le sénateur portait à sa robe une bande de pourpre, tous se tournèrent vers- Marcellinus, alors édile, t Faites entrer le témoin, dit Marcellinus, en descendant hardiment au milieu de la salle, nous verrons s'il me reconnaîtra. » Le témoin entra, fit le tour de la salle. Les sénateurs dérobaient comme ils pouvaient leur calvitie, et étalaient leurs robes sans pourpre ; mais comme le délateur ne faisait point attention à Marcellinus au milieu de la salle, un Sebennius, plus lâche que les autres, désigna de l'œil et perdit le malheureux édile.

En se faisant despote, Sévère ne prit cependant point, comme Caligula ou Néron, une sinécure. Rien de plus recommandable que l'emploi de sa journée, quand le soupçon ou le souvenir des guerres civiles ne venait point la gâter. Un peu avant le jour, il se levait, faisait une petite promenade, puis admettait ses conseillers privés, pour expédier en commun, avec lucidité et promptitude, les affaires. De là, il passait au tribunal où il jugeait les procès, toujours rigoureux mais juste, excepté lorsqu'il croyait son autorité ou celle de ses enfants menacée;

car alors, le moindre soupçon suffisait pour lui faire sacrifier même un ami, quitte à nier après, en véritable Africain, qu'il eût prononcé la condamnation. La matinée remplie par ces occupations, il se livrait aussi longtemps que possible à l'exercice du cheval, lorsque la goulte le lui permettait. Il fallait le voir alors, avec sa tête blanche presque toujours découverte, et sa barbe également blanche, sa taille droite encore et sa figure imposante, dompter même son mal par la violence de l'exercice, comme il avait dompté l'Empire par ses vengeances, A deux heures de l'après-midi, il s'asseyait avec sa femme et ses enfants à une table frugale; car son genre de vie comme ses mœurs étaient graves. Après ce repas, il donnait encore des audiences particulières; puis il lisait debout les auteurs latins et grecs qu'il préférait, en attendant le repas du soir, pris avec un petit nombre d'amis et de familiers ; les jours de fête, seulement, il donnait à un plus grand nombre de somptueux festins. Les amis et les compagnons {comités et amicï) de Seplime Sévère n'étaient que des hommes utiles, des hommes de gouvernement, militaires et jurisconsultes pour la plupart, avec quelques lettrés. Ils remplirent son con-

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le enseignait à ses adcples, faisaient atteindre alors lil romain à sa perfection, et composaient du corps Jnrîsconsuites l'ensemble le plus distingué. Papinien, l'on appelait Vasile du droit , le trésor de la doctrine légale ^ était le plus actif des membres du conseil de rsévère, en attendant qu'il devînt son préfet du prétoire; sons ses ordres, Paulus était chefde la mémoire et Ulpien chef des requêtes^ en attendant qu'ils lui succédassent. On a reproché à cette grande école des jurisconsultes d'avoir contribué à consolider le gouvernement absolu des empereurs. Gains avait dit en effet déjà sous Harc- Auréle, que c la constitution du prince est ce que l'empereur établit par un décret, un édit ou une lettre, et qu'il n'est pas douteux que cela ne tienne lieu de loi, puisque l'empereur lui-même a reçu l'empire par une loi. » Bientôt Ulpien écrira que c la volonté du prince a force de loi, puisque le peuple lui a conféré tout son pouvoir avec la loi royale^ qui a été rendue au sujet de son empire ^ i Mais quels services civils ne rendirent-ils pas à tous ces jurisconsultes, s'ils confirmèrent le pouvoir dans la voie du despotisme où il s'était engagé. En contribuant à centraliser tous les pouvoirs entre les mains de Fempereur, ils donnèrent plus d'unité à l'administration et à la justice. La juridiction, qui passa des magistratures anciennes aux magistratures de création impériale, devint plus régulière. L'appel du magistrat inférieur arriva au magistrat supérieur, et en dernier ressort, devant l'empereur ou le préfet du prétoire. Les correcteurs remplacèrent en Italie le&juridid. Le pouvoir des sénats municipaux, corps souvent aristocratiques, diminué, sans être trop amoindri, passa aux gouverneurs, protecteurs des

