Une restauration païenne
Dernier neveu du grancl Constantin, échappé comme par miracle à cette impitoyable loi du salut de TEmpire à laquelle Constance avait sacrifié le reste de sa famille, Julien souffrit, dans sa jeunesse, ce qu'il y a peu>être de plus dur après la mort : la captivité du corps et celle de l'âme. Relégué, sous une surveillance matérielle et morale très-étroite, d'abord au fond du palais épiscopal de révoque arien de Nicomédie, Eusébe; puis, au fond du château isolé de Macellum, en Cappadoce, il fut la première victime du secret découvert par Constance, et appliqué depuis par tant de puissants à leurs jeunes rivaux, et qui consiste à offrir le royaume du ciel pour consolati'^n à ceux qu'ils privent du royaume de la terre. Des prêtres, mis auprès de lui à cet effet, Tinitièrent aux mystères de la foi nouvelle, aux dogmes de la chute, de la Rédemption et de la Trinité, mais à une époque où Ton dréférait les obscurités d'une théologie subtile à la simplicité des enseignements des premiers temps. Baptisé
JULIEN* m
assez jeune, Il fut fait lecteur des saintes Écritures, et s'acquitta probablement de ces fondions dans l'église de Césarée de Cappadoce.
Ce n'était pas un excellent moyen de faire goûter les douceurs de l'Évangile que de les présenler à un jeune enfant comme une pièce du régime de prison auquel il était condamné, et de les gâter encore par toutes les ar* guties des discussions à la mode. Julien en contracta de bonne heure une aversion secrète, mais invincible, contre le christianisme; il l'associa aux infortunes, aux douleurs de sa jeunesse, et il le rendit responsable des superfétalions qui le défiguraient. Le jeune homme, parmi les maîtres et les enseignements dont on l'avait entouré, ne goûta d'abord de consolation qu'auprès d'un certain Mardonius. Cet honnête et excellent vieillard avait conservé, dans sa foi nouvelle, une admiration toujours également vive pour la poésie d'Homère et d'Hésiode, dont on faisait alors, à la mode des platoniciens, comme le reflet d'une sagesse supérieure et presque divine. Avec la pétulance d'un esprit éveillé et avide, le jeune Julien préféra cet enseignement à l'autre, mit Homère au-dessus de la Bible, et s'accoutuma de bonne heure, à travers le prisme des mythes de Platon, à voir dans l'Olympe, comme le prisonnier dans un pan du ciel, une image de la liberté*.
Favorisé, un peu plus tard, et sous la direction du gramranirien Hiéroclès et du rhéleur Ecebole, d'une liberté un peu plus grande ou plutôt d'une chaîneun peu plus longue, Julien, dans la Thrace et dans l'Asie Mineure, où il fut encore enfermé, reçut de la première connaissance qu'il fit avec le monde, et du spectacle dont il fut témoin, de» impressions analogues. Au-dessus de lui, un souverain,
1. Liban., t. i, p. 405, 408, 459; ni, 437. — Greg., Naz. Orat,, m, r.58.
474 JOLIEN.
son oncle. Constance, meurtrier de sa falttilte, eftéMné dans ses mœurs, tracassier dans ses croyances, voulait imposer violemment à tout l'Empire, comme à son jeune neveu, ce qu'il croyait être la vérité. Autour de lui, une église, alors triomphante^ se divisait, s'affaiblissait par de mesquines et interminables querelles; une coterie de prélats, maîtres de l'oreille du souverain, persécutait, au nom de l'humanité du Christ, d'autres prélats plus fiers qui souffraient l'exil ou la mort, au nom de sa divinité. Partout, au contraire, en Orient, les dieux autrefois chantés et les croyances recommandées par Fart magique des poètes étaient méprisés, honnis, persécutés. Quelques philosophcs oubliés rassemblaient seuls encore autour du nom de Platon des adeptes tous les jours plus rares; les rhéteurs dérobaient sous une admiration purement littéraire leur attachement au vieux culte; enfin, dans des temples en ruine, les derniers païens se cachaient pour brûler un encens discret et sacrifier quelques maigres victimes sur leurs autels délaissés. La lâcheté et les cruautés du maître, les scandales de Téglise persécutrice, semblaient préparer dans les esprits une réaction naturelle en faveur du paganisme et de ses adeptes, qui commençaient à souffrir maintenant ce qu'ils avaient autrefois infligé au christianisme. L'instinct de générosité naturel à une jeune âme rattacha Julien aux persécutés, comme le besoin, Tesprit d'indépendance l'avait jeté du côté d'Homère et des poètes du paganisme.
Les deux directeurs qui accompagnaient Julien, Hiéroclés, grand amateur de la littérature grecque, et Ecebole, qui changea plusieurs fois de religion au gré de ses souverains, n'étaient point faits précisément pour contenir ce jeune homme, dont l'ardente imagination échappait aisément à leur tutelle. Esprit pratique aussi bien que littéraire, âme positive et contemplative, éprouvant le be-
soin de savoir autant que de rêver, et d agir autant que de croire, le jeune Julien épuisa promptement, dans ses excursions à Conslantinople et à Nicoraédie, les leçons de la grammaire et de la rhétorique. Il désirait ardemment entendre le célèbre Libanius^ rhéteur païen redouté des chrétiens; il se procura au moins en secret ses legons, s'efforça d'imiter son style et sa manière, au point de surpasser ses meilleurs disciples. L'ardente soif de son cœur n'était point encore apaisée. Éloigné des plaisirs de son âge, tout aux travaux de Tesprit, il voulut enfin remonter des mots aux choses, des formes à l'être, de la rhétorique à la philosophie, comme on disait alors, de la science de la parole à celle de la sagesse, pour mettre d'accord avec ses actions ses idées, et appliquer dans sa vie les principes et les vertus qu'il aurait puisées à cette haute école. Malheureusement, en se détournant du christianisme, pour lequel il n'avait contracté que du dégoût, Julien n'avait d'autre choix que l'hellénisme. On appelait ainsi alors cette école du néoplatonisme qui, après avoir associé la littérature grecque à la religion païenne, la philosophie à la foi polythéiste, le culte des lettres à celui des dieux et la vertu au paganisme, avait recours, depuis Jamblique, à des cérémonies empruntées aux plus secrets mystères des anciens temps, pour remonter aux sources de Têtre premier, -et qui essayait ainsi de rendre au paganisme épuisé une vie qui lui échappait ^
Ce fut pour satisfaire cette soif de savoir que Julien, au risque de mécontenter Constance, alla consulter d'abord, à Pergame, le vieil Édésius, qui tenait de la
1, Nous avons consulté, outre les sources, les derniers travaux faits gur Julien : la thèse de M. A. Desjardins; Strauss, der Romnntiker auf dem Thf^M derCafsaren,,i%k1; Schulze^c^ Phiiosophia et moribus Juliani Apostat. , 1839; C. Sœmisch, Julian der abtrunmge, eincha rakterbild..,i%Q% Nous avons relu les quelques pages si pleines de M. Villemain, Eloq, chrét «tt nr« 9tècl9*
bouche môme du mattre Jamblique cet enseignement qui s'ingéniait à incarner dans les vieilles divinités de la Grèce le Verbe platonicien, et à chercher dans les antiques légendes une édification morale. Édésius était vieux; poussé par les questions ardentes du jeune homme : c Pressant ami de la sagesse, lui dit-il, mon corps est un édifice qui tombe en ruines; interroge mes enfants. » Deux d'enlre ses disciples, ChrysantheetEusèbe, le remplacèrent d'abord. Ils dévoilèrent à Julien les merveilles de l'Être un, parfait, du Dieu intelligible (votjtoç), archétype de la vertu et de la beauté, qui a son médiateur sensible (aî(79>3Toç) dans le soleil qui anime et féconde toute la création matérielle; ils lui enseignèrent l'unité divine créant le Verbe, puis se développant dans la pluralité des dieux, anges, démons, et s'objectivant dans les agents et les forces de la nature, qui gouvernent et qui composent toutes les parties de l'univers, et qui reçoiventde cetteunitè leur force et leur vertu, comme tous les astres doivent leur existence et leur éclat au soleil leur père. C'était là un aliment pour cel avide et chimérique esprit. Mais partout, le jeune homme insatiable, comme dans cette maison de campagne de Bithynie offerte par lui plus tard à un ami avec une description si charmante, partout et toujours, Julien interrogeait de ses avides questions, dans le silence de ses contemplations, l'astre brillant du jour ou les constellations de la nuit qui portaient le nom d'autant de divinités. Il n'était point satisfait encore. Maxime et Priscus, î> qui on le renvoya, étaient les plus fervents adeptes de l'art d'entrer en communication avec l'invisible, au moyen des extases et des cérémonies de la théurgie, et de solliciter même les confidences de quelque divinité, dans ce panthéisme complaisant qui réunissait tous les êtres. Ja-
i. Julien, Ed. Spanheim. — Orat., IT, f. i30f 146.
