MACRIN
l'élendlt roide raorl. Le flls du fondateur de TEmpire militaire mourait de la main d*un soldat
Hacrin.
< Commande qui voudra, s'écriëfent les sénateurs^ à la nouvelle de la mort de Garacalla, pourvu que ce ne soit plus le parricide, l'assassin de la république. » L'armée, comprenant qu'elle avait fait un pacte avec la famille sévérienne, eût voulu pour maître un descendant de Septime Sévère. Mais il n'existait plus que deux jeunes enfants, à peine parents de cet empereur, petils-Ols de la sœur de sa veuve, Julia Mœsa; et ils étaient loin, à Aniioche. Les soldats, en pays ennemi, menacés par Arlaban, qui revenait en force, étaient pressés d'avoir un chef. L'armée prit donc son préfet du prétoire, pour en essayer provisoirement; et Macrin, proclamé, se hûla de faire (outes les réparations possibles à Artaban, pour revenir s'assurer de l'Empire. La veuve de Seplime Sévère ne se résigna pas d'abord à n'être plus rien* De cet Orient tout plein de légendes, elle eut un moment la pensée de revenir à Rome, comme une Sémiramis, une nouvelle Nitocris.
MAGRIN. ISS
refleurir les sénatas-consultes que les rescrits avaient remplacés, les sénateurs lui décernèrent tous les honneurs et la noblesse qui lui manquait. L'empereur Macrin commença à diminuer la paye des nouvelles troupes, à ramener les anciennes à la discipline de Septime Sévère, et il sévit même contre elles. Les soldats trouvèrent que, de la part d'un juriste qui ne partageait point avec eux les fatigues des camps et qui s'était hâté d'acheter la paix, c'était beaucoup exiger; ils craignirent des réformes plus radicales et se montrèrent disposés à les prévenir; il ne leur manquait qu'une occasion et un nom.
Quelques troupes nouvellement recrutées étaient retranchées dans un camp, prés de la ville d'Ëmèse, où s'était retirée Julia Mœsa, la belle-sœur de Septime Sévère, avec ses deux filles veuves, Sohemie et Mammée, et l'enfant que chacune d'elles avait de son mariage. La vieille Julia Mœsa avait repris l'intendance du temple que son père avait possédée; en attendant mieux, elle avait fait l'atnë de ses petits-fils, Avitus Antonin, grand prêtre. Les soldats admiraient beaucoup Antonin, que Julia Mœsa avait soin d'habiller richement^ quand il faisait, au son des flûtes et des cymbales, avec les jeunes gens et les jeunes filles, les évolutions processionnelles et les danses consacrées autour de la statue de son dieu. L'habile Julia Mœsa en profita; elle répandit le bruit, peu à Thonneur cependant.de ses filles, que ses deux petits-fils étaient les enfants adultérins de Caracalla, si aimé des soldats; et elle ne manqua pas surtout d'y ajouter le récit des immenses richesses qu'elle possédait, comme héritière de Julia Domna, et comme intendante du temple le mieux achalandé de l'Asie. Bref, les recrues introduisirent un jour dans leur camp Julia Mœsa, ses filles, ses petitsfils, et proclamèrent l'aîné de ceux-ci, le prêtre du soleil, Héliogabale comme on l'appelait en Orient^ empereur.
HËLIOGABALE.
Macrin en appela aux populations civiles. Il publia le montant des sommes que Caracalla avait prodiguées aui soldats, et envoya un de ses généraux, Julien, avec quelques vieilles légions, au-devant des soldats défectionnaires. Les populations civiles ne bougèrent point; Julien ^,i ses soldats tournèrent. Julia Mœsa, ayant maintenani f jne passable armée, marcha contre Macrin et le rencontn Tur les confins de la Syrie et de là Phénicie. Il se trouva dans l'armée du jeune Héliogabale un eunuque, Gannys, pour bien disposer ses troupes. Au milieu du combat* malgré l'avantage que remportaienl déjà les siens, l'empereur juriste prit peur et s'enfuit Au contraire, la vieille Julia Mœsa et ses deux filles se précipitèrent, les cheveux épars, au-devant de leurs soldats qui fuyaient; le jeune prêtre du soleil lui-môme se jeta sur un cheval, tira l'épée, et, comme saisi d'une divine fureur, s'élança au milieu des ennemis. Femmes, enfant ramenèrent leurs soldats au combat. Des troupes de Macrin, les unes s'enfuirent, les autres passèrent au vainqueur. Lui-même fut atteint dans sa fuite et massacré. Le prêtre d'une petite ville d'Asie, âgé de quinze ans, petit-fils d'une belle-sœur de Scptinio Sôvèrc, et retnité mlollôi in du yegveilè Cnracalla,
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et à revêtir un coslume romain pour s'essnyer i gouverner. Malheureusement l'enfant avait beaucoup plus de goût pour son ancien état que pour le nouveau, et obéissait moins aux conseils de sa grand*mère qu'à ceux de sa mère Sohcmie, véritable Orientale^ entachée des superstilions de son pays, et qui eroyait que son flls avait été élevé au premier trône de l'univers, pour lui imposer le culte dont il était prêtre.