1. Gaius, Inst,, 1. 1, § v. — Ulp., Dig., 1. 1, tit. !«', § 1. — Voir plus haut^ p. 171, ce que nous ayons dit de la loi royale, Comp. reieellent Traiié des actions^ de M. Boiydta, l«r vol.

humbles et des petits. Tout tendit à se niveler dans les provinces; le droit des gens et le droit romain se pénétrèrent, pour se perfectionner l'un l'autre. On compte, sous Septime Sévère, cent quatre-vingt-neuf constitutions impériales. Presque toutes continuent dans le même sens Tamélioration sociale et la réforme civile, commencées sous les Antonins, comme le prouve entre autres la révision des lois Julia et Pavma Poppœa. Il faut faire encore honneur à ce gouvernement d'avoir aboli les frumentaires^ agents secrets et trop efficaces des délateurs, dans la police impériale. Mieux valait encore une dure compression. En donnant plus d'unité au pouvoir politique et à la législation civile, Septime Sévère n'évita cependant point de tomber dans les inconvénients du régime qu'il inaugurait, c'est-à-dire de fairaaux soldats des concessions dangereuses, môme pour TEmpire. Il porta de dix à trente mille le nombre des prétoriens chargés de contenir Rome ; et il ordonna que désormais celte garde privilégiée se recruterait parmi les meilleurs soldats de toutes les autres légions. Ceci n'était point un mal. La jalousie qui existait entre l'armée prétorienne et les autres armées fut ainsi diminuée. Rome, il est vrai, qui avait jusque-

8EPTIME SitiVËRE. I9t

maintien do la discipline, on remplaça le biscuit de campagne par la viande, le vinaigre par le vin ; on bâtit des portiqaes» des bains dans Tenceinte des camps; le soldat enfin put y tenir ménage, garder près de lui sa femme et ses enfants. Sur la frontière, aux portes de Rome, on ne vit plus des camps, mais comme des villes de soldats; ce no fat plus une armée que les empereurs nourrirent, entretinrent, pour garder l'Empire ou le contenir, mais une nation dans la nation, nation privilégiée avec des droits politiques, quand l'Empire même en était dépourvu. Sévère, en effet, avait déjà donné l'exemple de transformer ses armées en corps délibérants lorsqu'il les constitua juges de ses querelles. Ce fut devant elles encore, et avec leur assentiment, qu'il proclama césars et associa à sa puissance Caracalia et Géta, ses flls, au milieu d'une campagne en Orient, sans se soucier de la confirmation du sénat, qui vint comme par surcroît.

< Sévère ne fut cependant pas, dit avec raison M. AmédéeTliieri7, un corrupteur vulgaire des soldats. On ne le vit point, comme tant de méprisables empereurs, les Commode, les Domitien, les Néron, soudoyer le dévouement des prétoriens pour tenir Rome et le sénat sous sa main. Ce rôle de chef de bandits pesant sur une population désarmée lui eût paru indigne, i II chercha à honorer le métier de soldat, à rendre les armes glorieuses en leur subordonnant la toge. A peine maître de l'Empire, n'ayant plus de compétiteurs à vaincre, il partit encore pour l'Orient où, pendant trois ans, il ne déposa ni la cuirasse ni l'épée, poursuivit les Arabes dans leurs déserts, les Parthes au delà du Tigre, prit Séleucie, Ctésiphon, conquit un instant l'Arabie Heureuse et la Mésopotamie, c II ne voulait point, dit un de ses historiens, paraître triompher seulement du sang romain et des guerres civiles. I Ces succès cependant furent plus brillants que

SBPTIMB SÉYÈRB.