lien alla trouver ces mattres habiles. Ils le soumirent à une longue préparation, a un noviciat accompagné de jeûnes, d'abstinences, d'ablutions, de fumigations propres à énerver l'âme et à exalier l'imagination. Ils l'entraînèrent enenfin, prés d'Éphése, la nuit, dans la crypte du temple ruiné de Diane. Là, au milieu d'une musique enivrante de cymbales, et à la lueur de pâles flambeaux^ éperdu, il vit, aux paroles magiques de Maxime, se refléter comme au fond d'une lave brûlante qui bouillonnait dans un bassin de pierre rouge, le beau temple d'Éphèse qui avait été détruit. Lui-môme, ceint du diadème des augustes et dans le costume des souverains pontifes, sacrifiait à la déesse. H avait commis un de ces actes défendus depuis Constantin par la loi, et puni de mort par Constance ^ En entrevoyant la couronne impériale dans des mystères païens, il avait presque conspiré.
L'empereur Constance eut vent des écarts de Julien; il le renvoya sévèrement à ses fonctions de lecteur des saintes Écritures, et, après la mort de Gallus, l'appela môme à Milan, pour le surveiller et te contenir de plus près. Le jeune théosophe fut sauvé peut-être de la mort par l'impératrice Eusébie, qui le fit passer pour un amateur enihousiaste des vieilles rêveries de la Grèce, et obtint qu'on l'envoyât à Athènes. Cette ville ne conservait plus de son ancien caractère qu'une démocratie turbulente d'école, où la jeunesse faisait passer la royauté ou la iyrannie littéraire, selon ses caprices, du rhéteur de Cappadoce, Julien, à Diophante l'Arabe, ou de celui-ci à l'illustre et longtemps applaudi Proheresius. Au milieu des sectes philosophiques qui se disputaient encore le pavé à Athènes, Julien parut adopter celle des stoîques.
1. Liban., /. c, p. 876. — Eunap,, Vie de Max., éd. Boissonade, I, p. 49 sqq.
'lUURlf.
Il prit le manteau, porta la barba longue et pointoe. On le vit cependant pasaer à travers presque toutes les écoles et disserter à rAcadémie, au Portique, au Lycée, )ians oublier de suivre comme myste, grâce à la connaissance qu'il fit du grand prêtre d'Eleusis, les mystères de Gérés, de sa fille €ora et de Bacchus, les plus anciens alors et les plus redoutables de rhellénisme. A Athènes, il se lia d'amitié avec saint Basile, fut plus froid pour saint Grégoire de Nazianze, discuta avec eux sur le Verbe, entonna les louanges du dieu-soleil ou de la déessemère, fraya avec tous, discuta sur tout, charma ou éblouit presque tout le monde. Ce fut au milieu de ces occupations que, sur les conseils d'Eusébie, les eunuques de Constance vinrent lui apporter les insignes de l'Empire, avec la nouvelle qu'on l'avait créé césar ^ Constance en* voyait Julien en Gaule comme son frère Gallus, en com< posant le personnel de son administration et surtout de ses surveillants, en lui donnant même sa sœur Hélène pour femme, afin d'être bien sûr de lui. Eusébie seul l'encouragea véritablement, en lui faisant cadeau d'une bibliothèque de livres de philosophie et de livres militaires et en lui donnant quelques bons et sincères conseils.
Quel était ce jeune césar, gauche encore sous les babils impériaux qui venaient de remplacer ceux du philosophe? Il présentait bien des qualités et des défauts contraires. Petit et trapu, avec une physionomie intelligente et originale plutôt que belle sous ses longs cheveux lisses, un regard mobile et jetant parfois des éclairs, un nez long, droit, provoquant, de fortes lèvres ironiques, une barbe inculte et une marche saccadée, Julien joignait une âme élevée et saine à des passions singuliè-
1. Jul., Or. 5, 7, et fragm. — L!b., Or. 10, 12. — Greg. Naz,, Or, 5, 5. — Bagil., Ep., 207, 208.
rement maladroites, quelques idées belles et justes à des imaginations folles et à de longs raisonnements faux, un caractère noble et généreux à de grands travers d'esprit. Entêté et opiniâtre, dans des idées qui lui étaient chères, il avait appris des malheurs de sa jeunesse même à les cacher; il avait cependant plus de prudence que de dissimulation. Simple dans ses mœurs, pur dans sa conduite, sans grands besoins pour lui-même ; bien disposé pour les autres, il n'avait que des passions d'esprit et ne nour« rissait d'ambition que pour ses idées ^ Julien donna la meilleure preuve de son génie en sachant se tirer avec honneur de la position difficile où Gallus avait laissé son honneur et sa vie.
Le nouveau césar, parmi les familiers dont on l'avait entouré^ sut s'attacher le stoïcien Saliuste, qui devint pour lui comme un second père, et le platonicien Oribase, son tendre médecin. Il avait pour se faire des amis un art qui venait du cœur. A force de prudence et de sagesse, il échappa à la gênante tutelle de ceux qu'on avait mis autour de lui pour l'empêcher de marcher et de grandir; il éloigna ou annihila, en les prenant dans leurs propres pièges, Florentius, le préfet du prétoire, Ursicinus,ie mattre de la cavalerie, Barbation, le mattre de l'infanterie, et se saisit vigoureusement du pouvoir, au lieu de rester seulement entre leurs mains un mannequin inutile. Appliqué au gouvernement, il arrêta les exactions de Florentius et diminua les taxes de la Gaule. La frontière était envahie par les Alamans et les Francs; il s'improvisa guerrier et capi^* taine, mal k Taise d*abord^en apprenant les exercices mi« litaires^ mais déjà tout en possession de lui-même sur le champ de bataille. Il résista avec opiniâtreté, dans Autun
1. Amm. Marc. xxt. — Lib., 92. — JuL, Misap., p. SSS. — Greg.
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assiégé par les Barbares, et tint tète même à ses soldats mal payés. Il battit enûn cinq rois et cinq nations barbares à la grande bataille de Strasbourg, et poursuivit les Âlamands jusque dans la forêt Marcienne (forêt Noire), et les Francs jusque dans les marais de la Toxandrie (Hollande). Il conquit en quelques années l'attachement de la Gaule et le dévouement des soldats, c Marche, heureux césar, » crièrent les soldats dans les plaines de 1111» c nous l e suivrons où te mène ta fortune. »
Tout en déployant, surtout au dehors, les qualités d'un élève du Portique et celles d'un Romain des anciens jours, Julien avait une conduite inattaquable. Vivant simplement, couchant sur la dure, chaste dans un mariage qu'il avait fait avec quelque répugnance, se soumettant à des jeûnes, à des abstinences recommandées par ses dévotions particulières, il assistait aux cérémonies du culte chrétien, qui était alors la religion officielle. H réservaitsealement pour le soir le commerce chéri qu'il entretenait, dans de solitaires incantations, avec Mithra et fsis, ses (lieux favoris. Deux fois il écrivit le panégyrique de Constance, son souverain, et d'Eusébie, sa protectrice, gardant aus^i pour le secret de ses pensées ou pour ses songes Tavenir et Tespérance. t Le lion, dit Libanius, se cachait sous la peau de Tâne. » Peut-être n'eût-il jamais réagi aussi vivement contre le christianisme, et ne se fût-il point révolté contre son oncle Constance, si la mort de celui-ci l'avait amené naturellement au trône où sa naissance et son titre de césar l'appelaient. Les principes de récole stoïcienne Téloignaient de l'ingratitude et de la .lévolte en politique, comme de la violence en religion. F-a jalouse maladresse de Constance dégagea brusquement le sectaire du philosophe, et l'auguste du césar*,