Héliogabale resta donc fidèle à son ancien costume, à ses anciennes occupations. Pour donner à Rome un avantgoût de son règne, il envoya au sénat son portrait en pied, avec ordre de le suspendre dans la salle des séances, au-dessus de Tautel de la Victoire. Les sénateurs purent le contempler à leur aise. C'était encore un grand enfant, rose et joufflu^ la tète ceinte d'une tiare enrichie de pierreries, le tour des yeux peint de vermillon, des colliers à la poitrine, des bracelets aux mains, sur les épaules une dalmaiique, avec une longue robe de soie et d'or qui traînait à terre, et des bottes enrichies de pierreries et de couleur carmin, qui remontaient jusqu'à mi-jambe. Tel était le magot oriental que les soldats avaient donné pour empereur au sénat et au peuple romain. Il n'en vint pas moins, sous la protection des épées prétoriennes, imposer réellement à Rome un gouvernement de sérail et une superstition nés au fond de l'Orient.
Les Romains virent avec colère les premières dignités de l'État, selon la mode des souverains d'Asie, prodiguées à des gens de bas étage, méprisés d'ailleurs à cause de leur origine asiatique. La préfecture du prétoire revint h Eusychianus, ancien danseur; celle des gardes de nuit au cocher Gordius, et celle des vivres au barbier Glaudius. Les lieutenances, les gouvernemenls dans les provinces, les places vacantes au sénat furent dislribués à l'avenant. La première fois qu'il présida le sénat, Hélioga*^^
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baie y fit asseoir sa grand-mère, Julia Mœsa, qui délibéra, dit son avis comme un sénateur, et signa le sénatus-consulte qui y fut rédigé. Elle arrivait dans un temps où elle pouvait essayer avec plus de succès ce qu'avait prématurément tenté Agrippine. Pour donner un rôle aux femmes dans la vie politique, cette Syrienne, en face des Pères conscrits, composa à Rome une sorte de sénat féminin avec les femmes des plus hauts fonctionnaires de l'Empire, et lui donna pour attributions de faire des lois somptuaires et de trancher des questions d'étiquette ap« plicables à la plus belle et à la plus riche moitié de 1 Empire romain. Les Mères conscrites rendirent des sénatus-consultes sur les costumes, les joyaux des dames de différentes classes, leurs droits de préséance dans les cérémonies publiques, et l'usage qu'elles pouvaient faire, selon leurs rangs, dés chars suspendus ou non suspendus, des mules, des chevaux ou des ânes^ sur la voie publique. Le temps était bien loin où le vieux Caton avait gourmande les maris républicains, pour avoir laissé leurs femmes faire une sorte d'émeute sur la place publique contre les lois sompluaires dirigées contre leur luxe naissant.
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privoisés, et quelquefois de femmes demi-nues. Dans ses banquets à Tingt-deux services, et qui ne coûtaient jamais moins que cent mille sesterces, paraissaient chaque jour tous les produits de la création. Il tenait à ce que les bêtes qu'on lui servait conservassent autant que possible, sous leurs apprêts culinaires, leur forme naturelle et leur air vivant, à ce point qu'il ne touchait qu'aux poissons accommodés à une sauce couleur de mer et assez transparente pour les laisser briller dans leur robe d'écaillés. Il arrosait le tout d'un vin rose, qu'il avait inventé ou au moins perfectionné. Pendant le repas, des lambris tour* nants inondaient les convives tie fleurs et d'arômes ; et il laissait aux convives qu'il aimait l'argenterie et les couper dont ils s'étaient servis. Quelquefois, prenatit en moquerie ses parasites^ ce gamin de la tyrannie leur ser* vait la représentation en relief ou en tapisserie des mets les plus succulents, les faisait asseoir sur des outres gonflées de vent, qui, en s'affais<«ant, les renversaient par terre; et alors il lâchait sur eux, pour rire de leur peur^ ses lions, ses léopards et ses ours, auxquels il avait fait cependant arracher leura ongles et leurs dents K
Ce fut moins un nouveau gouvernement qu'une religion nouvelle que le prêtre asiatique prétendit imposera l'Empire, religion dont la débauche, comme dans les cultes orientaux, était le fond. Son premier soin avait été défaire transporter à Rome, avec grand respect et révérence, son dieu du temple d'Émése, une pierre noire taillée en cône, en forme d'un rayon du soleil dont elle était l'image. Il lui fit bâlir, prés du palais impérial et dans un des faubourgs de Rome, deux temples, pour promener de Tun à l'autre son dieu, traîné sur un char par six grands cberaux blancs, qu'il conduisait lui-même à reculons.