solides, Sévère montra plus de bonne volonté qu'il n'acquit de vraie gloire; il n'y gagna même pas l'avantage qu'il cherchait de garantir la discipline militaire contre ses propres faveurs. Il eut la douleur de voir commencer la décadence des armées romaines, avec l'inauguration de Tempire militaire. Il n'y avait eu jusque-là que de l'insubordination dans les armées, et des rivalités de corps entre elles; il y eut maintenant relâchement général, lutte d'arrogance et de désordres. Le vainqueur de Pescennius Niger fut obligé d'écrire à Celsus, gouverneur des Gaules, ces paroles significatives ; c II est honteux pour nous de ne pouvoir imiter la discipline militaire de ceux que nous domptons les armes à la main. Vos soldats courent çà et là; vos tribuns se baignent au milieu du jour; leurs salles à manger sont des tavernes, leurs chambrées des mauvais lieux; ils ne font que danser, boire et chanter. Verrait-on tout cela, si nous avions conservé le moindre souvenir de l'ancienne discipline? Corrigez d'abord le tribun, puis le soldat : tant que vous le craindrez^ il ne vous craindra pas. L'exemple de Niger a dû vous apprendre que le soldat ne craint que les chefs auxquels il n'a rien à reprocher*. •

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pour femme» en Jnlia Domna, une savante syrienne. Sons lui et sous ses enfants, la Syrie atteignit son pias haut point de prospérité. C'est grâce à ces dispositions sans doute qu'il protégea assez longtemps, au dire même de Tertullien, les chrëliens comme les Juifs, c Non-seulement, dit-il, il ne persécuta point des hommes et des femmes distingués qu'il savait être de celte secte, mais il les honora de son estime et les sauva des fureurs populaires. » Les apologies de Tertullien et de Félix eurent elles de l'effet sur lui? Cependant, en homme de gouvernoment. Sévère n'aimait point les sociétés 'secrètes et les troubles que produisait la propagande. C'est pourquoi il rendit enfin un édit qui interdisait la conversion, et qui, malheureusement, occasionna quelques vives persécutions*. Le premier, il concéda à la ville d'Alexandrie le droit d'avoir un conseil municipal et de s'administrer elle-même; on lui reproche seulement d'avoir, par ressentiment, favorisé Perinthe à la place de Byzance, et Laodicée à la place d'Ânlioche.

En admirant les monuments et les routes que les Romains nous ont laissés, il ne faut pas se faire une idée exagérée de la sécurité des provinces. Sous ce gouvernement, il y avait des armées pour défendre les frontières et contenir les peuples, peu ou point de ce que nous appelons police ou gendarmerie pour protéger les personnes et les intérêts privés. Le gouvernement romain avait, h cet égard, le mépris de la vie humaine et des fortunes particulières, ou l'incurie qu'on rencontre également dans les vastes espaces de l'Amérique. Le règne d'un des plus habiles administrateurs nous en offre, entre plusieurs autr es, un exemple particulier à l'Italie, au centre même de TEm-

1. Tert., de Scap.e, nr et t. Spart,, Sév.f ij. Eus., ^ist fCcU 1. VL

Pf^f r. . . . .

?.V. SEPTIMC 5LVÈRK.

]: iiv . Un brigand, «la nom de Balas, à h t^le ilo hnîl cents iiommes, infesta (>endant plusieurs années la ix)uie de Brindes âi Rome, et déjoua, au milieu des gorges et des défilés des Apennins, toutes les poursuites. H connaissait tous les arrîTages de navires à Brindes, el tous les transports de Brindes à Rome. 11 brarait audacieusement le gouvernement. Uu jour il se présenta, à Rome, comme préfet de la ville, au geôlier de l'amphilhéâtre, et se fit livrer par lui deui de ses compagnons faits prisonniers, et qu'on destinait aux bêtes. Un autre jour, en rase campagne, il offrit à un centenier romain qui le cherchait, i la tête d'une petite troupe, de lui livrer ce chef de voleurs ; il rentratne donc au milieu de ses gorges, puis, sur un signe, le fait entourer par ses soldats, parait alors sur un tribunal, en costume de magistral romain, condamne le centenier et les siens à avoir la tète et la barbe rasées, et les envoie dire à l'empereur Sévère c de mieux nourrir ses esclaves, s'il ne veut pas qu'ils brigandent sur les grandes roules. • Pris enfin dans un gnet-apens qui lui fut tendu par une femme, et amené devant le préfet da prétoire, qui lui demandait pourquoi il s'était fait brigand: i Pourquoi, lui répondit'iL es-tu préfet du pré-