1. Amm.M.,x?i,xvii.— Lib.,O;\3,i0,12.Socr.3. — Jul., «c? Athen.
JULIEN. w
Julien était assez philosophe pour souffrir que son oncle s'attribuât toutes ses victoires, dans des bulletins où il ne nommait pas môme le césar qui les remportait en personne à la tête de ses légions ; il savait que de vils et bas courtisans lui appliquaient le sobriquet de Victorimis; mais le stoïcisme lui avait appris le mépris de la gloire et des injures. Il ne fut pas assez chrétien pour faire le sacrifice de son ambition et de sa vie, lorsque Constance lui demanda, comme autrefois à Gai lus, ses meilleurs et ses plus dévoués soldats. Ces soldats étaient fort mécontents; ils avaient mis pour condition à leurs services qu'ils ne quitteraient point la Gaule. Julien, en leur donnant l'ordre du départ, recommanda au préfet Florentins de ne point les faire passer par Lutéce, où il était, à son palais des Thermes. Malgré lui, ils vinrent lui faire leurs adieux ; il les exhorta à Tobéissance. Mais pendant la nuit, les soldats, tout à leurs regrets, se mutinèrent; ils se portèrent aux Thermes avec les cris furieux de: t Julien auguste ! »• Le césar errait sur les bords de la Seine, en proie à une fiévreuse agitation : < Je me suis déjà présenté deux fois,» lui disait le génie de l'Empire, t sur le seuil de ta demeure, et deux fois tu m'as repoussé.: c'est la dernière fois que tu m'entends. «Julien revint vers les soldats mutinés, qui faisaient déjà voler ses portes en éclat. 11 chercha encore à les apaiser. Peine inutile ! on l'éleva sur un bouclier. On chercha un diadème. Un soldat détacha son collier de porte-dragon et le lui posa hardiment sur la tète. C'en était fait. De retour au fond de son palais, dans son observatoire, fenêtres ouvertes, jusqu'au matin, Julien interrogea, dans les formes consacrées par la magie, ces astres qui lui avaient souri dès l'enfance, et invoqua les dieux protecteurs et garants de sa fortune. Jeune, captif, il avait rêvé dans le paganisme la liberté; homme fait maintenant, menacé dans sa vie, il voyait pour lo^
489 Jt}LIBN.
rErapire dans le paganisme, et dans le paganismePEmpire, . dans l'un et dans l'autre son salut. Il raconta plus tard à un de ses confidents que Taslre de Jupiter et le soleilroi, au milieu de celte nuit troublée par ses propres passions et par les cris tumultueux des soldats qui occupaient les portes, lui avaient ordonné de saisir l'Empire pour relever leurs autels*.
Le paganisme se jeta dans les bras de Julien avec plus d'empressement que Julien ne l'embrassa lui-m6me. Dès qu'il avait mis, comme césar, le pied en Gaule, une vieille femme avait dit, en le voyant passer : t Voici celui qui relèvera les temples. » Depuis longtemps, tous les païens sincères, tous ceux même qu'indisposait le gouvernement Iracassier de Constance, ou qui voyaient dans le vieux culte national la condition du salut de l'Empire, espéraient en lui. Dès qu'ils le virent lever l'étendard conlre Constance, tous se déclarèrent en sa faveur. Julien, plus hésitant, offrit d'abord de traiter avec son oncle et de partager TEmpire avec lui; puis, il lui écrivit une lettre railleuse, et adressa au sénat des invectives contre celui qui était l'auteur de sa fortune et qu'il avait loué autrefois. Enfin, on le vit, à peu de temps de distance, assister le jour de rÉpiphanie h la messe des chrétiens et sacrifier à Bellone. Il fit cependant avec vigueur ses préparatifs de guerre, et partit lui-môme avec rapidité, à la tête de cinq mille hommes, pour descendre le Danube, consultant les augures païens avec une ardeur plus fiévreuse à mesure qu'il approchait de son adversaire. La mort de Constance épargna à l'Empire une guerre civile. Malgré cette facile victoire, quand la population de Constantinople se précipita de plusieurs milles au-devant du nouvel auguste, ayant
■ i. Amro. M., wx, xx. ^ Jul., Or, 8, ep» ad Ath., ep. ad ger, — Lib., Or., 10, 12. — Eunap., t.
en ttle son préfet, le célèbre sophiste Thémistius, tous ceux qui racclamèrent avaient le pressentiment qu'ils allaient assister au retour, à la tentative de rétablissement d'un ordre de choses qu'on avait cru terminé.
Julien, seul maître de TEmpire, apportait au pouvoir, en politique et en religion, des idées bien différentes : les unes claires, sages, vraies pour son temps, les autres obscures, imprudentes, fausses. Il avait à leur service une science vaste mais un peu pédante, un caractère enthousiaste et une volonté opiniâtre,mais susceptibles de céder à de fortes préventions ou à d'entraînantes passions. Pour bien juger son court règne, qui ne dura que deux ans et demi, etqui ne tint ni tout ce qu'il pouvait faire espérer, ni tout ce qu'il pouvait faire craindre, il faut faire deux parts de son gouvernement: l'une politique, et presque toujours raisonnable et sage; l'autre religieuse, qui fut maladroite, insensée, trop souvent condamnable.
En morale et en politique, Julien était l'élève du stoïcisme et de la vieille discipline romaine que, dans l'éloignement des temps, on confondait alors volontiers. Il proclamait lui-même qu'il avait pris pour modèle Marc- Aurèle, l'empereur philosophe, pour la vertu, et Caton pour la sévérité des mœurs. On trouve dans son épître à Thémistius, et dans quelques passages de ses discours et panégyriques *, l'idée qu'il se faisait de la souveraine puissance. Avec Platon et Aristote,il pensait que, « de môme que les dieux ont donné les troupeaux d'animaux à conduire à des êtres d'une nature supérieure, aux hommes, ainsi, pour gouverner les hommes, il faudrait au-dessus d'eux des êtres surhumains, des dieux. » Puisque cette mission n'appartenait point aux dieux, il répétait que l'homme devait, en prenant le gouvernement de
i. Jul., Orat, % p. 86 sqq.— Ad Them,, p. 100, t5t.
4t4 JULIEN.
ses semblables, « étouffer, selon l'énergique expression d'Aristole, la liéte féroce qui monte sur le trône avec un despote;» il condamnait donc l'autocratie, l'omnipotence souveraine {-h 7caiAx(iàtia\ il voulait que le son« verain ne régnât pas lui-même, mais qu'il assurât seulement le règne de la loi, cet esprit que ne trouble pas U tempête des passions. Incapable de s'élever à la conception d'une constitution politique, il exigeait du souverain qui! fit le plus de bien possible aux bommes. Le salut de l'Empire était pour lui dans la discipline morale de l'empereur, qui devait rester maître de lui, pour imiter les dieux, c Les hommes devinent, disait-il, et les dieux savent. »
Je suis mattre de moi, comme de l'anhreri,
tel était son idéal, si souvent démenti par l'expérience. Après avoir posé quelques excellentes règles pour le souverain, applicables à tous les temps et à tous les princes, il formule celle-ci, particulièrement applicable à l'Empire romain : • Il faut qu'un prince, aimant également et les citoyens et les soldats, soigne les premiers avec la tendre sollicitude d'un berger qui conduit ses troupeaux dans de gras pâturages, où ils paissent à l'abri de tout danger; et qu'il inspecte fréquemment les seconds, pour les habituer à la force, au courage et à la douceur envers les citoyens, qualités qui leur sont aussi nécessaires qu'à ces animaux fidèles et de bonne race auxquels on confie la garde des brebis. » Cette formule était encore celle du peuple-roi, celle d'un gouvernement militaire, produit de la conquête. Elle pouvait être bonne, relativement h ces temps si durs; combien elle est encore humiliante pour l'espèce humaine!
