I. Lampr. Héliog., 1, 2. Hérod. 4, 3. Dion^ t.xxis
HËUOGABALE.
Les sénateurs, les premiers officiers de TEmpire, en robes traînantes à la phénicienne firent^ avec lui^ aulour da dieu et au son du tambour, les évolutions consacrées; les cohortes prétoriennes accompagnèrent les processions de son dieu à travers la ville. Les magistrats romains, dans les sacrifices publics, durent enfin invoquer d'abord Baal, dont il voulut faire le premier des dieux, el auquel il prétendit subordonner tous les autres.
11 ne faut point trop s'étonner de renconti'er dans un empereur asiatique cette singulière visée. Le monde entier, sectes philosophiques et superstitions païennes, néoplatonisme et gnoslicisme, polythéisme de toute origine, romaine, grecque, orientale, au moment où toutes les races se confondaient, étaient comme en travail de l'unité de Dieu, dont tous avaient soif, et dont le christianisme réussissait déjà à organiser secrètement le culte. Le plus étonnant pêle-mêle de mysticité religieuse et de superstitieuses pratiques, de spéculations philosophiques et de rêveries théosophiques, d'exaltation et de magie, de légendes et de fables, y poussait par toutes les voies. Le stoïcisme avait ramené les dieux de l'Olympe à ridée d'une proviilenre universelle. iMaxirne tîe Tyr ut le
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tions et les plus audacieuse» tentatives. Rien d'étonnant qu'on prêtre d'Émèse, entouré de tliéosoplies, de prêtres superstitieux^ de magiciens^ Timagination toute remplie des plus monstrueux accouplements de doctrine, ait voulu faire servir l'autorité du grand pontife de Tempire romain, et la puissance de l'empereur, à réaliser aussi son unité religieuse, et à imposer au monde un dieu de sa façon, dieu un, et roi de tous les dieux!
On vit, en effet, Héliogabale faire à son dieu Baal une cour de tous les autres dieux. II tran5;porla, sous le toit du temple qui lui était dédié, jusqu'au feu sacré do Vesta, au bouclier céleste et au palladium de la fortune romaine. Il célébra devant lui tous les mystères, ceux de Cybéle, entourée de ses prêtres mutilés, et ceux de la Yénus syrienne, qu'il représenta lui-même, pleurant avec des cris plaintifs la perte d'Adonis. Un historien païen nous assure qu il aiirait voulu mettre le combla à œ pandaernoniûm de superstitions en y faisant figurer jusqu'aux cérémonies des Juifs, des Samaritains et des Galiléens. Quel était le but de cette étrange promiscuité religieuse? —la découverte, la création du dieu inconnu que le monde cherchait encore. Le vieux mythe d'Osiris et d'Isis, principe mâle et femelle dont l'union avait produit autrefois, selon la légende orientale, le dieu complet, l'hermaphrodite Horcus, occupait alors les imaginations, comme bien d'autres rêveries superstitieuses encore. Héliogabale crut pouvoir renouveler l'union miraculeuse, et déterminer, dans la chaude atmosphère de ce pandaernoniûm, le divin enfantement. Il chercha une épouse à son dieu Baal. Après avoir repoussé la déesse Pallas, comme trop guerrière ou trop sage, il fit choix de la déesse africaine Uranie, en Asie, Astarlé, fiancée de mauvais renom en Occident, parce qu'elle avait présidé au temple syrien, où les femmes Misaient sacrifice de leur verta^ mais qui était d'autant
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mieux vue d'un prêtre d'Asie. Les divines noces furent célébrées, non-seulement à Rome, mais dans tout l'Empire. Les provinces envoyèrent à Tenvi des présents pour la dot de la divine fiancée; Héliogabale fit faire force sacrifices, immola des victimes humaines, de beaux enfants enlevés à leurs parents, et commanda aux prêtres, aux magiciens et aux sorciers, force incantations et étranges enchantements pour assurer la fécondité du mariage. On attendit le dieu. Le dieu ne vint pas; les divines noces n'aboutirent point. Mais Thiérophante Héliogabale était doublé d'un empereur. Comme quelques-uns de ses prédécesseurs, il était dieu aussi. Après avoir fait et rompu plusieurs mariages, il épousa, au grand scandale des Romains, une vestale enlevée au temple, afin^ dit-il, que de Tunion du souverain pontife et d'une prétresse de Vesta, naquit le divin enfant. Dieu impuissant et tourmenté de produire^ il se crut bientôt femme, « dame et reine, > prit la quenouille, fila, se fit épiler, barbouiller le visage de fard; enfin, il prit un mari, le Carien Hiéroclés, mari jaloux dont il s'attira les gourmades en feignant l'inconstance pour pousser jusqu'au bout la vérité de son rôle, et qui ne souffrit point de rival, témoin Soticus, qu'il ren-
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privées du culte d'Astarté. Tel est au moins le tableau que les hisloriens occidentaux, que durent scandaliser les monstrueuses fantaisies de ce prêtre d'Asie, nous présentent de son règne *.