SEPTIMË SËVËRB. $17

ce compatriote du nouvel empereur finit par être tout, dans l'empire et au palais, comme dans l'armée. II gourmandait, jusque chez elle, Julia Domna, la femme de Sévère, Grecque-syrienne qui tenait réunion de rhéteurs, de poètes et de beaux esprits grecs et asiatiques. Il déployait plus de faste et d'orgueil que le sobre Septime Sévère; quand il sortait en litière, des licteurs empêchaient les passants de lever les yeux. On élevait déjà plus de statues au ministre qu'au souverain; on ne se cachait point pour dire que Plautien était l'empereur et Sévère son officier. Septime Sévère avait juré que le ciel tomberait plutôt qu'il ne fît mal à son favori. Un jour l'empereur oublia son serment, et fit abattre à Rome quelques statues du nouveau Séjan. Rome et les provinces crurent le favori perdu. Un gouverneur de Sardaigne faisait renverser déjà les statues de Plaulien, dressées dans son gouvernement; il paya ce zèle de rexil. Plautien fut plus puissant que jamais. Il donna sa filie, Plautille, avec une dot qui eût suffi à quarante reines, au fils aîné de Sévère, à Bassien, qui n'en voulait point; il obtint, ce qui avait été refusé à Séjan, d'entrer dans la famille de. l'empereur. Heureusement, Julia Domna veillait plus que Sévère. En haine de Plautien, elle excita son fils contre Plautille, d'ailleurs flère et insoleiUe comme son père. Le fils aîné de Sévère n'avait que trop de pente à suivre ses passions. Il maltraita Piautille ; il menaça son beau-père. <c Quand il serait le maître^ il se débarrasserait bientôt, disait-il, du joug que son père et lui subissaient. » La discorde renaissait au palais comme sous les premiers césars. Sévère, qui avait terminé trois guerres civiles, ne pouvait plus gouverner sa maison. Déjà Plautien, comme tous les autres préfets du prétoire, prenait ses sûretés. Un soir, un tribun des prétoriens. Saturnin, et deux autres, se présentent au palais impé-

rial, demandent à parler à Sévère, et se jeltent h ses pieds: « Plautien, • disent-ils, c les a envoyés contre lui pour le Jiier; » et ils lui montrent Tordre écrit de la main du préfet du prétoire. Septime Sévère n'en veut rien croire; il pense que c'est une ruse de son fils Bassien, présent à cette scène. « Qu'on fasse chercher Plaulien sur l'heure, reprend celui-ci, on verra bien la vérité.» Plautien arrive; confronté avec les dénonciateurs, il repousse leurs accusations comme des calomnies. Sévère balançait, quand Bassien, soulevant la tunique du préfet du prétoire, s'écria : t Pourquoi venir à cette heure, cuirassé, comme dans la maison d'un ennemi? » et tirant son poignard, il se jeta sur son beaupère; les gardes, qui étaient là, ne lui laissèrent pas le temps de commettre un meurtre et se chargèrent euxmêmes de la mort de Plautien. Le lendemain, au sénat, Sévère déclama contre l'ambition qui ne sait jamais se contenter, et fit condamner la mémoire de celui qu'il avait tant affectionné. Pour plus de sûreté, il divisa ensuite la préfecture du prétoire, et en donna les fonctions civiles au célèbre Papinien *.