Julien fut bien encore, en effet, un empereur romain, quoique des meilleurs temps. Il ramena l'Empire à une
simplicité, à une modestie toutes citoyennes. Il rejeta le nom de Dominus ou de maître, et toutes les formes de l'adoration orientale, a J'ai demandé un barbier et non un intendant de finances,» dit-il au premier valet de Constance qu'il manda auprès de lui; et ce mot devint le signal de la réforme de la cour. Il renonça à l'étiquette orientale, au risque de faire dire qu'il exposait le pouvoir au mépris ; la nuée d'eunuques, d'officiers de corps et de bouche, de serviteurs inutiles et avides, qui n'avaient point augmenté, comme on l'espérait, le respect de la monarchie, fut dispersée. Comme lorsqu'il était césar, Julie» continua à dormir sur une peau d'ours, à faire des repas si légers, qu'il avait toujours le corps et l'esprit libres. Le palais devint accessible à tout le monde, particulièrement aux philosophes, ou rhéteurs, anciens amis que Julien appela à venir partager sa fortune et à l'aider de leurs conseils, t II n'espérait pas faire beaucoup, dit-il; mai» ils ne devaient pas lui envier leur concours ; c'est à leur télé qu'il voulait combattre contre la corruption et la décadence des temps. » Son ancien conseiller et ami Salluste, païen, mais le plus honorable caractère de ce temps, devint préfet du prétoire, à défaut de Chrysanlhe, qui ne voulut accepter qu'un gouvernement de province. Julien quitta le sénat de Conslantînople pour recevoir Maxime, son premier initiateur aux secrets mystères, et lui confia une des premières charges de l'État, dont le philosophe thaumaturge, il est vrai, abusa pour s'enrichir. Pour lui, tout à ses devoirs, il y consacra môme une partie de la nuit, dont il eût voulu cependant donner au moins aux lettres tout ce qu'il dérobait au sommeil *. Après un commencement de guerre civile, le nouveau
1. Liban.^ Epiiaph, Jul. i, p. 565. — Amm. Marc. 22, 4. — Eus., Bist. eecl.^ 9,U
règne ne fut point inauguré, comme tant d'autres, par one violente réaction contre les créatares du régime précédent. Une commission constituée à Chalcédoine re* chercha les hommes qui avaient abusé, pour s'enrichir ou pour tyranniser, de leur puissance auprès de Constance. L'Ëtat seul parut au moins dans cette justice et non le souverain. Les empereurs ordinairement n'y mettaient pas tant de façons et prononçaient en personne. Si la commission^ un peu trop zélée, enveloppa dans la perte de Paulus la Chaîne^ et d'Âpodème, l'innocent Ursule, trésorier, de l'Empire, Julien, pour sa part, se montra toujours clément et sut relever souvent cette vertu de mots ou d'actes heureux. Un Théodote avait demandésa tétei Constance ; il vint se jeter aux pieds du nouvel empereur. Julien le releva : c J^ai à cœur, dit-il, d'augmenter le nombre de mes amis et de diminuer le nombre de mes ennemis, d Un citoyen lui fut dénoncé comme faisant préparer en secret une chlamyde de pourpre : l'empereur chargea le dénonciateur de porter à l'ambitieux conspirateur un brodequin de pourpre, pour qu'il ne manquât rien au vêtement impérial. Après les valets de cour, l'armée des espions ou curietnx de l'Empire fut dissoute*.
Les derniers empereurs avaient cru au-dessous de leur majesté d'intervenir personnellement dans la justice, assiduement exercée par les premiers empereurs. Julien reprit cette vieille coutume, qui avait ses inconvénients, cependant, t L'été en campagne, l'hiver au tribunal, t dit-on de lui. Il allait souvent s'asseoir auprès du préfet du prétoire et au milieu des assesseurs ; il prenait part au drame judiciaire, mais avec une certaine indiscrétion,
1. Lib., Pan, in Jul. Cons.^ p. 876. — Epit, p. 546, 586. — JuL| Misop,, p. 339.
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interpellant quelquefois les avocats lorsqu'ils cherchaient à embrouiller Taffaire, reprenant le juge ou Taccusé, parfois réformant la loi avec plus ou moins de bonheur par des décisions nouvelles. Il ne savait point contenir sa langue, et quelquefois sa colère. Gomme il se connaissait, cependant, il avait autorisé ses préfets du prétoire à le reprendre, k l'arrôter; et, quand ils le faisaient, il se soumettait toujours. Son intempérance ne nuisit quelquefois qu'à sa dignité, peu à la justice. Il se garda d'ailleurs par principe d'assister aux causes où il s'agissait de la vie de l'accusé. Dans un des panégyriques de Constance, il avait exprimé l'intention d'adoucir la sévérité ou la cruauté des peines portées contre certains délits : « Quant au prince en personne, dil-il, il ne prononcera aucune sentence de mort, il ne frappera de son glaive de justice aucun citoyen, quelque énorme que soit son crime ; son âme ne doit être armée d'aucun aiguillon; il doit ressembler au roi des abeilles, à qui la nature semble l'avoir refusé. » Du droit de vie et de mort trop souvent exercé par ses prédécesseurs, il ne voulut conserver que celui de faire grâce *. Il crut pouvoir dire que, sous son règne, la justice exilée était redescendue sur terre.
Empereur des anciens jours, Julien (fut-il toujours de bonne foi?) crut pouvoir faire revivre même les vieilles institutions. On le vit marcher à pied entre les litières des deux consuls, pour leur faire honneur aux grandes occasions; il se condamna à l'amende pour avoir, contre le droit, affrandii un esclave en leur présence. Le nombre des sénateurs de Gonstantinople fut augmenté; ils furent evètus des mêmes privilèges que ceux de Rome, ce qui n'était maintenant pas beaucoup accorder; et l'empereur
!• Ainm« Marc., xiii, 7, 8, 10; nxf, 4, 18.
$m iffLim.
se plut, dans des discoms étudiés^ & rendre compte de sa gestion des affaires derant en. Il y eat, il est rrai, on pea de pédanterie, d'étalage d^émdilion et d'amour de rarchalsme dans ces réminiscences. Jnlien paraissait nn pea jouer un rôle et rechercher une popularité facile ; il appelait Salluste son Laelius; il adressait aux Athéniens Tapologie de sa rérolte contre Constance. Amm. Marcellin avoue lui-même que Julien recherchait dans les petites choses la fareur de la foule, et qu'il était friand de gloriole'; il paraissait relever toujours de la république des lettres et non de la république politique. C'était cep^ant quelque chose que de rendre hommage à une liberté qui n'existait plus, et de se sentir responsable, ne fût-ce que devant le public d'Athènes.