11 est certain que la poliliqu^ Julia Hœsa comprit bientôt que son fils perdait toute la famille^; les prétoriens eux-mêmes s'aperçurent qu'ils avaient fait un mauvais choix. La gi and'mëre et les. soldats se liguèrent contre Héliogabale; ils lui firent adopter d'abord son cousin, le fils de Mammée, qu'on nommait Alexandre Sévère^ aussi précoce dans le bien qu'Héliogabile Tétait dans le mal. Le prêtre d'Émèse, jaloux du fils adoptif qu'on lui avait imposé au lieu de celui qu'il rêvait, tenta une première fois de s'en défaire. Les prétoriens faifllirent lui faire payer de la vie cette tentative; ils ne lui firent grâce qu'après avoir dispersé ses prêtres, ses magiciens, ses bouffons asiatiques, et chassé son mari Hiéroclès. La seconde tentative que fit Héliogabale contre son cousin lui coûta la vie. Lorsque les soldats pénétrèrent dans sod palais^ pour en finir celte fois, Héliogabale s'enfuit. De puis longtemps» le jeune voluptueux s'était préparé uuw belle et riche fin. Sachant que les Césars ne mouraient pas dVdinaire dans leur lit, il avait une provision de petits poignards dores, de cordons de soie et de pourpre, de poisons subtils enfermés dans des améthystes et des émeraudes ; enfin, au pied d'une iour, il avait fait disposer une mosaïque incrustée d'or et de pierreries, pour se précipiter sur celte mort opulente. Il n'eut point le courage de choisir : on le trouva dans un ignoble lieu. Les soldais l'y massacrèrent et le traînèrent ensuite par les rues de la ville, jusqu'à un égout où ils voulaient le précipiter; l'ouverture se trouva trop étroite : il fallut al«
i. Voir surtout Lampr., 19 à 22^ 25 à 8i«
ai
I6« HÉLIOGÂBALfi.
1er jusqu'au Tibre. Le, ils lui mirent une corde ayec une pierre au cou, le précipitèrent du haut du pont, et, aa lieu de la belle fin qu'il avait rèfée, lui donnèrent la mort immonde d'un chien.
f Les fasles de l'empire romain, dit quelque part son judicieux historien. Gibbon, sont précieux pour qui veut étudier de près la nature humaine. Les personnages faibles et pâles des temps modernes ne nous présentent point des caractères à la fois aussi nets et aussi variés. On pourrait saisir dans les empereurs romains toutes les nuances de la vertu et du vice, depuis la perfection la plus sublime jusqu*à la plus basse abjection de l'espèce. » C'est ce que l'histoire de Caracalla et d'Héliogabale nous a peut-être encore prouvé. Parmi les monstres ou les fous que comptent les empereurs romains, il y a des monstres et des fous d'espèces très-différentes. Caracalla et Héliogabale ne sont ni Caltgula, ni Néron^ et ceux-ci ne sont ni Domitien ni Commode; ils ont chacun leur trait spécial de monstruosité ou de folie. Il est un trait commun p2ir où cependant ils se ressediblent tous, c'est qu'ils ne veulent point rester à leur place, être ce qu'ils sont, empe* On
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Le Droit romain et la Heligion chrétiennob
A la mort d'Héliogabale, Toccasion était belle pour ce qu'on peut appeler avec quelque raison dans TEmpire le parti civil, composé de lettrés, de philosophes, et surtout alors de jurisconsultes, depuis que renseignement du droit, devenu public à partir d'Adrien, avait perfectionné encore cette science et multiplié ses adeptes. Le sénat tenta en effet de s'approprier, pour ainsi parler, le nouvel empereur, Alexandre, en lui conférant en un jour les titres de César, d'Auguste, avec le grand pontificat, la puissance tribunitienne et Teropire proconsulaire. Il aurait voulu, pour prendre encore mieux possession de lui, lui faire adopter le nom d'Antonin, qui rappelait l'époque la plus libérale et comme la plus civile de l'empire ^ Le nouveau souverain refusa ce nom, si difficile à bien porter, et d'ailleurs souillé par Héliogabale; et il donna bonne opinion de lui, en déclarant qu'il aimait mieux laisser un nom que le sénat pût ensuite offrir à ses suc* cesseurs.