Lps dernières anni^ips d«» Spptime Sévère furent em-

•EPTIME SÊVËRE. tSf

et donnèrent promptement au priais le spec*

f- (te leurs désordres. Le père, qui faisait de l'histoire lecture favorite, s'épuisa à leur citer les exemples fu- ^..iestes des frères ennemis, et à leur réciter les discours pFde Philippe IH de Macédoine ou de Uicipsa à leurs fils. Il pensa enfin les arracher à ces discordes, en leur donnant les exercices et les occupations d'une guerre; et il les entraîna au bout de l'empire, en Grande Brelagne, contre les Calédoniens. Cette dernière expédition fut pour lui pleine de mécomptes.

L'empereur, dans cette campagne, ne retrouva ni son ancienne ardeur, ni ses légions d'autrefois; il se vit avec douleur obligé de ramener sa frontière en arrière, en élevant une muraille, en deçà de celle du pacifique Adrien. Tourmenté de la goutte, il ne pouvait plus conduire ses soldats qu'en litière. Le jeune Bassicn profita des souffrances paternelles pour tourner le vieux soldat en ridicule, détacher de lui les légionnaires, et conspirer peutêtre contre son père, afin d'hériter seul de lui. Dans une marche, le jeune homme aurait dégainé tout à coup; l'épée à la main, il se précipitait sur l'empereur, quand un cri de ceux qui n'étaient point prévenus l'arrêta. Le vieil Africain fit faire halte et forma un tribunal; le préfet du prétoire, Papinien, la justice môme, était à côlé de lui. t Malheureux, dit l'empereur à Bassien, tu n'as pas la patience d'attendre la fin de ce misérable corps! eh bien I si tu le crois utile, frappe maintenant, en présence de tous; ou, si tu n'oses essayer une seconde fois de tremper tes mains dans le sang de Ion père, ordonne au préfet du prétoire de frapper, pour que ma mort ait Tapparence du moins d'un jugement légitime. » Après cette sortie, sa cruauté se réveillant. Sévère fit égorger quelques soldats; les autres demandaient grâce : t Vous le voyez, s'écria- t-il, c'e^t i^ tète, ce ne sont pas les pieds qui commandeQtf » Il

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eut qaelque temps la pensée de sacrifier Bassien au bien de l'empire. Le sentiment paternel l'emporta encore dans cette âme si cruelle; et l'empire n'eut point son Brutus, comme la république.

Epuisé par ces riolentes scènes, Septime Sévère se sen« tit bientôt prés de sa fin. Sa mort fut pleine de mélancolie et de gravité. « J'ai été tout, disait-il, et tout n'est rien. » Avait-il deviné la fragilité de sa restauration impériale? En regardant l'urne qui devait renfermer ses cendres ; t Voilà donc, répétait-il, où tiendra celui que n'a pu contenir Tunivers. i Se souvenait-il^ au lit de mort, de tant de sang versé, en effet» pour un si mince résultat? Ce sentiment de la vanité des choses décelait encore son origine sémitique. Il fit venir une dernière fois ses fils : c J'ai trouvé, leur dit-il, la république en bien mauvais état; je remets entre vos mains un empire solide si vous vous conduisez bien« chancelant si vous agissez mal. » Quelques heures avant sa mort, on vint lui demander le mot d'ordre : « Travaillons ! i répondit- il *•

I, Spart. S^t;., 18-9^. Dioo^LXXTi, Her. /.c*

CARACALLA ET HÉLIOGABALB

Gloire et superstition.

Septîme Sévère avait cru fortifier le pouvoir, en faisant, de l'empire républicain d'Auguste, l'empire militaire. Après lui, le pouvoir se trouva davantage encore livré aux intrigues de femmes, qui prirent, du pays d'où elle? sortaient, un caractère tout oriental. Ses successeurs y gagnèrent de périr de la main des prétoriens, au lieu de celle des sénateurs ou des chambellans. C'est le spectacle que nous offrent déjà les deux règnes de ses successeurs immédiats, Caracalla et Héliogabale, séparés seulement l'un de l'autre par la tentative d'usurpation du préfet du prétoire Macrin sur la famille sévérienne.