Ce sentiment de la responsabilité améliora les actes du pouvoir absolu. En général, les choix que Julien fit dans l'armée et dans le civil furent bons, sauf quelquesuns où il écouta trop ses prédilections et ses amitiés philosophiques. 11 avait juré devant ses soldats, à Lutèce, de n'avoir jamais égard, dans sa distribution des grades et des emplois, qu'au mérite. Une loi flétrit la yénaUté des offices encouragée par la faiblesse de Constance, et exploitée par Todieuse avidité de ses eunuques et favoris; et, pour sa part, il se montra toujours fidèle à ses maximes, prêt à punir les malversations, à récompenser la bonne conduite, à tous les degrés de la hiérarchie des fonctions. Dans son gouvernement de Gaule, il s'était distingué autant par l'économie de son administration que par ses exploits militaires. A son départ 11 y avait laissé la capitation diminuée par tête de plusieurs pièces d'or. Le soulagement de l'Empire et la juste répartition
1. Amm. Marc, xxn, i%, 12; xxt, 4,18. — /ti/. Or., p. îU. — Ad Thém.y p. 258.
JULIEN. 4t9
des charges furent sa principale préoccupation. L'abolition de privilèges et d'exemptions d'impôts trop facilement accordés à la noblesse de création nouvelle , la fixation du tribut de Tor coronaire qui ne put plus être exagéré, Tautorisation plus discrètement accordée de voyager aux frais de l'État, et des remises nombreuses d'impôts arriérés, en sont une preuve suffisante. Julien, comme il Tavait promis, essaya d'assurer à l'Empire de gras pâturages; il tint également l'armée dans une stricte discipline, en remployant, pendant la paix, à construire des forts et à creuser des fossés sur les frontières de l'Empire ; toujours obéi et aimé des soldats, parce qu'il donnait l'exemple de la frugalité et du courage.
Le grand pontife, dans Julien, fut loin de valoir l'empereur. C'est dans ses discours en l'honneur du soleilroi et de la mère des dieux, la Gybèle de Pessinunte, ainsi que dans quelques écrits polémiques, qu'il faut chercher les idées religieuses de Julien ou celles qu'il emprunta à ses maîtres.
Disciple du panthéisme d'alors, il concevait l'être un, intelligible, comme le principe, le type de toute perfection et de toute vertu, soleil de vérité et de beauté, soleil-roi, dont l'astre du jour était l'expression matérielle, l'image visible et comme l'agent intermédiaire, le médiateur entre Pêtre invisible et la création visible. Cette substance une, immatérielle et matérielle, arrivait par l'émanation à la pluralité des dieux, intelligibles pour la conscience des hommes et visibles pour leurs yeux. Les divins artistes dé la Grèce en avaient trouvé la représentation idéale. Les sages expliquaient dans leurs mythes comment ils gouvernaient et conservaient le monde. Les législateurs et les prètreç enseignaient comment chaque peuple, chaque Dation, chaque homme, avait ainsi son dieu particulier. Ces dieux communiquaient leur volonté à Thomme, être
double aussi, âme et corps, dans les oracles et dans les songes ; ils se communiquaient eux-mêmes à des mortels préférés, qui savaient éveiller et solliciter, dans Tadoration et Textase, le céleste appétit et la part d'essence divine qui est en eux. Julien lai-même était un de ces mortels. Pontife du grand culte hellénique, dont il voulait faire le culte national, il croyait avoir, par faveur particulière, les révélations de l'être un, auteur de sa fortune et son soutien. Diane ne lui avait-elle pas annoncé l'Empire dans la crypte du temple de Tlonie? n'avait-il pas su de Jupiter la mort de Constance? Ce dieu ne Favait-il pas conseillé, consolé, soutenu, conduit où il était, au premier trône du monde, pour faire régner ses sages lois? Libanius ne lui écrivait-il pas que seul il pouvait voir, entendre le grand Être? Julien se a^oyait donc aussi partie du grand tout; il était le parent, l'assesseur du soleil-roi. Il l'adorait sous les noms de Jupiter, d'ÂpoUon, de Sérapis ou de Mitbra, noms différents des attributs variés d^un seul et même être» Il voulait se rendre semblable à lui, digne de lui, propager son culte et faire régner parmi les hommes ses sages volontés, entrevues par les poètes et les sages, Orphée, Pindare^ Homère et Platon : « Astre divin, » s'écriait-il dans la prière enthousiaste qu'il lui adressait souvent : « astre divin, sois-moi propice, dispense-moi la vertu, l'intelligence, la sagesse et une douce fin, quand l'heure fatale sera venue! Puissé^je alors faire retour dans ton sein pour y demeurer dans un éternel repos; ou, si cette récompense est trop grande, accorde<-moi au moins d'accomplir autour de ton orbite de longues et nombreuses révolutions^, é On comprend qu'un empereur qui avait ainsi touQtii
i. Julien, 4 in 6o/, p. 132, 133, 148, 159. — Cyrill., C. /w/., 4, p. 118, 181,141. — Amm. Mai-c., 21, 1, 6; 22, 1. — Lib., Pan. $79;tcpe96r
médité, écrit son système religieux, ne pouvait èlre un grand pontife ordinaire. Parent, assesseur du soleil, hitaioç Ocou hXiou, ayant des intelligences particulières avec la divinité, il devait faire servir le pouvoir, qu'il croyait avoir conquis avec l'aide des dieux, à la restauration de leur culte. Dès les premiers mois qui suivirent son entrée à Conslantinople, Julien promulgua un édit pour la réouverture des temples et la célébration officielle du culte des dieux ; et il donna l'exemple lui-même, non pas seulement comme le protecteur de la religion paienno, mais comme le premier et le plus fervent de ses pontifes. Un temple s'éleva dans son palais; et ses jardins furent consacrés. A son exemple, les gouverneurs des provinces on les pontifes, choisis presque tous parmi' les rhéteurs ou les théosophes accrédités du polythéisme, commencèrent à réparer ou à rebâtir les temples, à célébrer les anciens sacrifices, les processions, fêtes et mystères, qui avaient été récemment proscrits. Julien ne fut pas seulement, comme Constantin, le pontife du dehors^ maïs encore le pontife du dedans. Il enseigna, commenta en paroles et en écrits les dogmes de son culte. Il dis« cuta avec ses adversaires, quelquefois longuement, comme dans sa « Défense du paganisme, » conservée par Cyrille, parfois un peu sommairement, comme lorsque après avoir lu l'ouvrage de Diodore de Tarse, en faveur du Christianisme, il dit, en imitant le laconisme césarien : t J'ai In^ j'ai compris, j'ai condamné. » Avc^wv, f>vuv, xarcyvc^. On le vit descendre même jusqu'aux fonctions les plus basses des desservants de son culte. Revêtu de brillants habits pontificaux, il apporta souvent le bois pour les sacrifices, souffla le feu, plongea ses mains dans le sang des victimes, sous les railleries mômes des païens, qui trouvaient ce zèle peu impérial. Il se mêla, dans (certaines cérémonies bien dangereuses^ aux danses
4M JVLIEN.
ëcheveléés des jeunes gens et des jeunes filles, au risque de s'exposer aux traits d'une malignité qui ne fit cependant soupçonner jamais sérieusement la chasteté d6 son veuvage comme celle de sa jeunesse : < La chasteté, disait-il, est pour l'homme en vue le vernis avec lequel le peintre fait ressortir les traits du visage sur la toile; > et ce fut un vernis qu'il conserva toujours K
Le nouveau grand pontife prétendit en effet garder dans le paganisme la pureté morale qu'il avait puisée dans le stoïcisme, et animer ce culte éteint de l'inspiraralion supérieure^ qui était un besoin du temps. < Ce n'est point la pierre, le bois, le bronze que nous adorons, dit-il, dans le fragment d'un de ses écrits, mais la représentation des vertus divines. » En vertu des mêmes idées^ dont il n'est pas difficile de démêler l'origine, le sacerdoce païen lui paraissait devoir inspirer et mériter le même respect, en dépit des imperfections personnelles de ses prêtres. Le prêtre, pour lui, représentait la religion. 11 prétendit donc soumettre le sacerdoce païen à des devoirs, à une hiérarchie, à une discipline qui rappellent singulièrement l'organisation ecclésiastique du christianisme. II voulait que le prêtre enseignât le sens des mythes dans le temple^ lUmv h xoXç Upoîç Y^cXoao^ouvra. Il soumit les hiérarques des villes à ceux des provinces; il apporta un grand soin dans le choix des prêtres, qu'il voulait rendre instruits et vertueux. Pour les moraliser, rimitalion des prêtres galiléens, Téloignement des cirques, des tavernes, des mauvaises compagnies, la simplicité des vêtements privés, le luxe dans les ornements du culte, la lecture, pour leur édification personnelle, de Platon, de Zenon, le rejet des livres d'Épicure ou de Pyrrhon,
1. Amm.Maro., xtu, 12; txv> 4^ 17. — Lib.» Pan, m Jul. ConsL, i, p. 394.
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surtoat des poésies futiles ou licencieuses, leur furent vivement recommandés. Julien voulut leur imposer même des prières à heures fixes, enfin, la pitié, rtiospitalité ((cvo^oxcia), la bienfaisance, la charité : < C'est une honte, dit-il, que les Galiléens, ces impies, non contents de nourrir leurs pauvres, nourrissent encore les nôtres pour les gagner à leur foi ^ »
En tentant cette restauration impossible, Julien eut la volonté d'être tolérant pour les autres cultes, et particulièrement pour le christianisme et le judaïsme.