i. Lampr.y Àlex.^ ch. Ti-tu*
864 ALEXANDRE SËVÉRB.
Alexandre, qu'on appela bientôt Sévère, ftgé alors de quatorze ans, avait eu dans Hammée, fille de Julia Mœsa, une mère aussi sage, aussi habile et aussi vertueuse que la mère d'Hëliogabaie l'avait été peu. Soliemie, la prêtresse du Soleil, était bien le type des superstitions vieillies et même criminelles de l'Asie. Manimëe, au contraire, était le produit de la h mie éducation gréco-a?ialii|ue de ce temps, perfectionné cependant par la pralifue romaine. Elle avait conservé de sa grand'tante, Julia Domna, la femme de Sepiime Sévère, le goût des compagnies et des» entretiens philosophiques. Rhéteurs et poètes latins et grc'cs, philosophes et théosophes, alexandrins et juifs, docteurs chrétiens même, s'il est vrai que le célèbre Origène la connut, se rencontrèrent auprès d*elle et contribuèrent à former son esprit à la fois élevé, tendre et viril. De l'enseignement chrétien dont elle fut touchée peut-être, elle comprit et prati^iua les devoirs qu'une mère coniracie envers son enfant. Veuve de bonne heure, Mamniée donna pour précepteurs à son fils les hommes d'origine fort diverse, comme on voit, mais distingués et bien choisis, qu'elle attirait auprès d'elle; elle surveilla
ALEXANDRE SiEVÊRB.
fut, s'il est possible^ encore plus soignée. Mdmmée, sans le condamner au rigorisme stoïcien, Taccoutuma à la frugalité dans ses repas, à la simplicité dans ses vêtements, à la modestie et à raffabilité dans ses relations avec tous; elle le tint éloigné surtout des mauvaises compagnies et du culte encore plus dangereux de son cousin l'empereur Hêliogabale^ Jeune, beau, bien fait, plein de santé, Tair déjà martial, et ayant dans les yeux.un éclat dilflcile à soutenir, c'était un empereur qu'on aimait d'avance pour ses qualités morales et physiques.
Mammée peut élre regardée comme la première impératrice régenle qui ait à Rome officieusement gouverné; et elle mérita de le faire. Peu éblouie par la possession d'un pouvoir qu'elle avait vu perdre plusieurs fois d'une manière si malheureuse, elle maintint son fils dans la simplicité sévère à laquelle elle l'avait toujours accoutumé. Une simple toge blanche, avec une bande de pourpre, sans pierrerie.^, sans ornemenls, et, dans les cérémonies, la chlamyde d'or sur les épaules, composèrent son vêlement. Les friperies et les oripeaux du dernier règne furent vendus, l'or et les pierreries offerts en hommage aux dieux. On ne dut plus saluer Alexandre Sévère à la manière des Orientaux. Son palais resta ouvert à tous; il n'eut point de nomenclateurs auprès de sa personne; sa mémoire put y suppléer; des portiers au palais furent chargés seulement d'éviter l'encombrement de la foule. Affable pour tous, plein de respect pour les personnages d'âge et de distinction, Alexandre iuimètne demanda qu'on lui parlât comme à un sénateur, et dans les lettres qu'on lui adressait, ne souffrit que l'appellation c d'em* pertur. t
Dés les premiers jours, le nouvel empereur régla l'em-