En modifiant l'empire, Septime Sévère ne l'avait point soustrait au vice radical qui en faisait une institution loute privée, une usurpation particulière, au lieu d'une institution publique. Il y avait eu seulement pacte nouveau, contrat plus étroit encore, pour l'exploitation en commun de l'Empire, entre une nouvelle famille et les armées de l'Etat. Le même vice porta des conséquences

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semblables. La monarchie, insiituée comme un pouvoir public, ne se partage point. Entreprise privée, elle peiit se transmettre comme un héritage de famille, se partager entre les enfants comme une succession civile. Septime Sévère divisa le pouvoir impérial, comme une forlune gagnée, entre ses deux enfants, Bassien Antonin, Taîné, surnommé plus tard Caracalla, et Géta, le plus jeune. Les historiens romains se sont ingéniés à trouver dans le caractère différent que montrèrent ces jeunes princes, dès leur plus bas âge, Torigine de leur haine fratricide. Il faut la chercher surtout dans le partage que Septime Sévère fit de l'Empire entre eux. On Ta très-bien dit depuis : « Sur le trône, qui a compagnon a maître. •. Déjà plusieurs empereurs, par suite du défaut dinstitutions politiques, qui était le vice essentiel de l'Empire, s'étaient crus obligés, pour leur plus grande sécurité, de se défaire de tout parent dans lequel ils pouvaient soupçonner un rival. Associer deux frères sur le trône, c'était condamner Tun au meurtre, l'autre à la mort. Septime Sévère, qui .avait imprimé au monde entier une indicible terreur, n'avait pu comprimer Tessor de cette haine de frère. Après lui, Julia Domna, sa veuve, femme éclairée,

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logement, leurs gardes, leur armée, toujours prêts à s'attaquer ou à se défendre. A Rome, ils se divisèrent le palais impérial, bouchant et barricadant toutes les communications qui eussent pu donner passage de l'un chez l'autre. Le gouvernement allait cependant comme il pouvait, fis voulurent enfin se partager l'empire. Garacalla en fit la proposilion, dans un conseil auquel assistaient sa mère, Julia Domna, et les jurisconsultes les plus célèbres du temps, Papinien, Paul, Ulpien. A l'un l'Europe, à l'autre l'Asie; le sénat et les légions seraient également partagés comme accessoires au principal.

Partager la glorieuse conquête de la république comme un héritage de famille! Les jurisconsultes qui consacraient alors leurs veilles à constituer l'unité polilique et législative de l'Empire, tenaient leurs regards fixés à terre. Plus courageuse, Julia Domna couvrit, dit-on, l'unité de l'Empire du cri éloquent du sentiment maternel : t Vous pouvez, dit-elle, vous partager la terre, les eaux, vous partagerez-vous le cœur de votre mère? » Ce fut l'arrêt de mort de Géta. L'aîné des fils de Sévère, ne pouvant partager, voulut le tout. Il manda son frère pour se réconcilier avec lui devant leur mère. Des gardes étaient aposlés. A la première altercation qui s'éleva entre eux, Bassien Antonin fit un signe, et donna l'exemple luimême, en se précipitant l'épée à la main sur son frère. Julia Domna entoura en vain le malheureux de ses bras; elle fut blessée à la main, et n'eut bientôt plus sur son sein que le cadavre d'un de ses enfants *.

Bassien Antonin, encore tout sanglant, se jeta hors de son palais, s'écriant qu'il avait échappé à un grand danger. Il gagna ainsi, au milieu du peuple effrayé, le camp des prétoriens, pénétra dans le temple où Ion déposait

i. Hérod. 8« Dion Cassius, lxxvl Spart. Carac., 1, 2. Geta, 1 à 4.