Dans redit qui ordonnait le rétablissement solennel du paganisme, il proclama la liberté des chrétiens et des Juirs. Le grand pontife ne fut cependant point impartial : il prodigua les trésors de TËmpire pour la réédification des temples; il poussa en général aux emplois, aux charges, les païens, ou les chrétiens qui apostasiaient. c Les adorateurs des dieux, » dit Libanius, c lui étaient plus chers que des parents ; Tami de Jupiter était son ami. » S'il ne faisait pas acception de culte dans la justice, il s'informait cependant d'une façon inquisitoriale de la religion des parties. La ville de Pessinunle s'étant adressée à lui dans le besoin, il l'exhorta à revenir au culte de la mère des dieux. Deux villes étaient-elles en contestation, si les raisons qu'elles faisaient valoir étaient équivalentes, il penchait pour la ville de son culte, exemple que, du reste, Constantin lui avait donné : « Par Sérapis, disait-il, je ne veux ni qu'on maltraite les Galiléens, ni qu'on les force, par de mauvais traitements, à faire quelque chose qui soit contraire à leur façon de penser; mais je veux absolument qu'on leur préfère les adorateurs des dieux. Peu s'en faut que la folle des Galiléens n'ait tout perdu; la bonté des dieux nous a sauvés.
i. Jul., Ep. 49, p. 4di, 6d, p. 452. ffogm.^ p. dOO, 302.
494 JULIKR.
n dst donc juste d'honorer les immortels et de distinguer les personnes et les Tilles qui les honorent^ >
En rerta de ce principe, Julien ordonna la restitution, an culte païen et à ses pontifes, des domaines et des le* Tenus qui leur araient été enlevés, et exigea que ceux qpi s'étaient signalés dans la destraction des temples ébntrihuassent à leur reconstruction. Il retira même à l'Église chrétienne, comme autant de moyens d'influence, les fonctions Judiciaires que Constance lui avait reconnues, et la faculté de recevoir des legs au lit des mourants, c II fallait hien que les tombeaux, » ainsi qu'il s'exprimait en parlant des églises, c cédassent la place aux temples, jp
Sans se faire scrupule d'user contre les chrétiens de ces moyens extérieurs, Julien affectait de ne vouloir employer dans cette lutte que la force de la discussion. Combien cependant des paroles, tombées de la bouche de l'empereur, pouvaient avoir de puissance, dans nn temps et sur des sujets accoutumés à la servilité I Julien était bien redoutable lorsque, ne pouvant s'élever jusqu'au Dieu qui embrasse l'humanité tout entière dans son amour^ il demandait au christianisme ses origines nationales, et désirait savoir des Alexandrins quelle protection, quel bienfait ils avaient reçu de Jésus. L'ironie qui était dans ses habitudes, et qu'il employait contre ses adversaires, rendait d'ailleurs la lutte bien inégale. On le voyait rappeler les évèques orthodoxes qui avaient été exilés sous le gouvernement arien de Constance, et donner toute facilité aux prélats de se réunir en synode; mais c'était pour mettre en présence les ariens et les trinitaires. II présidait à leurs discussions; mais c'était pour prendre acte dé
i. Lib.* Ëpit.y t. I, p. 664* -• Jùl.> ÉpiL^ 49, p. 4SI. — Sozoni.] Histi eccL, V^ S, 4«
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leurs contradiction» et pour les railler ! • Écontez-moi, • leur disait-il quelquefois, en les interrompant, • les Francs el les Âlamans m'ont bien écouté. » Ce qu'il ne pouvait souffrir surtout, c'était que Jésus, un Juif^ comme il di-* sait, infidèle à la loi de son pays, prétendit bannir de l'Olympe tous les dieux. Il avait moins d'aigreur contre les Juifs qui avaient, du moins à ses yeux, le mérite d'avoir un dieu national susceptible d'entrer avec les autre» dans le Panthéon. Encore se lassait-il parfois de leur entêtement : € J'ai trouvé, disait-il, en eux des hommes plus brutes que les Quades et lesSarmates*. »
Le pontife sectaire acheva enfin de rendre la lutte inégale entre les deux religions, en signant, de la même main qui écrivait ses ironiques invectives contre les chrétiens et les Juifs, la défense aux chrétiens d'expliquer et de commenter publiquement les chefs-d'œuvre de la poésie et de la prose profanes : « Accordez vos pensées avec vos paroles, leur dit-il, dans son édit déclamatoire ; ou, pensez comme les païens que vous admirez; ou, retournez, si vous les croyez dans Terreur, à Luc et à Mathieu. » Un païen sincère et honnête, Ammien Marcellin, voudrait ensevelir cette action dans un éternel oubli. Elle fut bien sensible aux chrétiens : c Nous vous avions laissé, s'écria Grégoire de Nazianze en s'adressant aux païens, les richesses, la naissance, la gloire, l'autorité, tous les biens d'ici-bas, dont le charme s'évanouit comme un songe, et vous voulez nous ravir encore l'éloquence; c'est pour la conquérir que nous avions traversé les monts et les mers. » L'empereur, honteux, voulut faire une exception en faveur du grand Proheresius, qui avait été son maître. Celui-ci refusa le privilège, et, en descendant noblement
1. Lib., Epit.y t. I, p. 562. — Sozom., Hist, ecd., y, 10. — Cyr. ch. /m/., VII. — Jul., Epity 31, 52.
499 JVLISIf,
(le sa chaire, donna cette dernière leçon h son disciple couronné*.
Il était diflScile» à Tépoque où vivait Jalien, d'allier Timpartialité avec la tolérance, en matière religieuse. L'empereur avait commis une grande imprudence politique en ordonnant au clergé chrétien la resiitution des domaines et des revenus enlevés autrefois au sacerdoce païen. N'était-ce point là fournir un prétexte au zèle des gouverneurs, toujours prêts à dépasser les intentions du maître, et provoquer les résistances des chrétiens? Le retour de la faveur impériale aux païens, après deux règnes chrétiens, et la réouverture de temples abandonnés n'étaient-ils pas déjà de nature à ranimer toute l'ardeur des passions religieuses? Les païens, qui avaient connu aussi la persécution, étaient prêts à abuser de leur victoire et à essayer à leur tour de la tyrannie. Les chrétiens ne pouvaient contribuer de sang-froid à relever les autels qu'ils avaient cru renversés pour toujours, et voir encenser ces dieux qui leur rappelaient les temps de la persécution. La situation était grosse de troubles. Un gouverneur appliqua à la torture Marc d'Aréthuse, en Syrie, qui se refusa à restituer des domaines déjà aliénés, et ne voulait point payer de dédommagements. Dans une ville de Phrygie, les chrétiens se glissèrent dans le temple nouvellement rouvert, et renversèrent les statues des dieux*.
Julien, déjà effrayé, ne crut pouvoir réussir qu'en obtenant des dieux protecteurs de l'Empire romain, des conquêtes, une gloire qui établissent leur toute-puissance et convainquissent dlmpoûture tous les aulres dieux. La défense des frontières du Rhin ou du Danube pouvait en-
1. Jul., Epit., 42, p. 422. — Socr., Hisf, eccl., m, lî, !6. — Sozom., Hist. eccl,, V, 18. — Amm. Marc, xxii, Id, 7; xxvi, 4, 21. — Grég. Naz., Or., 4, 5.
%, Aram. Marc, xxii, il. — Sozom.» ▼, 4«
core jlluslrer son courage. Mais la guerre de Perse avait de bien autres attraits et promettait de plus belles récompenses. C'était de l'Orient que les dieux étaient venus à la Grèce. Là s'étaient formés tous les mythes. C'était en Orient que Bacchus, Hercule, et peut-être Alexandre, étaient devenus des dieux. Julien rêva à son tour une grande guerre* comme une guerre sainte en Orient. 11 fit des préparatifs considérables et y consacra les résultats de ses épargnes. Il ordonna de nombreux et immenses sacrifices, pour se rendre les divinités propices, et multiplia les cérémonies augurales pour forcer en quelque sorte l'assentiment divin. En vue de cette sainte guerre, il employa tous les moyens possibles pour obtenir de ses soldats la participation aux sacrifices païens. Les présents, l'or, leur étaient ofl'erts pour quelques grains d'encens.
Dans le dernier voyage qu'il fit à travers l'Empire, en achevant ses préparatifs pour se mettre à la tête des légions, Julien put être témoin de la fermentation produite par sa malencontreuse entreprise. En voyant Maris, l'évêque aveugle de Chalcédoine : « Vieillard, lui dit-il, le Galiléen ne le rendra pas la vue. — Je le remercie, répondit l'évêque, de m'épargner la douleur de voir un apostat. • A Césarée, le temple de la Fortune, le seul encore debout, fut renversé presque sous ses yeux. Julien fut obligé de sévir. Dans la molle et turbulente ville d'Antioche surtout, éclata l'incompatibilité du souverain et de son temps. Julien se promettait un bonheur parli-r culier de son séjour dans cette ville; il allait y voir, y entendre le roi des écoles, Libanius, qui avait refusé de venir à Constanlinople. Il allait rouvrir la fontaine de Castalie, relever dans le bois sacré de Daphné le dieu Adonis, au service duquel il avait une mythique explication destinée à moraliser même ce culte tout voué à la passion. Libanius se Ct prier pour parler devant cet élève.
4M lOLIBN.
qui avait brayé tontes les défenses, dans sa Jeunesse, pont se procurer ses leçons. Comme beaucoup d*autres beaux esprits païens, dédaigneux des intérêts de la conscience du vulgaire, Libanius se contentait d'une sorte de religion littéraire, philosophique, et trouvait Julien beaucoup trop superstitieux : c Quitus numinum superstitiosus. • La première fois que l^empereur entra dans un temple, les habitants s'y précipitèrent, mais pour le voir, pour être vus; et ils l'acclamèrent comme dans un théâtre. Ju* lien fut obligé de rappeler en personne ses sujets au respect du saint lieu. Les habitants le trouvèrent bien austère; d'ailleurs, la simplicité de son train d'empereur les choqua. Lorsque, l'imagination pleine de victimes^ de parfums et de beaux enfants à l'âme pure comme leur robe blanche, le pontife entra dans Daphné, il trouva le temple en ruines^ le bois désert; un prêtre délaissé se présenta avec une oie étique pour toute offrande. En chemin, il heurta contre le tombeau de saint Babylas, enterré là par les chrétiens, comme pour purifier ce bois païen. Mécontent, Julien ordonna aux chrétiens de transporter ailleurs les reliques de leur martyr. Toute la communauté chrétienne, en longue procession, opéra le transfèrement, en chantant, comme pour braver Julien, le cantique contre les adorateurs des idoles. Une disette causée sur le marché par quelques accapareurs, propagea le mécontentement dans toute la population. Julien crut la faire cesser par rétablissement d'un minimum; il l'augmenta. Les bons mots, les chansons, les satires contre Thomme à la longue barbe, contre le cynique, contre le hiérophante, retentirent de tous côtés. L'empereur fit acheter du blé à tout prix pour ramener l'abondance; l'écrivain rendit aux Antiochiens satire pour satire dans le Misopogon^ oti il opposa son extérieur négligé, ses mœurs sévères, au luxe, ^ l'incontiiience de ses déiracteurs. Il mit les rieurs de
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son côté. Mais le feu éclata dans le temple d'Adonis, à peine réparé. On ferma une église, on arrêta un certain nombre de chrétiens ; l'un d'eux fut mis à la torture. Julien enfin partit, en menaçant Ântioche de faire passer tous ses priYiléges à Tarse ; et il lui laissa pour adieu un mauvais gouremeur *.
On surprend aisément, dans les derniers actes, écrits, édita ou lettres de Julien, la lutte qu'il soutient contre . lui-même. Le dépit éclate en actions contradictoires, en traits de satire et en reproches. Après avoir rappelé les exilés orthodoxes, Julien prétend qu'il n'a pas entendu par là les rétablir sur leurs sièges. Athanase'ayait profité de redit pour reprendre la direction d'Alexandrie; il s'était permis de convertir de nobles et riches dames. Julien le renvoie comme un artisan de troubles qui croit se donner beaucoup d'importance en risquant sa tète. Les païens d'Alexandrie, dans une émeute, massacrent l'èvèque intrus, George de Cappadoce, qui avait, il est vrai, par ses excès, accumulé sur lui bien des haines. Une lettre de l'empereur les blâme, mais ne les punit point. Les chrétiens sont éloignés de l'armée ou des tribunaux, sous prétexte que leur loi leur interdit de verser le sang. L'Ëglise d^Edesse, persécutrice des ariens, est privée de ses biens, parce que le royaume des cieux est assuré aux pauvres. Pour démentir les prédictions du Christ, Julien veut rebâtir le temple de Jérusalem; un feu souterrain effraye les ouvriers ; Tempereur menace de venir bientôt avec Maxime, son hiérophante, chasser les dieux inférieurs. Ses écrits contre le christianisme deviennent plus aigres; parfois, cependant, l'accent eu est douloureux : « Gallléens ingrats! dit-il, n'avez-vous pas quelques grâces à me rendre, à moi qui ai brisé les fers de
t. Amm. Marc.; XXII, 10, IS; xxin,3.— Jul., Afwop. — Sozom., y, 20.
ceux qu'avait emprisonnés Constance; à moi qui ai fait cesser la persécution? Sans doute, vous avez quelques sentiments de piété ; car vous adorez le Dieu tout-puissant et souverainement bon qui gouverne le monde sensible, ce Dieu suprême que les païens invoquent sous d'autres noms; mais croyez- vous donc aussi que nous adorons ces idoles de bois et de pierre, et que, sous leur enveloppe, nous ne remontions pas à la cause suprême et unique de toute création. Ah ! c'est la tiédeur du sacerdoce païen qui perd tout ; pourquoi ses prêtres n*imiteut-ils pas la ferveur des prêtres chrétiens, qui sont tout de feu pour leur doctrine, et qui, pour elle, n'hésitent pas à afifronter la mort < ? »
Ce fut dans ces dispositions que Julien se mit à la tête de l'expédition destinée à agir contre la Perse.