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les enseignes des légions, et s'y roula à terre avec des cris déchirants. Les soldats accoururent; il répéta qu'il avait failli être tué, mais qu'il était le maître enûn de faire aux soldats qu'il aimait tout le bien possible. Les soldats comprirent ; ils eurent honte et horreur d'abord, puis se résignèrent à accepter pour la rançon du sang deux mille cinq cents drachmes par tète. Les économies de Septime Sévère, accumulées dans des temples, servirent à payer la mort d'un de ses enfants. Au sénat, le meurtrier rappela que Romulus, pour fonder Rome, avait dû tuer Remus; parmi les premiers fondateurs de l'empire, Tibère n'avait-il pas tué aussi Agrippa Posthumus, etNéron^ Briiannicus? L'assassin^ au mépris de l'histoire, accusa enfin Marc-Aurèle d'avoir tué Vérus. Il aurait voulu que le grand jurisconsulte Papinien fit la théorie complète du fratricide, jusque-là seulement pratiqué, t II est plus aisé de commettre un crime que de le louer; c'est tuer une seconde fois un innocent que de l'accuser,! répondit Thomme de loi, moins complaisant que le phi* losophe Sénèque. Lui et son fils, alors consuls, payèrent de leur vie ces courageuses paroles. Ce fut le commencement de nombreuses exécutions. Une sœur de Marc-

^^^arfois comme la parodie. Septime Sévère s'était ^mè de négliger et de dépouiller le sénat; Caracalla

^ imilia. Il faisait attendre les sénateurs des journées

iitières dans le vestibule, tandis qu'il festoyait avec ses

/amis. S'apercevait-il de leur présence, il ne prenait pas

^ même la peine de les saluer. S'il les emmenait av€c lui dans ses voyages à travers l'empire, c'était pour se faire préparer par eux des palais improvisés que, la plupart du temps, il n'habitait pas, et dresser des cirques où il ne célébrait point de courses. Le peuple ne connut de lui que l'augmentation des impôts; il éleva en effet du vingtième au dixième l'impôt mis sur les successions. Il ne fut pas indifférent aux provinces; mais, suivant le lîîot de Spartien, il y commit beaucoup de choses contre les hommes et contre les droits des villes. Dion Cassius arjoute que, durant son régne, les provinces furent tellement ruinées et détruites, et le peuple de Rome si affamé, que les citoyens, rassemblés un jour au grand cirque, se prirent à crier à haute voix : a Nous tuons et faisons mourir les vivants, pour avoir l'occupation d'ensevelir les morts. Ts> Sévère aimait à avoir son trésor plein. Caracalla ayant vidé, dés les premiers jours, l'épargne paternelle, disait que personne autre que lui ne devait avoir d'or et d'argent. Pour exécuter sa menace, il donna le premier l'exemple de frapper et de répandre pour les citoyens de la fausse monnaie. Sa mère lui faisait quelques observations au sujet de ces finances mal acquises, et plus mal dépensées : t Tant que j'aurai du fer, dit-il en frappant sur son épée, je n'aurai faute d'or ou d'argent.» Pour remj^lacer les accusations publiques et les délateurs, qui disparaissaient avec les souvenirs de la république et d'un gouvernement où se conservaient encore quelques reste . de publicité, Sévère avait inauguré le régime de la police secrète. Caracalla, l'exagérant encore, couvrit l'Empire

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d'une armée d'espions, de spéculateurs dont la puissance s'éleva aa-dessus de celle des magislrals ^

L'aJminislratioQ, Caracalla la laissa aux mains de sa mère et des jurisconsultes sévériens. C'est donc à eux qu'il faut faire remonter l'honneur de cette fameuse constitution Antonine, qui fit citoyens romains tous les habitants libres de toutes les provinces. On a remarqué avec raison que les nombreuses concessions du droit de cité^ faites par les prédécesseurs de Caracalla, et les progrès de la législation civile qui confondait peu à peu le droit qui* ritaire avec le droit des gens, avaient déjà singulièrement avancé cette révolution. La différence était déjà fort amoindrie entre l'Italie et les provinces. La constitution Antonine ne fit guère qiie proclamer un fait accompli. Les anciennes distinctions entre les citoyens, les Latins^ les Italiens, les fédérés^ les sujets achevèrent de disparaître; il n'y eut plus d'autre distinction que celle des hommes libres ou ingénus^ des affranchis et des esclaves; et le titre A'étranger ne s'appliqua plus guère qu'aux non-libres ou aux Barbares. Ajoutons que, le lendemain du jour où la liberté politique achevait de disparaître, le tilre de citoyen n'était plus guère conféré qu'à

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cissant^ à Tusage de la vie militaire, et en distribua un si grand nombre à Rome, qu'il en répandit Tusnge dans le peuple. Le nom de Caracalla en est resté à cet empereur, comme à Cnïus, successeur de Tibère, celui de Calignla, de la ehaussure appelée calige^ prise également des Gaulois, déjà en possession du privilège d'inventer et de propager les nouvelles modes.

Septime Sévère, empereur, était resté général, pour commander toujours ferme à ses soldats. Caracalla se ût soldat pour leur plaire. Il ne se contentait pas d'aller à pied, chargé comme eux, dans les marches; il parta* geait leur pitance. Fallait-il creuser un fossé, élever une chaussée, il était le premier, la pioche ou la truelle à la main. Souvent il mettait le costume et adoptait la blonde chevelure du Germain, dans lequel il vovait le type du soldat. Les soldats ravis l'appelèrent « compagnon ; > il le souffrit; mais la discipline n'en alla pas mieux. S'il partagea leurs fatigues, il leur laissa imiter ses vices; et s'il donna parfois l'exemple des rudes travaux, il propagea plus souvent celui du relâchement de la disciplitie. Il n'y eut bientôt plus de n^spectdans l'armée pour le prince; les soldats mêlèrent Caracalla à leurs petites querelles comme à leurs jeux et à leurs travaux ; et il n'eut bientôt plus d'autorité, pour imposer sa volonté. Deux soldats se disputaient une outre de vin, devant l'empereur; il leur ordonna d'en faire un égal parlage; les deux soldats, aux yeux de l'empereur, coupèrent l'outre en deux et en répandirent le vin à terre. Caracalla ne sut pas retrouver plus tard l'occasion de rélablir son autorité méconnue, comme Clovis au sujet du fameux vase de Soissons; un Barbare lui eût donné des leçons de commandement.

Leflte de Septime Sévère aurait bien voulu aussi donner à son règne le prestige de la gloire. H tenta d'abord

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quelques expédition au delà du Danube, coulre lesGoths ou Gêtes, ces redoutables Barbares de la Germanie, qui inquiétaient sans cesse cette frontière de l'Empire. Il les battit plusieurs fois; plus souvent battu, il acheta plutôt qu'il iilmposa la paix â ces barbares. L'Orient parut devoir lui offrir des lauriers plus faciles à cueillir. A peine en effet eût-il mis le pied sur celte terre classique de la gloire, qu'il se crut un héros, ou du moins voulut le persuader. Sur les ruines de Troie, près du tombeau d'Achille, il prétendit imiter ce héros homérique. Il ne lui manquait qu'un Patrocle; un sien secrétaire, Festus, qu'il aimait^ mourut à point, empoisonné, dit-on. Il sacrifia sur son tombeau, comme Achille sur celui de Patrocle. Les savants remarquèrent méchamment qu'il ne trouva point sur sa tôte chauve à faire, comme Achille, l'offrande de ses cheveux. Sur les champs de bataille du Granique et d'Issus, autre fantaisie de gloire. Garacalla crut et voulut être Alexandre. Il écrivit au sénat que l'âme de ce glorieux conquérant, ayant passé trop peu de temps sur la terre ^ était entrée dans son corps pour achever ses exploits. Il compta Alexandre parmi ses préJécesseurs, l'appelant YAuguste et l'empereur de

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