Il y avait, à ce sujet, une contradiction entre l'inspiration religieuse toute grecque de Julien et la tradition romaine. Les oracles romains, les livres sibyllins, condamnaient ces expéditions au delà du Tigre, qui avaient toujours été si funestes à l'Empire et aux empereurs. Julien, au contraire, tout plein des traditions et des superstitions de rOrient, à force de sacrifices, croyait, selon les opinions magiques du temps, pouvoir violenter les dieux. Les païens eux-mêmes disaient que s'il revenait jamais de Perse la race bovine disparaîtrait. En partant, il chargea le sophiste Libanius d'écrire ses exploits, et il lui écrivit presque à chaque étape. Tout aux soins militaires, aux sacrifices divins et à la curiosité des lieux célèbres qu'il visitait, Julien arriva sous les murs de Ctésiphon et se dirigea sur Suze. L'ennemi fuyait. A la suite d'une marche pénible, les vivres commençant à manquer, il crut voir le génie de l'Empire s'échapper, la figure et la corne
1. Socr,, HisU eccL, m, 18-16. — Julien, Misop.—Xm, Marc, xxni, U
JULIEN. BM
d'abondâTiee roHées, hors de sa tenle. Le lendemaîn, les Perses parurent. Sans se donner le temps de s'armer, l'empereur se précipite en avant; il donne l'exemple; les Perses s'enfuient; mais un javelot lancé par un cavalier l'atteint en plein dans le flanc. On le ramène dans sa tente. Là, il s'entretint longtemps avec Maxime etPriseus des idées qui lui étaient chères, sur la transmlgralion des âmes et le retour de l'individu dans l'éternel Tout. Quand il s'atTaiblit : c La nature, dilril^ demande son tribut; sol* vable débiteur, je l'acquitte avec joie. Les philosophes m'ont appris combien Tâme est d'une substance supérieure h celle du corps. Je sais que les immortels rappellent souvent de bonne heure auprès d'eux ceux pour qui ils ont une particulière tendresse. J'espère avoir conservé sans tache la puissance que j'ai reçue du ciel et qui en émane. Ja remercie l'étemel Dieu de m'envoyer la mort, non par la main d'un traître, d'un bourreau ou d'une maladie, mais sous la forme d'un glorieux congé, après une carrière courte mais bien remplie. C'est être lâche que d'aller au-devant de la mort avant le temps, ou de la redouterquand l'heure est venue. » Sur les lieux mômes où Trajan était mort, c'était finir du moins avec des paroles dignes de Marc-Auréle *.
Dans la charmante satire où il apprécie les Césars avec finesse, mais non î^ans malice, Julien nous a donné la mesure de la justice et de la sévérité qu'il faut lui appliquer. Les dieux sont constitués en tribunal, dans cet écrit, pour accorder la palme divine au plus digne des souverains. Mercure introduit les prétendanis; et Silène, bouffon accusateur de la céleste compagnie, les repousse l'un après l'autre avec ses railleries. Le grand César paraît le premier. « Prends garde à ta couronne, Jupiter,
i. Amm. Marc, xxy^ 4. — Julien, Dem, lettres à Libcmiue,
sa emfutt. » Yiouiait l; Tibère, beau, léTère par le aunîaqiie ; Claade ^ii'AiiQUoa;Tnjaii, » ami de Ténus, et uni pas éparpés.
larae «a impie, un dûparaitre iTec iî a ¥ie Ci les taidies de coanaitMiice de rakmUbles conte bat qa'ib se « TaîBcre tout le monde, reput César. - . — El «pi*esl-ceqii'imitw
feBoûs de besoiiupoar
homme».» Li
des dieux comme
Or Ir^T^ve le ;2B0NBKiir pÈiiûBoçbÊC. su était pemis
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Mv-a AQ'Tjfir e^ iiacL: Js oni foi. 5 en sont allés.
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roii^ *ài:K -sa» MoiflapiK: m t"es cni son élève, à tort;
.> am aracs^ n rm^uf .-ônHaen meiilev qae Constantinj
j»i «I *rair>. :tt «ras «e jienêcatnr pire que Galérias.
^,»wiia 1? sa« ^ « rarar lasse a cette porte; lu
^ itamt:. .1 iTiic r-sght sus élemé, Tâme moins
«^< i-' . - i 3ii«a ;agé. mieai tu. Passable phi- ^ -«^^ «i a «s «» JapmàaMi. exeeUent empereur
IULlEiN. > soi
si tu n*eus été sectaire, intrépide guerrier, citoyen recommandable, spirituel écrivain, mais qui ne sut jamais retenir sa langue, viens donc, puisque tu Tas voulu, dernier venu de l'apothéose, viens, dans cet Olympe désert, partager avec moi les reliefs de Tencens qui monte et de l'ambroisie qui reste. Je t'en préviens , plus maigre tous les jours est la pitance. Que si tu te prends à regretter, par delà ce visible soleil que tu as adoré, cet invisible Dieu que tu as pressenti, bé bien! essaye de quelqu'une de ces incantations que t'a apprises Maxime, ton maître; et si, par hasard, tu arrives à la porte de cet Olympe nouveau où règne le Galiléen miséricordieux que tu as bafoué, frappe, tente l'aventure. Je ùe te réponds point cependant que Constantin, pour te faire franchir le seuils avec le sourire du pardon, t'attire par la barbe; ni que le grand Marc-Âurèle, ton maltrei te dérobe et te couvre sous son manteau* t
▼ALENTINIEK El YALENS
Administration, administratours. administrés.
A la mort de Julien, la cour, l'armée, TEmpire étaient effirayés de la possibilité d'une lutte prochaine, suprême, entre le christianisme et le paganisme. Au delà de TEuphrate, les chefs chrétiens Arinthée et Victor, et les païens Nevita et Dagolaïf étaient prés peut-être à se disputer l'Empire 9 après le refus du préfet d'Orient, Salluste, quand l'armée, plus sage cette fois, acclama le primicier des gardes, Jovien, fils du comte Yarronien.
Jovien n'eut que le temps de faire un acte honteux et un acte sage. Pressé de s'assurer de l'Empire, il acheta la paix aux Perses par la cession des cinq provinces transtigritanes et de la malheureuse Nisibe. Plus heureux, en voulant donner la paix morale à l'empire, il rendit un édit qui assurait la liberté, l'égalilé aux deux cultes rivaux. Le célèbre Tliémislius, orateur païen et préfet de Constantinople, le remercia' d'avoir donné ainsi à chacun la faculté d'adorer Dieu selon son cœur, c à l'imitation de la divinité qui, ayant mis le sentiment religieux dans le cœur de tous les hommes, leur laisse le droit de le mani-
VALENTINIEN ET VALBNS. 50$
fester à leur manière. • Arrivé dans la petite yille de Dadastane, aax confins de la Galatie et de la Bithynie, sur le chemin de Constanlinople, Jorien mourut subitement la nuit, sans qu'on ait jamais bien su la cause de cette fin brusque et prématurée *.
Les généraux, appelés une seconde fois, en si peu de. temps, à faire usage de leur prérogative, réunirent leurs suffrages sur le fils d'un excellent militaire, bon soldat lui-même, du nom de Yalentinien, qui était alors à quelque distance du gros de Tarmée, à Âncyre. Lorsque celui-ci monta, pour la première fois, la pourpre sur les épaules et la couronne en tête, sur le tertre ou tribunal dressé au milieu de Tarmée, afin de la remercier, une clameur violente partit de tous les rangs. L'armée demandait tout d'une voix un second empereur, et exigeait qu'il partageât TËmpire. La demande n'était peut-être plus maintenant déraisonnable. Yalentinien apaisa du ge?te ces cris : c Tout à l'heure, dit-il aux soldats, vous aviez encore l'autorité; mais vous venez de vous en dépouiller pour m'en revêtir. Le partage de l'Empire veut être mûrement délibéré. Mais cette délibéralion n'appartient plus qu'à moi. Rentrez donc dans vos quartiers ; vous y recevrez la gratification, et j'aviserai bientôt aux besoins de l'Empire.» Arrivé à Constantinople, en effet, Yalentinien, songeant surtout à la nécessité de la concorde, prit pour collègue et couronna dans l'Hebdome son propre frère, Yalens.
Les deux fils du comte Gratien avaient tous deux des mœurs, chose si rare chez les premiers empereurs, plus fréquente chez les derniers. Pour le reste, ils se ressemblaient aussi peu au physique qu'au moral. De haute sta* ture, blond, avec les yeux bleus, le regard dur et oblique, Yalentinien, l'ainé, général habile, convenait à l'Occideni